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Photographie de Sonia Plourde.

En mode engagé

par 

Étudie en communication publique à l’Université Laval. Présentement collaboratrice à la Gazette des femmes, elle envisage de mener une carrière qui lui permettra d’assouvir son désir d’engagement dans divers enjeux sociaux.

Créer 100 robes en 365 jours, les vendre aux enchères et remettre les profits à 10 organismes à but non lucratif : c’est le défi que s’est lancé la designer québécoise Sonia Plourde. Quand mode et engagement social sont tissés serré.

Mue par un désir de liberté de création et d’accomplissement personnel, la designer Sonia Plourde s’est lancée dans une aventure aussi artistique que sociale qui lui a permis de se faire connaître des gens de Québec. Pendant un an, elle s’est laissé bercer par l’inspiration du moment pour concevoir 100 robes uniques destinées à être vendues aux enchères. Les profits, elle les remettrait à des organismes sans but lucratif. Avec son caractère généreux et son souci du bien-être collectif, pas de doute, le Projet 100 robes détonne dans l’industrie de la mode. La Gazette des femmes s’est entretenue avec cette fashionista originale qui a décidé de tailler un projet de création vestimentaire à la mesure de ses ambitions.

Photographie de la 79e robe.
Eve Leclerc — Perspective Photo

« Sous sa chaude couverture, elle cache un cœur tout rose, une doublure de satin douce comme un pétale de tulipe qui émerge de la terre froide. »

— Extrait du blog 100 robes, 79e robe.

Gazette des femmes : Quelles expériences personnelles ou professionnelles vous ont menée à mettre sur pied le Projet 100 robes?

Sonia Plourde  : Je travaille dans le domaine de la mode depuis 12 ans. Pendant plusieurs années, mes créations étaient en marge de la mode. Mon conjoint et moi avions une boutique et nous confectionnions beaucoup de costumes et de vêtements d’inspiration historique. Après l’arrivée de notre deuxième enfant, nous en sommes venus à la conclusion qu’il valait mieux fermer boutique. Mon conjoint a trouvé un emploi stable tandis que j’ai commencé à travailler à la maison. Je me suis retrouvée seule dans mon atelier, en fin de congé de maternité, ce qui a été plutôt difficile pour mon moral. Je me suis beaucoup remise en question. Ça me prenait un projet, un défi pour vérifier si j’avais toujours envie de pratiquer le métier de designer. C’est après avoir vu le film Julie & Julia, dans lequel l’héroïne, en proie à une crise existentielle, décide de reproduire toutes les recettes d’une cuisinière célèbre pendant un an, que j’ai eu l’idée de me lancer dans un projet du genre. J’ai pensé : 100 robes en un an! Un beau nombre, un beau défi, mais je devais trouver une finalité à ces 100 robes. Ça faisait déjà un moment que je me questionnais sur la futilité de la mode. J’ai donc dirigé mon travail vers quelque chose de plus humain, de plus social : je vendrais les robes aux enchères et verserais les profits à des organismes à but non lucratif.

Pourquoi 10 causes plutôt qu’une seule?

Parce que je ne voulais pas donner tous mes profits à un organisme très connu, qui profite déjà d’une grande visibilité. Je trouvais qu’il était intéressant de faire connaître de plus petits organismes. Le projet leur a permis d’acquérir un peu plus de notoriété.

Photographie de la 69e robe.
Eve Leclerc — Perspective Photo

« Robe de film, de conte, de série télé. La robe des moments improbables qui n’arrivent que lorsqu’ils sont scénarisés et réalisés par des professionnels, avec la musique idéale. »

— Extrait du blog 100 robes, 69e robe.

Comment s’est passée la réalisation du Projet 100 robes?

Comme je relevais ce défi bénévolement, il fallait que je réalise des contrats en parallèle. Les semaines où j’étais plus occupée, je concevais moins de robes, et vice-versa. Certaines contraintes familiales m’ont aussi obligée à travailler au rythme de mes occupations. Je créais spontanément, selon l’inspiration du moment. Je voulais qu’aucune robe ne ressemble à la précédente. Mon intérêt dans ce projet, outre de me faire connaître du public, c’était la liberté de création. Malgré les contraintes de temps, j’ai réussi à compléter le projet dans le délai prévu : un an pile-poil!

Comment avez-vous fait pour concilier travail et famille durant cette année remplie?

Mon conjoint est formidable! Il en faisait déjà beaucoup à la maison et avec les enfants, mais il en a fait encore plus cette année-là. Beaucoup plus que moi! C’était une période de travail très intense. Nous avons une très bonne relation et il m’a soutenue tout au long du projet. Il est fier de ce que j’ai accompli, tout comme mes enfants et ma famille.

Que pensez-vous de l’industrie de la mode?

