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Photographie d’Anik Salas

Le premier anniversaire de la webtélé [VRÈ] était l’occasion tout indiquée de rencontrer Anik Salas, sa réalisatrice. Résumé d’une discussion tenue au bistro Le Troquet, dans le Vieux-Hull, où la dynamique jeune femme a tourné il y a quelque temps le plus récent épisode mis en ligne.

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En lien avec l’Agenda 21C du Québec, la Gazette des femmes propose une série d’articles mettant en valeur l’apport culturel de femmes au développement régional. Cette seconde parution de la série nous vient de l’Outaouais.

D’entrée de jeu, Anik Salas met cartes sur table. « Du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours été une militante féministe. » Dès le début de ses études en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières en 2006, elle propose puis anime pendant deux ans une émission de radio féministe, Lakshmi, sur les ondes de la station universitaire CFOU. « Je trouvais que beaucoup d’enjeux concernant les femmes étaient absents des médias de masse. » Son émission traite d’actualité et d’art, en posant un regard neuf sur les accomplissements de celles qui se sont démarquées dans divers domaines.

Si la jeune femme adore la radio qui, à ses yeux, atteint un vaste public, c’est en réalisant son premier court métrage en 2011, Cours ma belle, cours!, au sein du mouvement pour cinéastes amateurs KINO, en Outaouais, qu’elle trouve sa voie. « L’image permet de livrer beaucoup d’information en peu de temps. Et de passer un message », constate-t-elle. Elle s’engage alors dans la seconde Course des 5, proposée par la Table jeunesse Outaouais, qui rallie cinq jeunes cinéastes autour du thème de la participation citoyenne, viscérale pour elle. Elle y rafle deux des trois prix pour son court métrage, Récidive, qui témoigne de la capacité de chaque personne à agir sur son environnement social. « On agit toujours sur ce qui nous dérange. Et je voulais montrer qu’on peut changer les choses, à notre mesure. »

[VRÈ] comme dans vrais enjeux

En 2013, Anik Salas accouche d’un magazine Web sur l’empowerment des femmes intitulé [VRÈ], qui met justement en lumière ce qui la dérange : les inégalités. Chaque épisode propose un nouvel enjeu de société concernant les femmes, des entrevues avec celles qui s’illustrent dans leur milieu, et surtout, des solutions. Notamment en matière de sexualité qui, selon la réalisatrice, est partout et qu’il est essentiel de présenter du point de vue des femmes.

Photographie d'Anik Salas.
« On agit toujours sur ce qui nous dérange. Et je voulais montrer qu’on peut changer les choses, à notre mesure »  — Anik Salas, réalisatrice et productrice de la webtélé [VRÈ]

Depuis un an, Anik Salas produit sa websérie avec un maigre budget et en portant plusieurs chapeaux. Le projet est ambitieux, avoue-t-elle, et comporte beaucoup d’étapes. « Il y a les reportages, le montage, la mise en ligne, l’animation sur les médias sociaux, la gestion des banques de références… Mais si j’avais attendu que tout soit parfait, je ne l’aurais jamais fait. » Alors, elle s’est lancée. Avec une équipe outaouaise soudée et majoritairement féminine. « Les femmes, on est rassembleuses et mobilisatrices. Et on peut faire beaucoup! »

Le premier épisode, intitulé Code-barres, explore le traitement accordé aux femmes dans les médias. À moi le monde porte sur les femmes dans les postes de pouvoir. Le plus récent épisode, Les filles rockent, aborde la situation des femmes dans le domaine artistique. Mais ça ne s’arrête pas là. Dans les mois à venir, la série prévoit documenter les problèmes auxquels se heurtent les femmes dans les secteurs de la technologie (particulièrement du Web), de l’économie et de la politique.

Photographie Anik Salas avec Ramza Chaaban et Clara Lagacé.
Anik Salas avec les chroniqueuses Ramza Chaaban et Clara Lagacé lors d’un tournage de la webtélé [VRÈ] portant sur les femmes en art.

