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Photographie de Audrey Demers.

Quand on se regarde…

par 

Étudie au cégep en sciences humaines. Préoccupée par des valeurs de justice sociale et d’égalité, elle envisage de mener une carrière au coeur de laquelle trônera la défense des droits humains.

Ma mère est féministe. C’est elle qui m’a enseigné l’importance de l’équité et de l’égalité. À la maison,mon frère et moi avons les mêmes privilèges et héritons des mêmes tâches. À l’école, on m’a aussi appris que j’avais le même potentiel et les mêmes responsabilités que les garçons avec qui j’étudiais.

Aujourd’hui, je suis une jeune femme de 18 ans qui sait ce qu’elle vaut : exactement la même chose que tous les êtres humains, qu’ils soient noirs ou blancs, hommes ou femmes. Par contre, me voilà aussi en mesure d’observer que malgré ma conviction, tout le monde n’en pense pas autant.

J’ai voyagé en Amérique latine à deux reprises au cours des dernières années. Force m’a été de constater que la situation des femmes dans ces pays est différente de la mienne. Elles restent traditionnellement derrière les hommes, et la plupart n’ont pas encore réalisé qu’elles sont d’égale valeur.

Jusqu’à tout récemment, j’étais persuadée que dans mon pays, l’égalité n’était plus une question d’opinion, mais bien de fait. J’ai découvert que j’avais tort. L’été dernier, je suis allée dans l’Ouest canadien avec une amie pour améliorer mon anglais. J’ai vu des paysages paradisiaques et j’ai rencontré des gens extraordinaires. Pendant quelques semaines, j’ai travaillé dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, comme plusieurs jeunes Québécois. À nous les vergers et les vignobles! Mon amie et moi étions déterminées à repousser les limites de nos capacités. Mais après quelques heures sur le terrain, je fus estomaquée de constater qu’on me considérait inférieure.

Mon étonnement a pris naissance au Centre de la francophonie de Kelowna, où des préposés nous ont renseignées sur le travail agricole. Ils se montraient plus qu’insistants sur l’importance d’être prudentes dans les fermes. Ils nous ont appris que selon un projet de recherche du Penticton & Area Women’s Center réalisé en , 37 % des travailleuses agricoles sont harcelées ou agressées sexuellement par leur employeur durant leur séjour. La majorité des fermes de la vallée appartiennent à des immigrants qui proviennent de pays où l’égalité des sexes n’est pas une valeur dominante.

En plus de feuillets d’information à propos du travail agricole, on nous a remis un cahier traitant de cette situation particulière. Il comportait des numéros de téléphone d’urgence, dont celui du Centre des femmes de Colombie-Britannique, ainsi que des conseils et des mesures de prévention. Par exemple, signaler son désintérêt de manière claire et précise, ne jamais se promener seule dans les champs et rapporter tout incident à la police locale.

Nous avons donc entamé une tournée des fermes au nord de la vallée, accompagnées de deux amis. C’est alors que j’ai reçu mon deuxième choc. Lors d’une rencontre avec un fermier, je me suis aperçue qu’il ne donnait la main qu’aux garçons; il ne daignait pas même nous accorder un regard! J’ai vite compris que pour lui, j’étais une fille qui suivait les garçons… alors que j’étais l’artisane de mon aventure!

Sur l’un des terrains de camping où nous nous sommes installées un certain temps, nous avons rencontré des gens…et écouté leurs histoires. J’en ai entendu à propos de filles que des fermiers avaient amenées plus loin dans le verger pour tenter d’obtenir des faveurs sexuelles. D’autres se sont même fait offrir de l’argent.

Mais il y a plus que les agressions et le harcèlement sexuel. Les propriétaires des fermes ne traitent pas les employées de manière égalitaire ni respectueuse. Après une longue journée de cueillette sous le soleil brûlant, où je m’étais levée au petit matin pour récolter quelques dollars pour chaque 20 livres de cerises, un fermier mécontent de mon travail a renversé le contenu de mon bac sur le sol et a craché dessus en m’observant, le regard chargé de mépris. Bien sûr, j’ai fondu en larmes. Pour la première fois de ma vie, on me faisait sentir comme une moins que rien, et vraiment, j’ai presque cru que le fermier avait raison.

J’ai alors pris conscience de ce que plusieurs femmes vivent partout dans le monde à travers le regard de leurs frères, de leur père, voire de l’homme qu’elles aiment.

L’atteinte de l’égalité est un combat mondial à mener. Et même encore au Québec, au Canada, il faut continuer à y travailler. Il est important d’inscrire au code de vie de notre province et de notre pays les valeurs profondes de notre société, comme l’égalité entre les sexes. Par respect pour toutes ces femmes qui se sont battues, entre autres pour que je puisse m’asseoir sur les bancs d’un cégep, devenir médecin ou première ministre si je le veux, nous nous devons de nous faire respecter, de l’Atlantique au Pacifique.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Johanne morneau

    Rester les yeux ouverts pour contribuer à un monde meilleur, c’est nécessaire! J’ai beaucoup apprécié ce texte écrit d’une manière authentique. Merci

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