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Illustration du débarquement

Honneurs aux Filles du Roy

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Pratique le métier de rédactrice et de recherchiste depuis 2006. Elle a collaboré aux publications du Centre d’études et de coopération internationale (CECI), au cahier Air du temps du journal ICI. Diplômée en histoire de l’art, elle œuvre également à titre de rédactrice et éditrice de contenu Web pour le compte d’organismes voués à la diffusion de la culture et du patrimoine.

De 1663 à 1673, quelque 800 filles à marier ont traversé l’Atlantique dans des conditions terribles. Leur mission : peupler la Nouvelle-France. Trois cent cinquante ans plus tard, la mémoire des Filles du Roy est doublement honorée aux Fêtes de la Nouvelle-France et à la Maison Saint-Gabriel.

En 1663, on compte 2 500 âmes en Nouvelle-France, et en moyenne huit hommes pour une femme. Pour peupler la colonie, le roi Louis XIV prend en charge le transport, l’hébergement et le mariage des jeunes Françaises qui accepteront de s’embarquer pour Québec, Montréal, Trois-Rivières… Bref, pour l’inconnu.

Âgées de 20 ans en moyenne, ces dernières veulent trouver un mari — défricheur, coureur des bois, charpentier, maçon… — et sont libres de le choisir. À Québec, les filles sont hébergées par les Ursulines. À Montréal, Marguerite Bourgeoys accueille les nouvelles venues dans la ferme de la congrégation de Notre-Dame (aujourd’hui la Maison Saint-Gabriel). Elle organise des bals pour favoriser les rencontres. En attendant de trouver chaussure à leur pied, les pupilles du roi apprennent les rudiments de la vie en Nouvelle-France. De 1663 à 1673, 770 Filles du Roy s’exileront au Nouveau Monde. La plupart se marieront dans les cinq mois suivant leur arrivée. Fait à noter : les hommes célibataires doivent épouser une Fille du Roy pour conserver leur permis de chasse…

Au bal

La politique de peuplement fait mouche : en moyenne, une Fille du Roy donnera naissance à six enfants. Dix ans après l’arrivée du premier contingent, la population de la colonie a triplé! En plus d’être des épouses et des mères de famille, nos ancêtres assument d’autres fonctions. « Ce sont des bâtisseuses, des entrepreneures. Elles œuvrent comme sages-femmes, apothicaires, éducatrices. Elles sont instruites », explique Madeleine Juneau, directrice de la Maison Saint-Gabriel. Leur rôle essentiel dans le développement de la colonie est maintenant reconnu par les historiens.

Pour rendre hommage à ces pionnières, la Maison Saint-Gabriel présente l’exposition Oser le Nouveau Monde jusqu’au 22 décembre, en plus d’organiser un Grand Bal des prétendants le 17 août. À cette occasion, 36 femmes incarneront les premières Filles du Roy arrivées au port de Québec en 1663. À la mode du 17e siècle, bien sûr. « Ce sera magnifique! promet Mme Juneau. Les Filles du Roy étaient fières et bien mises. » Les « personnificatrices » ont investi temps et efforts pour apprendre leur rôle, confectionner leur costume et se mettre en bouche des mots de vieux français.

Photographie de femmes personnifiant des Filles du Roy
« Souvent, en l’absence du mari, les Filles du Roy restaient seules sur leur grande terre. Elles devaient apprendre plusieurs métiers, chasser, tenir le mousquet, faire fuir les Iroquois… »  — Nathalie Dion, « personnificatrice » de Marguerite Ardion, une Fille du Roy veuve qui a traversé l’océan avec son enfant.

Nathalie Dion, qui se glissera dans la peau de Marguerite Ardion, a été impressionnée par ce qu’elle a découvert lors de ses recherches historiques. « Sa » Fille du Roy, une veuve huguenote (protestante française) de 27 ans, a traversé l’océan avec son enfant. Cent onze jours pénibles en mer : insalubrité, nourriture avariée, maladies… L’appartenance au protestantisme ne permettant pas de s’établir en Nouvelle-France, elle doit abjurer sa foi à son arrivée. La ténacité dont ont fait preuve Marguerite et ses consœurs devant les obstacles a suscité l’admiration de Mme Dion. « Souvent, en l’absence du mari, les Filles du Roy restaient seules sur leur grande terre, raconte-t-elle. Elles devaient apprendre plusieurs métiers, chasser, tenir le mousquet, faire fuir les Iroquois… » Respect!

Pourquoi tout quitter?

La majorité des Filles du Roy qui se sont installées en Nouvelle-France étaient des orphelines de Paris et des environs. « Elles ont été abandonnées par des familles qui n’avaient plus de moyens. En France, à l’époque, c’était la misère », relate Irène Belleau, présidente-fondatrice de la Société d’histoire des Filles du Roy. D’autres ont été sollicitées par des recruteurs, tels des curés, qui recommandaient les filles à marier, certificats de bonne conduite à l’appui. Ils choisissaient préférablement des femmes vaillantes, capables de travailler la terre. « La vie était dure en Nouvelle-France, tout était à défricher. Mais on leur disait : “Vous allez habiter un pays tout neuf, trouver un mari, avoir une maison, des enfants.” » Une situation sociale que ces femmes n’auraient pu espérer en France, croit Mme Belleau.

