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Carte du monde.

Feministnetworkproject : féministes en réseau

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Journaliste-rédactrice curieuse et concernée par les enjeux féministes. Elle se consacre principalement à la rédaction d’articles d’actualité et de dossiers de société. Elle prend par ailleurs plaisir à réaliser des interviews et des portraits de personnes qui marquent notre époque.

Réunir les féministes du monde entier pour créer un réseau international — une utopie? Plutôt un défi lancé par Caroline De Haas lors du forum mondial Women on Waves, tenu à Tunis en 2012 et portant sur les nouvelles formes de militantisme féministe. Aperçu d’un outil rassembleur qui fera mieux entendre les revendications des femmes.

Vidyut, Sagar, Demi, Paloma, Marité et Micheline vivent aux quatre coins de la planète et ne se sont jamais rencontrés. Pourtant, ces militantes et militants féministes ont un point commun — tous ont marqué leur position sur la carte Google du Feministnetworkproject, première étape de l’audacieux projet de Caroline De Haas, qui souhaite relier les féministes du monde entier. Si cette mappemonde du féminisme recense déjà plus de 2 500 activistes, elle n’est néanmoins que la pointe de l’iceberg.

Transformer l’énergie militante en force politique

« L’idée du Feministnetworkproject m’est venue quand j’ai réalisé que, dans le mouvement féministe, on a un problème de rassemblement et de visibilité », explique Caroline De Haas, cofondatrice de l’association française Osez le féminisme!. Elle s’appuie sur ce constat — « Partout dans le monde, de véritables problématiques féministes s’invitent dans l’espace public, mais demeurent méconnues. » En outre, « les mouvements féministes sur le terrain sont vigoureux, mais on a du mal à transformer cette énergie en rapport de force politique et citoyen, qui aurait du poids sur la société. Il manque un transformateur qui peut faire de cette énergie un levier puissant capable d’imposer des changements radicaux au cœur même des instances gouvernementales ».

Photographie de Soraya Chemaly.
« […] à ce jour, je n’ai vu aucun réseau féministe à si large échelle, spécialement conçu pour mobiliser des actions ciblées. »  — Soraya Chemaly, journaliste, auteure et militante très impliquée dans la construction du réseau

Pour créer ce transformateur, Caroline De Haas a mis sur pied un site Web participatif qui se veut une plateforme de rassemblement et de visibilité à la disposition de tous les féministes du monde, femmes et hommes. Encore en chantier, le projet vise non seulement à mettre en contact les féministes de partout grâce à un répertoire en ligne des féministes et des différents mouvements, mais aussi à fournir des outils pour organiser des actions. « Les associations féministes auront notamment à leur disposition des listes d’envoi médias qui les aideront à mettre en branle des campagnes », explique la fondatrice.

En plus de favoriser la mobilisation des féministes à grande échelle, le Feministnetworkproject donnera l’occasion aux militantes et militants isolés de se regrouper et de se faire entendre. « Nous aimerions créer un espace où ces femmes et ces hommes pourront partager de l’information sur leur travail, rallier rapidement un grand nombre de partisans et prendre pleinement part à des actions ciblées à l’échelle mondiale, afin de voir s’opérer un réel changement politique », indique Soraya Chemaly, journaliste, auteure et militante très impliquée dans la construction du réseau.

Le féminisme pour tous

Photographie de Soraya Chemaly.
Krista Lynes, professeure au Département de communication de l’Université Concordia – et nouvellement nommée titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études des médias féministes – voit d’un bon œil la constitution de ce réseau pour le partage et la solidarité qu’il offre pour un féminisme démocratique.

De ce côté-ci de l’Atlantique, à Montréal, Krista Lynes, professeure au Département de communication de l’Université Concordia — et nouvellement nommée titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études des médias féministes —, voit d’un bon œil la constitution d’un tel réseau. « Créer une plateforme pour le partage et la solidarité est très important pour un féminisme démocratique. Les outils d’activisme sont essentiels pour matérialiser le Feministnetworkproject, surtout dans le contexte de la mondialisation », affirme-t-elle.

Il lui semble aussi capital que le projet tienne compte des modes d’accès aux médias, comme Internet, qui varient selon les pays. Caroline De Haas abonde dans le même sens — « On ne veut pas reproduire les inégalités sociales dans cette plateforme. On souhaite construire un outil adapté à toutes les réalités sociales et culturelles, autant celles des féministes européennes que des féministes africaines ou indiennes. »

Alors que la plateforme n’est pas encore lancée, la carte Google recense déjà plus de 3 000 adeptes de 80 pays. Pour Soraya Chemaly, il s’agit d’un véritable succès. « La carte des féministes a suscité un engouement extraordinaire, simplement par le bouche à oreille. Je pense qu’il y a là un potentiel énorme. » Un potentiel qui séduit les femmes, mais aussi les hommes des cinq continents. Parmi ceux et celles qui ont marqué leur position sur la carte, Marité Gutiérrez, originaire d’Argentine, pense que le « réseau peut aider à nous relier, afin que nous puissions connaître le travail de nos sœurs féministes dispersées à travers le monde ». Paloma Sharma, de Mumbai, en Inde, considère la carte « comme un annuaire international des personnes qui travaillent dans le même but. Nous pouvons toujours faire appel les uns aux autres si nous avons besoin d’aide pour nos différents projets ». Pour Sagar Tandon, un étudiant indien qui travaille sur la représentation des femmes dans les médias, le sexisme et la prostitution, la notion d’entraide est très intéressante. Être sur la carte, « c’est une façon de se relier aux autres pour apporter son aide et son soutien dans différents travaux. Je suis comme un membre d’une grande équipe, je suis là pour changer les choses », dit-il.

Le partage. Voilà ce qui séduit les sympathisantes et sympathisants du Feministnetworkproject. « Beaucoup d’organisations féministes à travers le monde ont jeté les bases du projet que nous portons, souligne Soraya Chemaly. Cependant, à ce jour, je n’ai vu aucun réseau féministe à si large échelle, spécialement conçu pour mobiliser des actions ciblées. »

Carte du monde.
Le Feministnetworkproject est en cours de construction. Si vous souhaitez participer, rendez-vous sur le site.

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