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Photographie de Marie Lachance

Être reconnues, c’est du sport!

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

« Pour moi le bonheur c’est le sport / La seule affaire que j’aime à mort / Avec une bière dans mon salon / Voir le sport à’ télévision », chantait Clémence DesRochers dans les années 1980.

Allez! Je me permets une tranche de vie : je me retrouve tout à fait dans cette chanson de Clémence. Mais nuançons. Le sport à la télé, ce n’est pas la seule, mais bien l’une des affaires que j’aime à mort, et je préfère me caler dans le sofa avec un coca bien froid plutôt qu’avec une lager en bouteille pour suivre — non sans exaltation — les matchs de foot ou de basket.

Le sport et moi, ça remonte à loin. Du début du primaire à la fin du secondaire, j’ai été frappée par la fièvre de la danse. À l’été de mes 11 ans, j’ai été la toute première fille de ma municipalité à refuser de jouer à la balle molle, activité appropriée pour une jeune personne de mon sexe, et à s’inscrire au baseball, bastion des garçons à l’époque. Une aventure de courte durée : on m’a vite remplacée par un gars de mon école qui n’avait pas été sélectionné dans l’équipe au départ, et dont la mère s’était plainte en haut lieu qu’une fille ait « pris la place » de son fiston. Ajoutez à cela un tout petit peu de tennis, beaucoup de course à pied et pas mal de natation. Jusqu’à ce qu’un problème majeur de genoux, qui s’est déclaré à l’âge de 17 ans, ralentisse mes ardeurs.

De l’adolescente multisports à la quadragénaire sportive de salon, j’ai toujours eu la même impression. Celle qu’il est plus difficile pour une fille d’évoluer, de naviguer et de trouver son compte dans l’univers sportif. Bien sûr, en 2014, les filles de 11 ans n’ont aucun mal à faire partie d’une équipe de baseball. Mais que penser du cas récent de la jeune gardienne de but outaouaise, Maïka Sarazzin, qui n’a pu participer au tournoi de fin de saison de son équipe pee-wee (11-12 ans) pour la seule raison qu’elle est une fille? Et qu’en est-il du football américain? À Philadelphie, Caroline Pla, 11 ans (tiens, tiens!), une talentueuse footballeuse depuis l’âge de 5 ans, s’est vu refuser l’accès à l’équipe de sa communauté l’an dernier. Motif invoqué : football is for boys (« le football, c’est pour les garçons »). Une pétition de plus de 108 000 signatures aura finalement donné raison à Caroline. [À propos des adolescentes et du sport, je vous invite à lire le texte d’Anouk Lebel Le problème avec l’éduc’.]

Je n’ai plus 11 ans. Je me suis remise de ma déception de n’avoir pas pu suivre les traces de mon idole Gary Carter, ancien receveur des Expos de Montréal. Mais plus de 30 ans plus tard, c’est le manque de variété du menu télé qui me laisse un goût amer en bouche. J’ai beau être abonnée à plusieurs chaînes spécialisées, avoir accès aux matchs de hockey, de basketball, de soccer, de rugby et tutti quanti, il n’est à peu près jamais question de sport féminin. Et quand, ô miracle, c’est le cas, force est de constater que les commentaires sexistes ne sont jamais bien loin.

Dernière bourde en lice, l’affaire Eugenie Bouchard. En janvier, après avoir remporté un match décisif, la joueuse de tennis de 19 ans est devenue la première Canadienne à atteindre les demi-finales à Melbourne, en Australie, et la première Canadienne depuis 1984 à jouer en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem. Impressionnant! Sauf que, plutôt que de revenir sur sa formidable performance, une journaliste lui a demandé, sans doute parce qu’elle est « jeune et jolie », avec qui elle aimerait sortir parmi les sportifs ou les vedettes. Une question qu’on n’aurait vraisemblablement pas posée à un jeune Nadal ou un jeune Federer. [À lire sur le sujet, Sport féminin cherche temps d’antenne de Véronique Chagnon.]

C’est un fait, les sportives font face à de nombreux préjugés, stéréotypes sexuels et autres discriminations. Pour couronner le tout, la proportion de femmes à des postes clés et de direction dans les organisations sportives est négligeable. Idem chez les entraîneurs d’équipes de haut niveau. Des hommes entraînent des hommes, mais aussi, bien souvent, des femmes. Ce qui n’est pas sans contribuer à maintenir le monde du sport dans une culture masculine. [Ne manquez pas de lire Femmes et sport : rebonds vers la victoire d’Anouk Lebel.]

Même l’histoire ne rend pas justice à celles qui ont sué, performé, tout donné. Saviez-vous que le hockey féminin se joue sur les patinoires du Québec depuis 1890? [Apprenez-en davantage en lisant Briser la glace, l’entrevue que l’auteure Lynda Baril a accordée à notre journaliste Nancy Carrier.]

Conclusion : il en va du sport comme de tout autre secteur d’activité traditionnellement masculin. On aura beau avoir de bonnes espadrilles et un cardio du tonnerre, il faudra courir encore longtemps avant d’atteindre le fil d’arrivée de l’égalité.

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