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Photographie prise par Caroline Hayeur

Pour sa quatrième édition, qui se tiendra du 29 octobre au 24 novembre, le Zoom Photo Festival Saguenay a réservé une place particulière aux femmes. Et a choisi la photojournaliste Caroline Hayeur comme porte-parole. Rencontre avec cette femme dynamique, forte d’une vingtaine d’années d’expérience, membre de l’Agence Stock Photo et enseignante en photojournalisme à l’École des médias de la Faculté de communication de l’Université du Québec à Montréal.

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En lien avec l’Agenda 21C du Québec, la Gazette des femmes propose une série d’articles mettant en valeur l’apport culturel de femmes au développement régional. Cette première parution nous vient du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« Quand j’étais petite, je rêvais d’être photographe au National Geographic, raconte Caroline Hayeur. Certains enfants voulaient être vétérinaires et soigner les animaux, moi je voulais faire des photos d’animaux! » Du vieux Nikon FM2 offert par son père jusqu’à sa sortie du Cégep du Vieux-Montréal en 1989, en passant par la maison des jeunes où l’apprentie pouvait disposer d’une chambre noire, sa passion pour la photographie s’est affermie.

« En sortant du cégep, du jour au lendemain, tu n’as plus rien : plus de labo, plus de films gratuits! » Souhaitant continuer à faire de la photo, elle monte donc avec une amie photographe un projet intitulé Chroniques sur l’Amérique, inspiré par son photographe fétiche de l’époque, Raymond Depardon, qui avait fait pour Libération une photo par jour à New York. Toutes deux partent faire le tour des États-Unis dans une camionnette qu’elles ont aménagée en laboratoire, et prennent l’initiative d’envoyer une photo par semaine au journal Voir. La photojournaliste est née. C’est la Gazette des femmes qui lui offre son premier contrat, une série de portraits pour le dossier « Comment les Québécoises sont-elles logées? » du numéro de l’été 1990. Une histoire émouvante, puisque Catherine Lord, qui était rédactrice en chef du magazine à l’époque, est décédée subitement et accidentellement avant de voir ses photos.

Photographe documentaire contemporaine

Quand le photographe Michel Tremblay, directeur général et artistique du Zoom Photo Festival Saguenay, lui a proposé d’être porte-parole de la quatrième édition, Caroline Hayeur a tout de suite accepté, enchantée. À la blague, elle a dit à Michel Tremblay : « Tu as choisi la plus contemporaine des photographes documentaires pour ton festival! »

Photographie de Carolyne Hayeur.
Caroline Hayeur a été séduite par l’idée que le Zoom Photo Festival présente cette année une édition à caractère féminin : œuvres de femmes et œuvres posant un regard sur des problèmes dont souffrent les femmes.

Elle nous explique : « Oui, je fais des reportages photo que je publie dans les magazines et sur le Web. Mais ma pratique artistique est un hybride de documentaire et de photographie contemporaine. Je suis assez inclassable, en fait. Je fais des installations avec mes photos documentaires, des mosaïques, des assemblages, et je ne colle pas nécessairement de vignette explicative sous chaque image. »

Son dernier projet, Humanitase, « portait sur les émotions extrêmes et la nature humaine ». Elle l’a présenté en septembre à Toulouse, dans le cadre du festival ManifestO. À Saguenay, elle a choisi de monter une exposition inédite sur un événement tenu dans la région, le Festival du folk sale de Sainte-Rose-du-Nord.

Mosaïque féminine

Force est de constater que Caroline Hayeur prend déjà son rôle de porte-parole à cœur. À preuve, elle a transmis un sondage aux photographes étrangères conviées au festival afin de connaître leur opinion sur l’existence d’un regard au féminin dans ce métier. « Depuis qu’il y a de plus en plus de femmes photojournalistes, des sujets différents émergent », assure-t-elle.