« Le rayonnement du Web est impressionnant », note Anik Salas. Elle a été agréablement surprise d’apprendre que des extraits de sa webtélé ont été utilisés lors d’un séminaire sur l’image corporelle à Drummondville en mars 2013, puis à l’occasion des États généraux de l’action et de l’analyse féministes à Montréal, en novembre 2013. « Notre page Facebook est consultée au Canada, aux États-Unis, au Chili, en France et en Belgique! » En réponse à de nombreuses demandes, Anik Salas compte rendre la série accessible en anglais afin d’en élargir la diffusion. Mais pour l’instant, la jeune réalisatrice envisage de percer le monde de la télé.

Masculin, le petit écran

« Les femmes, on représente 50 % de la population. Une étude parue en 2013, Les réalisatrices du petit écran, nous apprend qu’en 2010-2011, seulement 2 % des émissions télévisées de Radio-Canada étaient réalisées uniquement par des femmes! À TVA, c’était 16 % », dit-elle. Télé-Québec fait meilleure figure, avec 25 % de ses émissions à réalisation entièrement féminine. Anik Salas a d’ailleurs été assistante à la réalisation pour Zone 3 à Télé-Québec, sitôt son diplôme en poche. Elle nous confie : « Il y a généralement davantage de réalisateurs et… d’assistantes. Les femmes, nous occupons plus souvent les postes de coordination que les hauts postes décisionnels. Quand ce que nous écrivons est mis en images par un homme, ce qui est présenté, c’est une vision d’homme. »

Une réalité qui s’observe aussi dans le milieu du cinéma, où les femmes n’obtiennent que 30 % des budgets de production, comme le révélait en 2013 l’étude des Réalisatrices équitables : L’avant et l’arrière de l’écran. Anik Salas trouve dommage que « les rôles de femmes à l’écran soient cantonnés dans des stéréotypes limitants. Les thèmes de gars sont toujours considérés comme plus universels. Par exemple, si un film explore une amitié entre hommes, c’est une belle histoire d’amitié. On traite le même sujet avec des femmes, et c’est un film de filles. En télé et en cinéma, c’est une règle tacite : si tu fais une production pour les gars, les filles vont suivre, mais pas l’inverse. Pourtant, les enjeux féminins sont intéressants pour les gars aussi ».

La solution : participer

En culture comme ailleurs, les femmes occupent les bancs des universités, mais sont sous-représentées dans leur milieu ou les postes clés. « Il faut absolument être là où les décisions se prennent, affirme la réalisatrice. Et forcer les choses afin que les comités de sélection de projets soient paritaires. Des incitatifs financiers sont aussi nécessaires parce qu’« en culture, c’est ce qui permet d’exister ». Autrement dit, les femmes doivent recevoir leur juste part des fonds octroyés.

« Comme citoyenne, il faut oser sortir des domaines traditionnels, penser grand et contribuer à améliorer sa communauté. La culture touche le cœur des gens directement, permet de voir la société d’un œil nouveau, dit celle qui remarque déjà des progrès. Il y a de plus en plus de femmes productrices, ce qui entraîne une diversification des modèles. À preuve, dans Unité 9, tous les personnages principaux sont des femmes marginalisées d’âges variés. Dans La galère, quatre femmes font vie commune, dont une qui a des enfants avec trois pères différents. » Ces entorses aux clichés auraient-elles été possibles si ces émissions n’étaient pas produites par des femmes?

Anik Salas, qui vient de terminer une formation en réalisation télé à L’Institut national de l’image et du son (L’Inis), apportera bientôt son grain de sel dans l’univers de la fiction. « Ça a toujours été important pour moi de montrer des modèles de femmes différents et positifs. Je veux aussi atteindre le plus de gens possible et faire avancer les choses plus vite! »

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3 Réactions

  1. Moreau Liette

    Bravo Anik je vais essayer de tout regarder.
    J’étais certaine que tes rêves et ton travail t’amèneraient loin.
    Bonne continuation.
    Liette Moreau (vieille féministe interviouvé à CFou.)

  2. Jenny CRUSTIN

    Merci pour cet article. J’ai 75 ans, suis féministe et pleine d’admiration pour les femmes qui,comme Anik Salas affirment leurs idées et sont tellement ancrées dans le monde actuel. Cela me ravit et me nourrit, bonne continuation!

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