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Illustration d’une femme s’envolant avec un réacteur dorsal

Grâce au Comité des femmes en sciences, technologies et gestion de l’Agence spatiale canadienne, plus de femmes se hissent jusqu’aux postes influents de l’organisme gouvernemental. Tout de même, le parcours reste difficile dans ce domaine traditionnellement masculin.

Les sciences ne lui font pas peur. Au contraire. Marie-Josée Potvin les aimait tant qu’elle en a fait son métier : ingénieure au sein de l’Agence spatiale canadienne (ASC). Peu de femmes ont choisi de travailler dans cet organisme gouvernemental, et encore plus rares sont celles qui arrivent à y obtenir un poste de direction. Les femmes n’occupent que près de 20 % des postes scientifiques et 25 % des postes de direction à l’ASC*, dont la mission est entre autres de « promouvoir l’exploitation et le développement pacifiques de l’espace » et de « faire progresser la connaissance de l’espace par la science », selon la Loi sur l’Agence spatiale canadienne.

« Les choses se sont améliorées, assure Marie-Josée Potvin, gestionnaire intérimaire du programme de développement des ingénieurs juniors à l’ASC. En 2001, nous avions du retard par rapport au taux de disponibilité des ingénieures sur le marché du travail. Aujourd’hui, nous l’avons dépassé. » En effet, selon elle, le Canada compte actuellement environ 18 % d’ingénieures sur le marché du travail, alors qu’à l’Agence, 21 % des employés en génie sont des femmes.

Photographie de Sylvie Béland.
« À l’époque, nous avions le soutien de Marc Garneau. Aujourd’hui, les coupes budgétaires au gouvernement se multiplient et la représentation des femmes n’est pas une priorité. » — Sylvie Béland, ingénieure d’essais et d’intégration qui a travaillé près de 20 ans à l’Agence spatiale canadienne

Au début des années 2000, les femmes ne constituaient que 12 % du personnel en génie et en recherche de l’ASC. Aucune n’était membre de la haute gestion. Ce constat a été dressé à l’époque par trois employées de l’Agence, dont Sylvie Béland, ingénieure d’essais et d’intégration qui a travaillé près de 20 ans à l’ASC. « En 2000, nous devions participer à une conférence à Ottawa sur la place des femmes en génie, raconte-t-elle. En préparant notre présentation, nous avons discuté avec les autres femmes de l’Agence et réalisé qu’aucune d’entre elles n’était cadre ou chef de groupe. Même si nous ne ressentions pas de discrimination, nous avons essayé de comprendre les raisons de cette situation en réalisant une enquête interne. »

Briser le plafond de verre

Loin de rester lettre morte, les conclusions de cette recherche ont intéressé Marc Garneau, alors président du comité de direction de l’Agence, qui voulait avoir des pistes de solution pour changer la situation. « Il a écrit à tous les employés de l’Agence en soulignant qu’il fallait des actions concrètes pour contribuer à la promotion des femmes et briser le plafond de verre », se souvient Sylvie Béland. Marc Garneau n’a d’ailleurs pas hésité à s’autoproclamer « champion des femmes en sciences et technologies » afin de souligner l’importance de ce problème.

Soutenues par le comité de direction, Mme Béland et ses deux collègues ont mis sur pied en 2001 le Comité des femmes en sciences, technologies et gestion de l’ASC. « Ça me dérangeait de constater que mes collègues compétentes n’arrivaient jamais à monter dans la hiérarchie », explique l’ingénieure. Son équipe et elle ont mis l’accent sur cette réalité en faisant de la sensibilisation auprès des employés et des cadres de l’ASC. Grâce à un budget de 10 000 $ et à un pourcentage de leur horaire libéré, elles ont organisé des conférences et des ateliers visant à favoriser la promotion féminine à l’interne et à permettre un changement de mentalités au sein de la direction.

En 2005, déjà, des résultats étaient visibles. « Le nombre d’ingénieures a rattrapé le taux de disponibilité sur le marché du travail et quelques femmes ont pu atteindre la haute direction », précise Marie-Josée Potvin, qui s’est jointe au Comité des femmes la même année. À cette époque, les activités du Comité ont été recentrées sur le développement des compétences et sur la promotion d’un milieu de travail inclusif, intégrant une équipe diversifiée composée de femmes et d’hommes venant d’horizons différents.

Jeu masculin

« Les femmes vivent des situations typiquement féminines, comme la grossesse. L’objectif du Comité était de leur permettre de trouver leur place dans cet univers masculin », explique l’ingénieure en structures spatiales, qui considère qu’il est difficile d’être une femme dans n’importe quel milieu de travail.

« Durant leurs études en génie et lorsqu’elles intègrent le monde professionnel, les filles rencontrent des difficultés mineures. Elles accomplissent très bien les tâches demandées, comme produire des rapports soignés. Par contre, tout se complique quand les responsabilités arrivent et qu’elles sont confrontées à la vision du chef », dit Marie-Josée Potvin. Elle ajoute que le portrait idéal du leader véhiculé dans le monde du travail est toujours celui d’un homme grand et d’un certain âge. Les femmes se heurtent à cette conception et il est plus difficile pour elles d’imposer leur autorité et d’avoir de la légitimité en tant que supérieures hiérarchiques.

De plus, elle estime que les hommes ont une vision plus compétitive et ludique du travail, alors que les femmes, généralement, sont là pour réaliser un projet commun avec leurs collègues. « Il faut apprendre à jouer le même jeu que les hommes pour atteindre les postes de direction. »

Malgré l’augmentation du nombre de femmes à l’ASC, il reste beaucoup à faire, et pour Marie-Josée Potvin, le Comité a encore sa raison d’être. « À l’interne, les femmes progressent très bien jusqu’au premier niveau de supervision; c’est là que ça bloque », note-t-elle en précisant que peu d’occasions d’accéder aux niveaux supérieurs se présentent, car ces postes sont rares et ne sont pas forcément réattribués quand ils se libèrent.

Sylvie Béland, qui a quitté l’ASC au printemps 2013 pour devenir directrice R-D Aérospatiale au Conseil national de recherches du Canada, souligne également la nécessité de poursuivre le travail. « À l’époque, nous avions le soutien de Marc Garneau. Aujourd’hui, les coupes budgétaires au gouvernement se multiplient et la représentation des femmes n’est pas une priorité. C’est important pour la relève d’avoir des femmes comme modèles. À mon époque, il n’y en avait pas, à mon grand regret. » 

* Il a été impossible d’obtenir le détail des postes et leur nombre.

NDLR : En avril dernier, le Comité a reçu un nouveau mandat de la direction de l’ASC. Toutefois, l’Agence ne nous a pas donné accès aux documents, ni aux personnes qui auraient pu expliquer la situation actuelle du Comité, et ce, en dépit de plusieurs demandes.

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