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couverture de l'article « Boulots de filles, boulots de l’ombre »

Boulots de filles, boulots de l’ombre

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

L’école a sorti les femmes de la maison et de la pauvreté. Les luttes féministes ont joué un grand rôle dans cette émancipation financière et professionnelle. Mais ont-elles laissé en plan celles qui n’ont pas suivi la voie des études supérieures et de la carrière?

D’un côté, le mouvement féministe a encouragé les femmes à investir les universités, les hautes fonctions et les métiers non traditionnels. De l’autre, une certaine culture sociale et familiale (où il va de soi qu’une fille ait un job de fille), mais aussi des goûts personnels mènent bon nombre de femmes vers des métiers associés aux aptitudes dites féminines : soins, services, esthétique, etc. Elles sont donc nombreuses, encore aujourd’hui, à choisir d’être serveuses, coiffeuses, esthéticiennes, commis-vendeuses, caissières… Avec des conditions de travail difficiles. Pour un salaire rarement proportionnel à l’ampleur de leur tâche. Et en jouissant, bien souvent, de très peu de reconnaissance, socialement parlant.

Rares sont les études qui se sont penchées sur les réalités que vivent ces filles et ces femmes moins scolarisées. Il est donc difficile de déterminer si elles pratiquent ces métiers par choix véritable, en ayant pris soin d’examiner toutes les options qui s’offraient à elles en matière d’emploi — y compris les métiers non traditionnels n’exigeant pas ou peu d’études et qui pourraient, eux aussi, correspondre à leurs intérêts et aptitudes. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’elles sont peu protégées : pas de normes professionnelles ni de conventions collectives pour la majorité d’entre elles. Et que même dans ces métiers où les femmes dominent en nombre, les rares hommes gagnent nettement plus que leurs collègues féminines.

La Gazette des femmes s’est interrogée : nous sommes-nous suffisamment battues pour ces travailleuses? Certes, le mouvement féministe lutte contre la pauvreté et les inégalités économiques dont les femmes sont les principales victimes. Mais certaines observatrices constatent qu’on a longtemps braqué nos projecteurs sur celles qui poursuivent leurs études, livrant bataille pour qu’elles accèdent à des postes payants, gravissent les échelons. Une démarche aussi louable qu’essentielle, et qui a porté ses fruits. Mais n’aurions-nous pas, au passage, oublié de lutter aussi aux côtés de celles qui ont opté pour un job de fille ne requérant pas d’études supérieures? Plutôt que de demander aux femmes de sortir du guêpier des emplois mal rémunérés, aurions-nous mieux fait de tenter d’en améliorer le salaire et les conditions, afin de valoriser leur apport à la société? La question se pose. Et les réponses qu’apportent les spécialistes interviewées par nos journalistes Marie-Hélène Verville et Geneviève Gagné sont éclairantes.

Un dossier. Trois textes Métiers traditionnels : les oubliés des féministes?, Portrait de la femme invisible et Coiffer malgré tout. Pour faire prendre conscience qu’il n’y a pas de sot métier de femme. Et qu’il reste des luttes à finir.

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