Photographie de Irène Belleau.
« Nous savons qu’il n’y a pas une seule fille recrutée en France qui était une fille de joie au moment de son départ. Avec les références qu’on leur demandait, ça ne se peut pas! »  — Irène Belleau, présidente-fondatrice de la Société d’histoire des Filles du Roy

Certaines filles provenaient de milieux plus aisés et étaient destinées à épouser des capitaines de régiment. Un bon moyen de fixer au pays les soldats et les officiers en fin de contrat. D’autres candidates étaient de jeunes veuves avec des enfants à nourrir, désirant se remarier et recommencer leur vie ailleurs.

Héroïnes de la colonie

La programmation des Fêtes de la Nouvelle-France, qui se tiendront du 7 au 11 août à Québec, sera centrée sur le rôle des femmes qui ont influencé le cours de l’histoire de la colonie. Tournoi de contes, stations d’animation, défilé, spectacle électro-musical : tous les moyens sont bons pour parler de Marie de l’Incarnation, Madeleine de Verchères, Marguerite de Roberval, Marie Major, La Corriveau… et faire découvrir au public d’autres personnages méconnus.

Le 350e anniversaire de l’arrivée des premières Filles du Roy a orienté le choix du thème. « En consultant des historiennes et des historiens, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait beaucoup à dire sur ces héroïnes qui n’avaient pas été mises de l’avant auparavant », rapporte Stephan Parent, directeur des Fêtes. Autochtones, religieuses, érudites, marchandes, seigneuresses et, bien sûr, Filles du Roy : la mouture 2013 invite les festivaliers à revivre en compagnie de ces pionnières la grande aventure de la Nouvelle-France.

Photographie de Stéphane Parent.
Pour Stephan Parent, directeur des Fêtes de la Nouvelle-France, il y a beaucoup à dire sur ces héroïnes — autochtones, religieuses, érudites, marchandes, seigneuresses et Filles du Roy — qui n’avaient pas été mises de l’avant auparavant.

La programmation se veut à la fois divertissante et instructive. « Nous voulons maintenir un équilibre entre le côté festif et le côté historique, la marque de commerce des Fêtes de la Nouvelle-France », confie le directeur. L’un des évènements marquant avait lieu ce 7 août au quai Buteau du port de Québec : l’arrivée des 36 premières Filles du Roy sur le voilier L’Aigle d’or. Les dames étaient ensuite escortées en grande pompe jusqu’à la place de Paris.

Pas des filles de joie!

Pourquoi les Filles du Roy sont-elles devenues des filles de joie dans l’imaginaire collectif? En 1683, un certain baron de Lahontan est envoyé en mission par le roi pour évaluer l’état des colonies françaises. Après une visite en Nouvelle-France, il écrit qu’il y a vu des filles de petite vertu. Un impair historique qui plongera les Filles du Roy dans l’ombre et l’oubli.

« Petite vertu? s’insurge Mme Belleau. Nous savons qu’il n’y a pas une seule fille recrutée en France qui était une fille de joie au moment de son départ. Avec les références qu’on leur demandait, ça ne se peut pas! »

Selon Irène Belleau, l’étude de la vie des Filles du Roy a été négligée. « Nous avons longtemps ignoré ces femmes. Nous n’avons plus le droit de passer à côté. » À la Société des Filles du Roy, les prochaines années seront d’ailleurs consacrées à la préparation des biographies de chacune de ces 770 femmes. Projet colossal, mais porté par une équipe motivée. « Sans les Filles du Roy, nous ne serions pas vivantes! lance Mme Belleau. Elles nous ont donné une leçon de courage, de détermination et de foi en l’avenir. »

En supplément

Pour consulter l’ensemble des activités entourant le 350e anniversaire de l’arrivée des Filles du Roy en Nouvelle-France, visitez le site Web de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs. Programmation à télécharger en version PDF : www.cfqlmc.org/pdf/BASSEFillesduroy.pdf

Qu'en pensez-vous?

13 Réactions

  1. Louis-Philippe Lavergne

    Malheureusement, même certains « érudits » de notre histoire coloniale ont perpétré le stigmate qui me semble n’être qu’un vulgaire jeu de mots à toutes les fois que je l’entends. De dire que toutes nos ancêtres ne fussent que de simples femmes de joie m’apparaît aussi faible comme argument historique que de dire que tous les Australiens descendent de bandits, voleurs et autres brigands. Ce qui est triste dans tout cela, c’est que les gens peu armés quant aux repères et référents historiques du Québec, de par ce piètre jeu de mots, prennent pour vérité que nos braves ancêtres fussent de mœurs légères. Excellent travail ici de réhabilitation historique d’un groupe important de notre histoire. Chapeau bas à Françoise Le François mon ancêtre!

  2. Lea

    ce site nous donne toute les information sur les filles de roy.
    merci pore ce qui ont fait se site

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