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Dessin d'une femme au restaurant avec un enfant énervé et un violoniste.

La vie amoureuse des mamans monoparentales

par 

Éditrice et rédactrice en chef de La Marelle Mag, un calendrier et magazine culturel pour les familles du Grand Montréal, qu'elle a créé en septembre 2011. Journaliste depuis près de 15 ans, elle a travaillé pour différents médias, en France et au Québec, notamment La Presse, Les Affaires, l'Humanité dimanche et Vita. Aurore s'intéresse particulièrement aux problématiques sociales et culturelles.

Entre la famille initiale et la famille recomposée, la vie amoureuse des femmes célibataires avec enfants est loin d’être une sinécure : fatigue, stress financier, insécurité et culpabilité, pas facile de trouver l’âme sœur quand on a l’âme d’une Mère Courage…

Quelle place laisse-t-on à la vie amoureuse quand on est mère célibataire? Selon le dernier recensement, plus des trois quarts des familles monoparentales au Québec — qui représentent près de 30 % des familles — ont une femme à leur tête. Ces quelque 278 000 mères élèvent (souvent) à temps plein ou à temps partiel leurs enfants, assumant à la fois la gestion de leur carrière et le bien-être au quotidien de la famille, dans un contexte où le revenu familial est nettement inférieur à celui généré par une cellule monoparentale dirigée par un homme (4 mères seules sur 10 disposent d’un revenu familial de moins de 30 000 $ annuellement, comparativement à un peu plus de 2 pères seuls sur 10).

« Les relations amoureuses, c’est déjà complexe. Mais pour les mères seules, entre les questions de la conciliation travail-famille, de la disponibilité des moyens financiers, du soutien de l’entourage immédiat requis pour faciliter la vie sociale et la perte de confiance en soi qui caractérisent l’après-séparation, c’est encore plus compliqué  », affirme d’emblée Francine Descarries, sociologue et professeure-chercheuse au Département de sociologie de l’UQAM. Si les femmes s’en sortent de mieux en mieux d’un point de vue socio-économique, dit-elle, il n’en demeure pas moins qu’elles conserveraient une part de responsabilités plus importante que celle assumée par leurs pairs masculins.

Et de fait, « la garde partagée, explique Laurence Lagouarde, agente de liaison et de mobilisation à la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec, ça ne veut pas dire forcément partage égal. Ce qu’on constate, c’est que les femmes vont davantage s’occuper des rendez-vous chez le médecin, le dentiste, ou des rencontres avec les professeurs à l’école ». Ce qui veut dire qu’elles seront moins disponibles pour la rencontre amoureuse en termes de temps, mais aussi d’un point de vue psychologique. « Elles sont davantage préoccupées et lorsqu’elles peuvent prendre du temps libre, elles préfèrent aller vers des activités qui leur font du bien — dîner avec des amis, aller voir un spectacle — plutôt que de s’investir dans une situation qui peut les insécuriser, ou s’avérer carrément déplaisante », ajoute-t-elle.

Si elles sont fragilisées par l’issue de leur précédente relation et qu’elles le vivent comme un échec sur le plan personnel et familial, les femmes vont aussi avoir tendance à en faire plus que leurs homologues masculins pour compenser et mettront l’enfant au centre de leurs préoccupations : « Elles veulent à tout prix rétablir l’équilibre pour leurs enfants, pour qu’ils souffrent le moins possible, précise Laurence Lagouarde. Du coup, elles pédalent encore plus! » Moins enclines à sacrifier le temps passé avec les enfants pour le consacrer à la rencontre, hyper protectrices, elles seraient paradoxalement plus enclines, avec leur nouvelle flamme, à vouloir reconstituer rapidement le noyau familial.

