rose, comme dans cancer du sein. Geste louable ou rentable?

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Photographie de joueurs de football

Voir le football en rose

par 

Marie Lachance a été journaliste indépendante et rédactrice à la pige pendant plus de 20 ans. Historienne de l’art de formation et petite-fille d’une féministe de la première heure, c’est en 1998 qu’elle rédige un premier article pour la Gazette des femmes. En être aujourd’hui la rédactrice en chef lui fournit l’occasion de braquer les projecteurs sur les inégalités de sexes qui persistent toujours ; et d’apporter une modeste pierre à l’édifice du féminisme.

Qu’ont en commun les matchs de football américain disputés en octobre et le cancer du sein? Le rose! Explications.

Si vous tombez sur un match de la National Football League (NFL) et qu’il vous semble voir beaucoup de rose à l’écran, n’ajustez pas votre appareil. Tout le mois d’octobre, le Mois de la sensibilisation au cancer du sein, la NFL prend part à cette campagne. Du coup, la plupart des joueurs arborent chaussures, gants, bas et serviette roses. Même le protecteur buccal y passe! Idem pour le foulard traditionnellement orangé que lancent les arbitres en cas de faute sur le jeu.

Sur les chaînes états-uniennes qui diffusent les matchs, entre deux bottés d’envoi, les commentateurs rappellent aux femmes : « Annual screening saves lives » (« Un dépistage annuel sauve des vies »). Parfois, à la mi-temps, des femmes proches des joueurs (mère, sœur, épouse, amie, voisine…) sont invitées au milieu du terrain pour témoigner de leur combat contre la maladie.

Pourquoi se préoccuper du sort des femmes dans ce sport « de gars »? Parce qu’au pays de l’oncle Sam, les amatrices de football sont légion. Selon les plus récentes statistiques, aux États-Unis, on compterait parmi les mordus de ce sport de contact environ 45 % de femmes. Une clientèle qu’on souhaite conserver et fidéliser, voire élargir.

Mais comme pour tout ce qui touche le désormais emblématique ruban rose, on peut se demander si, au-delà de la conscientisation (fort louable!) et de la belle image que l’adhésion à la cause projette (déjà moins louable), la NFL fait réellement sa part, financièrement parlant. Car il ne faut pas se leurrer : la vente des produits dérivés NFLruban rose dans les stades et en ligne rapporte assurément de coquettes sommes. Quel pourcentage de ces profits atterrira dans les coffres de l’American Cancer Society? Selon le Business Insider, pour chaque tranche de 100 $ de ventes, seulement 3,54 $ (donc 0,035 %) seront injectés dans la recherche. Ça semble peu, non? C’est déjà ça de pris, objecteront certaines. Pas faux!

Reste que si le fait d’entendre un commentateur sportif promouvoir la santé du sein, l’autoexamen et les tests de prévention pousse certaines femmes à consulter leur médecin ou à passer une mammographie, la NFL marque quelques touchés. Et souhaitons qu’avec l’Obamacare, la grande réforme du système de santé proposée par le président Obama, plus aucune Américaine — accro de foot ou non — n’hésitera à prendre la santé de ses seins en main.

Dans son film L’industrie du ruban rose, la cinéaste Léa Pool met au jour les très probables raisons de cette association (qui peut paraître surprenante) entre la NFL et l’American Cancer Society. En effet, comme il est arrivé que des footballeurs fassent les manchettes pour des cas de violence conjugale, la ligue s’est trouvée au cœur d’une crise de réputation. Elle aurait donc choisi d’appuyer la cause du cancer du sein pour restaurer son image, en premier lieu.

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