© Caroline Hayeur/Agence Stock Photo
© Caroline Hayeur/Agence Stock Photo
Scènes de la deuxième édition du Festival du Folk Sale de Sainte-Rose-du-Nord du 28 au 30 juin 2013

Et de nommer quelques-unes des invitées : Lizzie Sandin, qui travaille en France et dont le projet Est-ce ainsi que les femmes vivent? traite de la violence faite aux femmes; Nadia Benchallal et son projet Sisters, femmes musulmanes; la jeune Bénédicte Kurzen de l’Agence NOOR, dont le projet A Nation Lost to God porte sur les religions dans le monde; Ami Vitale, qui offrira une rétrospective de son travail pour National Geographic sur les femmes, les enfants, les jeunes, la famille. Également au programme, une rétrospective d’Alexandra Boulat, connue pour son travail en zones de guerre et décédée en Cisjordanie, ainsi que Witches in Exile de la Danoise Ann-Christine Woehrl, une série de portraits d’Africaines « trop dérangeantes » qui se sont fait expulser de leur village. De la documentariste québécoise Helen Doyle, on pourra voir Dans un océan d’images j’ai vu le tumulte du monde.

Ces femmes sont toutes un peu les idoles de Caroline Hayeur. « On est dans une époque très critique pour les droits des femmes, on a vraiment besoin de dénoncer! Les photographes qui ont à cœur l’humanité vont plus traiter de sujets qui touchent les femmes, montrer les effets pervers des conflits. »

Promesses de parité

Le public du Zoom Photo Festival Saguenay aura donc droit à une édition proposant un regard à la fois féminin et masculin sur des réalités de femmes. « Au fil des ans, je me suis aperçu que ce n’était pas juste un métier d’hommes, explique Michel Tremblay. Il y a beaucoup de femmes photojournalistes. Elles apportent une vision, une façon de couvrir les sujets tout à fait différentes de celles des hommes. Une autre sensibilité, un autre discours aussi. » Pour lui, Caroline Hayeur, « une incontournable dans ce métier », fait partie de cette génération de photographes qui, en plus de se démarquer par le choix de leurs sujets, sont des entrepreneures. « Ça en fait un métier vraiment non traditionnel. » Si, dans les débuts du festival, seuls des hommes exposaient, il appert que de plus en plus de femmes font leur marque d’année en année. « Ça me donne le goût qu’on soit plus équitables dans nos expositions futures. On va viser la parité », ajoute le directeur.

Photographie de Daniel Gauthier.
« Il y a beaucoup de femmes photojournalistes. Elles apportent une vision, une façon de couvrir les sujets, tout à fait différentes de celles des hommes. »  — Michel Tremblay, directeur général et artistique du Zoom Photo Festival Saguenay

Caroline Hayeur, elle, est convaincue que, comme l’a fait le plus prestigieux festival de photojournalisme au monde, Visa pour l’image, pour Perpignan, en France, Zoom Photo est en train de créer une capitale du photojournalisme au Québec. « Et ce n’est pas rien, ça! » Le festival saguenéen, dit-elle, nous fait voyager, nous extirpe de notre zone de confort, nous amène à constater que des femmes photographes n’ont pas froid aux yeux, en plus de stimuler le dépassement de soi en offrant des modèles inspirants.

De l’intensité du métier

Malgré l’augmentation du nombre de femmes dans le métier, Caroline Hayeur reste l’une des rares photojournalistes québécoises. « Pourtant, dans mes classes, depuis huit ans, il y a entre 70 et 80 % d’étudiantes, affirme-t-elle. On commence à voir des signatures au féminin dans La Presse et Le Devoir, donc il y a une ouverture… » Elle est cependant consciente que ce métier est difficile. « Il faut être comptable, entrepreneur, technicien, et créatif. Il faut accepter de prendre des risques, être en forme physiquement… et presque indépendant de fortune. Ça prend des moyens financiers pour voyager, pour acheter des visas, des appareils numériques, de l’équipement informatique, des caméras, pour gérer son traitement d’images et même pour diffuser. Et ça, pour un jeune — oublions les distinctions hommes-femmes —, c’est tout un défi! Il y a aussi la vie de bohème, sans attaches, les déplacements constants… Ce sont les raisons pour lesquelles j’ai décidé de ne pas travailler à l’international. »

Celle qui pratique son métier au Québec estime que ce sont peut-être ces défis qui compliquent les choses pour certaines femmes. Elles auraient plus tendance à calculer les risques et à se préoccuper de stabilité afin d’avoir une vie de couple ou de fonder une famille, par exemple. « C’est un métier intense et particulier où il faut avoir la passion et croire en ce qu’on fait! Malgré tout, je vois le photojournalisme comme une pratique artistique. Et sur le plan esthétique, il n’y a aucune distinction entre le travail d’une femme et celui d’un homme. »

Pour consulter la programmation du Zoom Photo Festival Saguenay : zoomphotofestival.ca

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