« Alors que les papas parviennent à départager leur vie amoureuse de leur vie familiale, les mamans vont avoir tendance à placer le nouvel arrivant en position d’autorité face à l’enfant », dit Francine Descarries. « J’entends souvent les intervenants dans les associations dire qu’on passe de recomposition en recomposition, ajoute Laurence Lagouarde. Ce qui entraîne souvent chez les mères un sentiment d’insatisfaction, parce qu’elles pensaient retrouver la cellule familiale initiale. »

Les mères seules doivent aussi combattre les idées reçues (mères et amantes parfaites) et refusent de se positionner comme des victimes. « Ce sont le plus souvent les femmes qui mettent aujourd’hui fin au couple initial, précise Francine Descarries. Elles se réalisent mieux, sont plus autonomes. » Or, cette autonomie fait parfois peur. On leur reprochera d’être peu disponibles, d’être exigeantes en ce qui a trait notamment à la relation du nouveau venu avec les enfants, voire d’avoir des attentes irréalistes, puisqu’elles demandent à la fois un fort investissement affectif et une indépendance relative sur le plan matériel.

« Ni célibataires ni femmes mariées », comme se qualifie elle-même Marie-Pier*, elles sont encore souvent considérées avec pitié, alors qu’elles vivent parfois cette situation avec satisfaction. « La vie en couple n’est pas la seule façon d’être heureuse, conclut Francine Descarries. Il serait temps de considérer de nouveaux modèles de vie amoureuse… »

  1. *Prénom fictif

Marie-Pier, 36 ans, conseillère en développement social et maman monoparentale à temps plein d’un petit garçon de 5 ans.

« Ça a pris du temps avant que je m’accorde le droit de penser à ma vie amoureuse. Étant donnée la grosse responsabilité qui était la mienne vis-à-vis de mon fils, je ressentais de la culpabilité, je voulais d’abord offrir les meilleures conditions de vie à mon enfant, pas seulement d’un point de vue financier, mais en terme d’équilibre affectif. J’ai fait quelques rencontres par l’intermédiaire de Facebook, j’ai aussi essayé les sites de rencontres, mais le côté “magasinage” ne me plaît pas. J’ai aussi pu constater qu’une maman à temps plein, ça fait souvent peur. Pourtant, ce que je recherche en priorité, ce sont des moments de plaisir pour adultes : parler, aller au cinéma, etc. Je ne veux pas être considérée seulement comme une mère. »

Lucie, 34 ans, propriétaire d’un restaurant et mère à temps plein de deux enfants de 6 et 10 ans. En couple depuis trois ans.

« Je suis en “garde partagée” avec les parents de mon ex. Ils s’occupent des enfants deux soirs par semaine, ce qui me laisse une soirée et une nuit au complet pour relaxer. Avant la rencontre avec mon nouveau conjoint, je consacrais ce temps au lavage, au travail de bureau et au repos. Au début, je n’avais pas envie de rencontrer quelqu’un, je voulais reprendre le contrôle de ma vie et assurer le bien-être de mes enfants. Comme je suis propriétaire d’un restaurant, et que ça demande beaucoup de travail, je n’avais pas beaucoup de disponibilité. En vivant toute seule, je me suis impressionnée moi-même, donc quand est venu le temps de la rencontre, je voulais conserver cette indépendance. Vivre une histoire, c’était d’abord partager des moments d’adultes, en dehors des enfants, mais, en même temps, si mon conjoint actuel n’avait pas été capable d’interagir avec eux, ça n’aurait pas été possible. »

Qu'en pensez-vous?

3 Réactions

  1. Danielle

    Je suis toujours abasourdie quand je vois qu’on considère les gens en garde partagée comme monoparentaux. J’ai vécu les deux : la garde partagée et je suis maintenant mère monoparentale, dont le père est décédé. Je ne me suis jamais considérée monoparentale lorsque j’étais en garde partagée. La réalité entre les deux est incomparable. La VRAIE vie de monoparentale n’a rien à voir avec la vie de garde partagée, où une semaine sur deux on a du répit !

  2. Daniel

    Intéressant. Toutefois, il serait impératif d’inclure dans vos analyses la réalité des pères monparentaux si vous voulez éviter des biais de sélection et la consolidation des stéréotypes que vous-mêmes dites combattre.
    En fait je ne crois pas qu’il serve à grande chose d’essayer de vous faire voir d’autres réalités, tellement vous avez un discours déjà tout fait…

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