Aller directement au contenu
Jeune couple assis sur un plancher de bois.

Des idées pour mieux éduquer

par 

Communicatrice de formation, féministe de conviction et actuellement étudiante à la maîtrise afin d'assouvir son besoin de réflexion et de nourrir son désir d'une plus grande justice sociale. Elle a notamment travaillé au sein du Mouvement Desjardins, à la Gazette des femmes et au Conseil du statut de la femme.

Et si la solution pour régler le problème de l’hypersexualisation résidait dans une meilleure éducation? C’est ce que croit Francine Duquet, professeure à l’UQÀM et responsable du projet Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation.

Le sujet a été grandement médiatisé au milieu de la décennie 2000, ce qui a permis de sonner l’alarme auprès de la population. Mais la sexologue et professeure Francine Duquet est d’avis qu’il faut nuancer l’ampleur de ce phénomène social. « L’idée n’est pas de transformer l’affaire en un débat, précise-t-elle. La position que l’on adopte dépend de la lunette avec laquelle on décide d’analyser un événement, d’un point de vue sociologique ou éducatif, par exemple. »

Comme le vêtement est un catalyseur, le problème de l’hypersexualisation nous a été dévoilé par la mode. «Mais sur le terrain, ça faisait déjà quelques années que les intervenants et le personnel scolaire devaient composer avec des cas inhabituels et déstabilisants.On observait déjà la pratique d’activités à connotation sexuelle considérées plus marginales qui, jusque-là, s’avéraient des cas isolés. Il y a 10 ans, une fillette du primaire qui devait pratiquer une fellation à un garçon, 9 fois sur 10, c’était un cas d’agression sexuelle. Or, sans représenter une majorité de jeunes, ces cas isolés n’en étaient plus. Mais attention! Je ne suis pas en train de dire que toutes les petites filles en font ou en ont fait. »

Si la sexologue qualifie d’un peu forts les termes crise ou affolement pour désigner le phénomène d’hypersexualisation qu’a connu le Québec ces dernières années, elle estime toutefois crucial d’offrir aux jeunes des tribunes pour en parler. « Les filles comme les garçons, les plus jeunescomme les plus âgés ont beaucoup de choses à dire sur le sujet. »

Ce constat, Francine Duquet le tient d’une étude exploratoire réalisée entre novembre 2006 et mai 2007 en collaboration avec Anne Quéniart, professeure au Département de sociologie de l’UQAM. Les deux collègues ont mené des entrevues individuelles auprès de 69 élèves montréalais du secondaire, dont 66,2% de filles, ainsi qu’auprès d’écoliers du primaire.L’étude avait pour but d’identifier ce que les jeunes savent et pensent de l’hypersexualisation. Même s’il est impossible de généraliser les résultats à l’ensemble des jeunes québécois, ces entretiens ont permis de démontrer « l’importance que les jeunes accordent réellement au phénomène d’hypersexualisation », tel qu’il est énoncé dans la conclusion générale de l’étude.

Un certain nombre de jeunes ont donc été entendus. Des membres du personnel scolaire et de soutien aussi, car ils ont été invités à participer à des groupes de discussion. Les auteures de l’étude ont ensuite élaboré des pistes d’intervention.À partir de là, il n’y avait qu’un pas à franchir pour mettre sur pied le projet Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation.

Ce programme s’est articulé autour de plusieurs objectifs : diffuser la recherche dirigée par Mme Duquet, offrir une formation au personnel du milieu scolaire, de la santé et des services sociaux ainsi que des organismes communautaires pour qu’il intervienne correctement auprès des jeunes en ce qui concerne l’hypersexualisation et, enfin, concevoir des outils didactiques qui aident les jeunes du secondaire à développer un esprit critique envers l’hypersexualisation et ses effets. Parmi ces moyens d’intervention, la trousse Oser être soi-même, disponible depuis quelques semaines, propose aux intervenants qui interagissent avec des jeunes de 12 à 17 ans la tenue d’une vingtaine de rencontres de 75 minutes chacune. Plusieurs thèmes sont abordés : le rapport au corps, la pression des pairs, l’intimité, le désir et le plaisir, les « agirs » sexuels, le consentement, etc. La philosophie d’intervention? Favoriser une démarche globale d’éducation à la sexualité, travailler lesrepères et les limites, encourager le sentiment d’autonomie personnelle et développer des rapports égalitaires.

L’éducation… encore et toujours!

Pour Francine Duquet, l’éducation et la communication constituent des moyens incontournables pour contrer les effets pervers de phénomènes comme l’hypersexualisation, la surenchère de la sexualité et la sexualisation précoce.

