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Une femme enfourchant une moto.

De plus en plus de femmes enfourchent une moto les beaux jours venus. Parce qu’être passagère, parfois, ne suffit plus.

Chantal Cournoyer y pensait depuis des années. Après 10 ans comme responsable des relations publiques chez un important concessionnaire de motocyclettes montréalais, la femme de 45 ans a décidé que c’était le temps ou jamais. Adieu amis, emploi et pays : elle vient de quitter le confort de son foyer pour un périple d’un an à moto avec son conjoint, avec comme seul bagage une tente et quelques vêtements.

Le trajet fait rêver : au guidon de sa BMW, l’aventurière se rendra jusqu’en Alaska avant de gagner la Californie via la côte ouest américaine, puis traversera le Grand Canyon et le Texas jusqu’au Mexique. Défileront ensuite l’Amérique centrale, le Pérou, la Bolivie, le Chili et, finalement, la ville argentine d’Ushuaïa, la plus australe du monde, en pleine Terre de Feu.

Photographie de Chantal Cournoyer.
Au guidon de sa BMW munie d’un moteur de 1 200 centimètres cubes, Chantal Cournoyer entreprend une aventure qui la fera voyager de l’Alaska jusqu’en Argentine.

Impressionnée devant une pareille épopée sur deux roues? Nerveuse à l’idée de franchir des dizaines de milliers de kilomètres au guidon d’un bolide muni d’un moteur de 1200 centimètres cubes? Angoissée par les centaines de milliers de changements de vitesse qu’implique la traversée du Canada et des Amériques? Pas le moins du monde! Il faut dire que la moto, Chantal Cournoyer, elle connaît. Après 21 ans à chevaucher Harley-Davidson et autres BMW, on pourrait même qualifier cette professionnelle des relations publiques de pionnière dans un monde que l’on croyait réservé aux hommes, jusqu’à tout récemment.

Femmes cherchent motos

Un simple coup d’œil aux statistiques et quelques conversations avec les membres de l’industrie suffisent à démontrer que l’univers de la moto change à vitesse grand V au Québec. Les données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) confirment que 74 000 femmes possédaient leur permis de conduire une moto en au Québec. C’est encore loin des 437 000 hommes dans la même situation, mais il semble qu’une tendance lourde s’installe.

Le directeur général de Sherbrooke Harley-Davidson, Yves Le Bollocq, l’observe quotidiennement. Il estime que les femmes achètent près du tiers des motos vendues dans son commerce. « Cette nouvelle réalité change radicalement notre façon de faire des affaires, admet-il. Quand un couple entre au magasin, par exemple, on ne sait plus qui est l’acheteur; ce n’est plus nécessairement l’homme. L’industrie s’est adaptée et a rapidement vu le potentiel que représentait l’arrivée des femmes dans le marché. Plusieurs fabricants offrent maintenant des motos plus légères au profil surbaissé, plus adaptées à la taille de ces nouvelles motocyclistes. Certains manufacturiers organisent également des séances d’essais routiers exclusivement réservées aux femmes. »

Et il n’y a pas que la monture qui fait l’objet d’une attention particulière des fabricants : les vêtements aussi! Brigitte Rioux travaille dans le milieu depuis près de 15 ans. Elle se rappelle qu’à l’époque, aucune ligne de vêtements de moto n’existait pour les femmes. Aujourd’hui, la moitié de l’imposant stock de vêtements et d’accessoires du concessionnaire où elle est agente de service à la clientèle est destinée aux femmes.

« De nombreuses femmes se voient très bien sur une moto, observe Daniel Schoolcraft, propriétaire d’une école spécialisée en conduite de motocyclette, en Estrie. Les véhicules sont beaux et de plus en plus adaptés à leur taille; elles ont envie d’essayer, de montrer qu’elles aussi sont capables de conduire une moto. Et c’est le cas. Même que les femmes se distinguent par leur minutie, leur persévérance et leur humilité devant la machine, des qualités essentielles pour conduire une moto ». Selon lui, l’arrivée des femmes est un atout indéniable pour l’industrie. « C’est toute l’image de la moto qui s’est améliorée. Il y a 15, 20 ou 30 ans, on associait automatiquement la moto aux bandes de motards et aux mauvais garçons. Les perceptions ont changé. La population se rend compte qu’un peu tout le monde conduit des motos. »

Si on se fie à la fréquentation de son école, les choses n’ont pas fini d’évoluer. Daniel Schoolcraft se rappelle que lorsqu’il a lancé son entreprise il y a neuf ans, les femmes comptaient tout au plus pour 15 % de ses élèves. Depuis cinq ans, cette proportion a littéralement explosé : 40 % de ses élèves sont des femmes. Et ce ne sont pas uniquement des jeunes qui s’intéressent à la bécane : les chiffres de la SAAQ montrent que la grande majorité des femmes qui conduisent une moto sont âgées de 35 à 64 ans.

