Aller directement au contenu
Illustration pour le dossier Hypersexualisation.

Hypersexualisation – La quête d’un temps nouveau

par 

Communicatrice de formation, féministe de conviction et actuellement étudiante à la maîtrise afin d'assouvir son besoin de réflexion et de nourrir son désir d'une plus grande justice sociale. Elle a notamment travaillé au sein du Mouvement Desjardins, à la Gazette des femmes et au Conseil du statut de la femme.

Le point culminant de la sexualisation de la mode est derrière nous. Peut-on, en 2010, aborder la question sans s’affoler? Difficilement. L’affaire demeure délicate et suscite encore un malaise certain. Preuve que le sujet n’est pas clos, comme l’affirment certaines auteures féministes. Il mérite que l’on s’y attarde, encore. Non pour le dénoncer une fois de plus, mais pour poser un regard analytique a posteriori sur un phénomène social qui a suscité de vives réactions. Au milieu des années 2000, l’hypersexualisation des filles et la précocité sexuelle des ados étaient des sujets discutés sur toutes les tribunes québécoises. Fortement médiatisée, la discussion (voire la querelle) a fait couler beaucoup d’encre… mais les problèmes dénoncés n’ont pas été réglés pour autant.

En 2005, la Gazette des femmes posait une brûlante question en titre de son dossier : Hypersexualisation des filles : échec du féminisme? Plusieurs expertes féministes interviewées ont alors affirmé que oui, il s’agissait d’un échec. Tout comme l’a fait, en 2008, le Conseil du statut de la femme dans son avis Avis – Le sexe dans les médias : obstacle aux rapports égalitaires. Le Conseil appuyait notamment sa position sur l’idéologie fort tenace selon laquelle la séduction est inextricablement liée à la relégation des femmes au rang d’objet. Aujourd’hui, force est de constater, si l’on accorde un tant soit peu d’attention aux vidéoclips et aux publicités, que le corps des femmes est encore l’objet d’une marchandisation – lucrative, en plus.

La sexualisation de l’espace public, avec l’image publicitaire de la femme-objet asservie au plaisir de l’homme, est pour plusieurs l’expression de la persistance des stéréotypes sexuels dans les médias et la société. La lutte contre les stéréotypes est donc loin d’être achevée. Dommage, car remporter cette bataille constituerait la clé de voûte de l’instauration pérenne de rapports égalitaires entre les femmes et les hommes. Nous sommes d’accord. Raison de plus pour considérer qu’il est fondamental de continuer de parler d’hypersexualisation, mais aussi, d’agir.

Les porteuses du discours

C’est le choix qu’ont fait des chercheuses féministes en analysant ce phénomène avec des visées nouvelles : augmenter l’espace accordé aux jeunes filles dans ce débat, en plus de sensibiliser et d’informer les jeunes – filles et garçons – afin qu’ils puissent saisir la complexité des rapports sociaux ainsi que la portée de leurs actions. Ainsi seront-ils mieux outillés pour faire des choix éclairés, tant en matière de vêtements qu’en ce qui a trait à leurs rapports amoureux et sexuels.

Dans le sillage des efforts déployés par l’État pour traiter le problème de l’hypersexualisation ont émergé quelques initiatives visant à sensibiliser les jeunes et à proposer des modèles différents pour faire contrepoids au message de la « minceur à tout prix » que véhiculent les marchés de la mode et de la beauté. Parmi elles : le projet Outiller les jeunes face à l’hypersexualisation, la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, l’outil d’animation et de discussion du Bureau de consultation jeunesse et la revue québécoise Cool. Des actions dignes d’intérêt que nous avons voulu souligner, en souhaitant qu’elles puissent en inspirer d’autres…

L’avis du Conseil

Préoccupé depuis longtemps par l’image publicitaire de la femme ravalée au rang d’un objet qui fait vendre, le Conseil du statut de la femme publiait en 2008 l’avis Le sexe dans les médias : obstacle aux rapports égalitaires.Essentiellement, le Conseil souhaitait « faire part de sa perception de la sexualisation des médias et mettre en perspective les conséquences prévisibles de ce phénomène sur la population adolescente, c’est-à-dire sur ses comportements sexuels et sur sa façon de s’engager dans des rapports sociaux de sexe ». Il proposait, par le fait même, des moyens pour en contrer les effets néfastes. Au nombre de ses recommandations, le Conseil suggérait au gouvernement d’intensifier la lutte contre les stéréotypes sexuels e sexistes, d’encourager la prise en compte de la préoccupation de l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’éducation à la citoyenneté dès le primaire, et de rencontrer le milieu de la publicité québécois pour le sensibiliser aux effets des stéréotypes sexuels afin que soient resserrées les règles d’application des normes en cette matière.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. NSimonne BChicoine

    Peu importe les années qui avancent les stéréotypes sexuels et sexistes, existent encore! Le pire endroit où les femmes le subissent, c’est dans leurs milieux de travail et d’études. Surtout lorsque, les femmes s’engagent dans un métier masculin (Qui d’ailleurs ne devrait point être stéréotypé masculin ou non traditionnel, en 2015).

    Pourtant, il y a longtemps que l’ère Neandertal est passé! Cependant, je n’ai pas l’impression que, la société devient plus sage ou plus évolué avec les années… Je dirais même que, c’est de pire en pire, côté violence! Juste a pensé au « fou du volant, la brutalité policière vécue au printemps érable et, j’en passe car la liste serait trop longue »…

    Peut-être faudrait-il que, toutes les femmes deviennent lesbiennes! Et, les hommes comprendraient peut-être, la chance qu’ils ont eu d’avoir simplement, bénéficié de leurs attentions…

Inscription à l'infolettre