Les résultats de son étude confirment que les jeunes ados sont confrontés de plus en plus tôt à des réalités sexuelles de toutes sortes.Et cette somme de messages pourrait poser problème dans la mesure où ils n’ont pas de réelle tribune pour en discuter, y réfléchir, comprendre,nuancer, voire réagir collectivement à cette surenchère sexuelle.Les auteures estiment qu’il y aurait lieu de se demander s’ils ont la possibilité de discuter et d’exprimer leurs émotions à la suite du visionnement d’images qui les ont interpellés. «À une époque où l’on vit dans un “monde des possibles”, les pratiques sexuelles n’échappent pas à cette tendance.Mais si c’est possible, est-ce souhaitable? La réponse est non. Les jeunes sont intelligents, il faut donc les faire réfléchir sur le sens et les éclairer sur l’ensemble des dimensions de la sexualité. La sexualité, c’est beau,mais ça peut aussi devenir une arme pour violenter, humilier ou contrôler.Est-ce que cette représentation de la sexualité me ressemble? Ils doivent être amenés à se poser la question. »

Et que penser de la légitimité du désir sexuel des adolescents, gars et filles? « Il est important de reconnaître leur désir comme légitime, mais il faut d’abord et surtout le mettre en contexte dans un rapport à l’autre. La sexualité n’est pas uniquement la rencontre d’organes génitaux; elle tient compte de plusieurs dimensions, comme sa propre pudeur, son histoire personnelle. La sexualité se vit en relation avec l’autre. »

Souvent perçue comme absente ou insuffisante, l’éducation sexuelle en milieu scolaire est couramment faite dans une optique de prévention et de protection – ce qui est important puisqu’il s’agit d’un enjeu de santé publique. Bien. Mais cela ne doit pas nous donner le sentiment du devoiraccompli, estime la sexologue. « La réflexion sur la sexualité est nécessaire. Non pas dans une perspective traditionnelle et rigide, mais plutôt demanière à ce que nos jeunes ne soient pas piégés par l’adhésion à des pratiques sexuelles reconnues comme étant la norme. À ce qu’ils soient capables de faire des choix éclairés parce qu’ils auront développé leur sens critique. »

«On veut tous leur bonheur, lance Francine Duquet. Notre défi est de les outiller pour qu’ils grandissent bien. C’est le rôle des adultes présents dans l’entourage des jeunes de leur fournir des repères en posant un regard bienveillant sur eux. Est-ce hypermoralisateur de poser des limites en matière de sexualisation précoce? Non. Pas plus qu’il ne s’agit là de culpabiliser les filles. Il en va plutôt de la qualité des rapports que les jeunes entretiendront, et de l’héritage que nous souhaitons leur laisser. La connaissance donne du pouvoir.

Pour améliorer l’éducation sexuelle

Francine Duquet est aussi l’auteure du document Outils pour l’intégration de l’éducation à la sexualité dans la réforme de l’éducation, réalisé conjointement par le ministère de l’Éducation et le ministère de la Santé et des Services sociaux en 2003. S’adressant aux enseignants et au personnel des services complémentaires qui travaillent dans les écoles primaires et secondaires, ainsi qu’à leurs partenaires du réseau de la santé et des services sociaux, l’ouvrage a été distribué à toutes les directions d’écoles afin que l’enseignement de l’éducation à la sexualité soit prodigué dans chacune d’elles. L’idée était que « tous devaient se sentir concernés, sans que tous ne soient mandatés explicitement pour enseigner ce contenu ». Mais lorsque l’éducation à la sexualité devient la responsabilité d’un ensemble de partenaires, il peut s’avérer difficile d’en contrôler la qualité.

Jusqu’ici, les deux ancrages principaux pour l’éducation à la sexualité sont les cours Éthique et culture religieuse et Science et technologie. Est-ce suffisant? « Le défi est de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une petite matière, souligne l’auteure. Pour cela, il faut coordonner la mise en oeuvre du contenu et, par ricochet, effectuer un certain contrôle de la qualité. Or, ce n’est pas le cas partout et tout le temps. »

Pour plus d’information, visité le site web du projet «Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation»

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Audrey Simard

    À mon sens, il faut aller plus loin que de responsabiliser les jeunes et les adultes de leur entourage. Selon une perspective plus structurelle, on doit aller à la racine du problème et viser les concepteurs et diffuseurs de ce matériel hypersexualisé. Le gouvernement doit intervenir et légiférer.

Inscription à l'infolettre