Une machine à soi

Qu’est-ce qui amène de plus en plus de femmes à investir l’univers de la moto? Il n’y a pas de réponse unique, soutiennent celles à qui nous avons posé la question. Mais une raison se dégage : la plupart ne veulent tout simplement plus se contenter d’être passagères. C’est le cas de Guylaine Lemelin. Après des années passées assise derrière son conjoint, elle en a eu assez. Juste après la naissance de son troisième garçon, l’agricultrice de 34 ans s’achetait une moto. Nathalie Berman évoque les mêmes arguments. Entre deux exercices de son cours de conduite de moto, elle explique qu’à 40 ans, les enfants élevés, elle souhaite prendre du temps pour elle. « La moto, c’est une façon de m’évader, de partir à l’aventure, sans but précis, de respirer les odeurs le long des routes. » « Ce n’est pas la vitesse qui m’attire dans la moto, enchaîne Nancy Dauphinais, une autre élève du cours. Ce que j’aime, c’est le côté technique de la conduite, la façon de prendre les courbes, la liberté que ça suppose aussi… »

Malgré l’enthousiasme évident qu’elles manifestent, les femmes à qui nous avons parlé ont hésité longtemps avant de sauter dans l’aventure sur deux roues. Peur d’entrer dans un monde associé aux hommes? Peur des préjugés? Rien de tout ça. « On hésite simplement devant l’inconnu », constate Nancy Dauphinais. En ce qui concerne les préjugés et les commentaires négatifs que son intérêt pour la moto aurait pu susciter, l’adjointe administrative de 27 ans répond avec étonnement : « Je n’ai reçu aucun commentaire négatif. Bien au contraire. Tous les gens que je fréquente m’encouragent à suivre mon cours. Mon frère et mon père m’ont même offert leur aide. Pour entendre un commentaire déplacé parce que je fais de la moto, il faudrait vraiment que je tombe sur un vieux macho fini. »

Les femmes que nous avons rencontrées ne se rendront peut-être pas jusqu’à la Terre de Feu à moto. Mais en restant tout près, elles changeront encore un peu le visage de la moto au Québec.

Qu'en pensez-vous?

7 Réactions

  1. Nicole Pomerleau

    Bravo les filles! Il était temps. Trop tard pour moi cependant. J’ai vendu ma 5ieme moto, une BMW 650 1983, il y a 3 ans. J’ai 72 ans bien sonnés. J’ai roulé à travers le Canada et toutes les Amériques, très souvent seule, pendant plus de 30 ans. La première fois c’était en 1983 avec une Yamaha Virago 530 1982. En 1990, à 46 ans, avec une amie 2 ans plus jeune, on a pris une année sabbatique et roulé pendant 10 mois jusqu’à Terre de Feu.
    Nous avions chacune une BMW usagée, 800 GS Paris Dakar. Deux monstres avec leur réservoir d’essence de 35 litres. Nous mesurons tout juste 5 pieds. Inutile de vous dire que nous étions sur la pointe des pieds pour les tenir debout. Et encore, il fallait se tenir sur un pied aux arrêts et l’appuyer sur la hanche. Une aventure sans pareille. Juste 2 filles audacieuses.

  2. Denise Pellerin

    est-ce que la personne qui écrit un des commentaires ci-bas, Thérèse Lavoie, peux me contacter, pouvez-vous lui transmettre mon adresse courriel? Moi aussi j’ai 57 ans mais je n’ai pas pu faire les 4 heures de route après les 4 cours de circuit fermé que j’ai fait le 22-23 septembre. Donc c’est partie remise aui printemps prochain pour poursuivre mon projet d’avoir une moto et d’être en avant!!!

    merci pour cet article inspirant!!!

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