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Couverture du livre : Les femmes en politique changent-elles le monde?

Collaboratrice de longue date à la Gazette des femmes, Pascale Navarro s’est penchée sur le pouvoir et le féminin dans son nouvel essai Les femmes en politique changent-elles le monde? Petit à petit, répond notre collègue.

Gazette des femmes : De plus en plus de femmes se lancent en politique, mais plusieurs le font avec réticence. Quels sont les freins majeurs à leur entrée en politique?

Pascale Navarro : Leur crainte de perdre quelque chose sur le plan personnel, une qualité de vie, le contact avec leurs proches. En fait, elles ont peur de ne plus être dans les rôles auxquels elles sont habituées et de laisser leur vie de famille. La socialisation des filles entre aussi en ligne de compte : les femmes acceptent difficilement d’entrer en conflit. Les insultes, la confrontation verbale les mettent très mal à l’aise. Elles n’aiment pas ça. L’insécurité de compétence — le fameux syndrome de l’imposteur — les freine aussi : vais-je être assez bonne, suis-je assez informée, ai-je bien fait le tour de la question?

Les femmes pratiquent-elles la politique différemment des hommes?

Ça dépend. Les hommes font de la politique d’une façon « traditionnelle ». Sauf exception, ils adhèrent à un système en place depuis longtemps. Tandis que les femmes, à cause d’un manque de familiarité avec le pouvoir politique en tant que système hiérarchique — attribuable à leur récente arrivée dans le domaine –, tentent de changer certaines manières de faire. Mais quand elles sont à l’Assemblée nationale, par exemple, elles doivent se conformer au système qui a cours pour tout le monde. Par contre, à petites doses, elles parviennent à changer certaines politiques, certains modes de vie, les façons de faire les choses. Comme le fait que désormais, on ne siège plus la nuit.

Donc, pour répondre à la question-titre de votre livre, les femmes en politique changent le monde?

Oui. Oui. Oui. Petit à petit. Si des femmes n’étaient pas entrées en politique, on n’aurait pas de services de garde, par exemple.

Vous avez pu constater que le pouvoir ne répugnerait pas les femmes si on le conjuguait autrement?

Exactement. S’il y avait plus de respect dans la façon de se parler à l’Assemblée nationale, plus d’écoute, de consensus, de pondération, un certain sens de l’éthique, si on pouvait se battre avec classe, avec les bons mots, les bons arguments, et non pas à coup de menaces et d’insultes, davantage de femmes auraient envie de faire de la politique.

L’imposition de quotas est-elle la solution pour qu’il y ait plus de femmes n politique? Cette mesure est-elle conciliable avec le féminisme?

Je pense que oui. Le Directeur général des élections pourrait exiger que les partis présentent un pourcentage X de femmes, ou les partis pourraient se donner des mesures volontaires de quotas. Ça ne signifie pas qu’on doit réserver 30 sièges du salon bleu aux femmes. Ça ne veut pas dire non plus qu’on donne une circonscription à une femme. Il faut qu’elle soit élue, qu’elle convainque ses concitoyens qu’elle est la meilleure personne pour les représenter! Ce n’est pas une faveur.C’est une question de programme qui correspond à des valeurs sociales.

C’est important d’envisager cette solution, ne serait-ce que pour générer des débats, pour obliger les partis et le Directeur général des élections à prendre position, et les citoyens à se poser la question. C’est vrai que ça nous met devant un dilemme, car l’imposition de quotas constitue un principe difficile à défendre : comment peut-on vouloir obtenir un droit au nom de la différence, après avoir réclamé le même traitement que les hommes? Comme féministes, je pense que c’est le dilemme qui nous empêche de prendre position : on a l’impression qu’on se trahit si on exige des quotas. Or c’est là qu’on se trompe, selon moi. Mais dans la vie, il faut trancher. La réalité nous rattrape, en fait, c’est surtout ça qui me frappe.

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