Le design de mode est un art, au même titre que la sculpture ou la peinture. Un vêtement, c’est une œuvre en trois dimensions. L’art vestimentaire n’est pas la source des problèmes dont on entend souvent parler, comme l’anorexie. Ce problème vient assurément d’une pression sociale exercée sur les femmes et les filles. Pour ma part, je crée des vêtements pour le « vrai monde ». La taille de mes robes varie entre 7 et 10 ans; elles peuvent toutes être ajustées. Lors des défilés tenus durant le projet, j’ai pris soin de choisir des mannequins de tous les « formats » et de toutes les origines. Pour le défilé final, le 21 avril, je fais affaire avec une agence de mannequins professionnels et j’ai vraiment fait attention à ce que les mannequins ne soient pas rachitiques, contrairement à celles qu’on peut voir dans certains défilés.

Que représente le fait d’être une femme dans cette industrie?

La plupart des designer connus à Québec sont des femmes. Cependant, à l’échelle internationale, les grandes figures de la mode sont des hommes. C’est un moule difficile à casser. Il y a énormément de femmes designer dans le monde, mais il semble qu’elles profitent d’une visibilité plus restreinte. Socialement, les hommes sont plus encouragés que les femmes à se montrer agressifs en affaires. L’arrogance et la confiance en soi sont perçues différemment selon le sexe. Faire passer sa carrière avant la famille, les amis ou le conjoint semble aussi une approche plus masculine. Ça pourrait expliquer pourquoi les femmes se démarquent moins dans plusieurs domaines. Pour ma part, ma carrière est importante, mais jamais autant que ma famille ou mon bien-être. Si mon travail m’empêche d’avoir du temps pour moi et mes proches, je ferai autre chose en continuant de créer pour le plaisir.

Que pensez-vous de la mode engagée, écologique ou éthique?

Le danger avec les appellations « mode recyclée » et « mode éthique », c’est qu’elles peuvent facilement désigner une fausse valeur ajoutée. Dans le cas d’un vêtement recyclé, la symbolique surpasse parfois le côté « vert » du produit. Selon moi, acheter moins est la meilleure façon d’être écologique. J’ai aussi de la difficulté avec le mot éthique quand on parle de mode québécoise. Quand c’est fabriqué au Québec, normalement, c’est éthique. Il y a des lois, un salaire minimum et des droits de la personne qui régissent le travail dans l’industrie du vêtement. Je n’ai jamais mis l’accent sur l’aspect « éthique » de mes créations; je pense que je n’ai pas à le préciser. Mais pour un vêtement qui vient d’ailleurs, ça peut être pertinent de mentionner qu’il a été fait dans le respect de l’environnement et des travailleurs.

Selon vous, est-ce que la tendance de privilégier la qualité à la quantité lors de l’achat de vêtements s’accentuera au cours des prochaines années?

Malheureusement, les tentatives de sensibiliser les gens à l’importance d’acheter québécois font face aux stratégies de commercialisation de géants, comme les magasins à grande surface, dont le nombre est en constante progression. Certains vêtements y sont vendus moins cher que lorsque j’étais enfant! Pourtant, un t-shirt, ça vaut plus que 10 $. J’espère qu’un jour, les gens achèteront plus de produits québécois ou canadiens. C’est une mentalité qui sera longue à changer. Ça nous a pris du temps avant de comprendre les avantages du recyclage et d’intégrer cette pratique dans nos vies, mais elle fait maintenant partie de notre quotidien. J’espère que la même chose se produira en ce qui a trait à l’industrie de la mode québécoise. Je crois qu’il faut faire confiance à l’intelligence des gens.

Que retenez-vous du Projet 100 robes?

Qu’il y a tellement de gens généreux qui s’impliquent en n’attendant rien en retour! On entend si souvent des mauvaises nouvelles et des histoires tristes que ça fait plaisir, parfois, de se rappeler qu’il y a énormément de gens qui font de bonnes choses. Chaque organisme avec lequel j’ai collaboré travaille avec un nombre incalculable de bénévoles positifs et impliqués. Voir tous ces gens motivés travailler sans compter les heures, c’est ce que j’ai trouvé le plus fascinant dans mon projet.

Les 100 robes signées Sonia Plourde seront présentées lors d’un défilé le 21 avril à l’Espace Hypérion, à Québec, à l’occasion du Festival Québec mode. Des billets sont en vente sur le site Web du Festival. Les robes seront ensuite vendues aux enchères sur le site 100 robes.

Tous les profits seront remis aux organismes suivants : L’Élyme des sables, la Maison Michel-Sarrazin, Le Phare — enfants et familles, Le Pignon bleu, la Fondation du CHUQ, la Fondation canadienne Rêves d’enfants, Le Pivot, le Camp Kéno, l’Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (région de Québec) et Espace (région de Québec).

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Danielle-Anne Bédard

    Madame Plourde,
    Je tiens à vous féliciter pour votre originalité dans ce projet. Vous faites de très belles robes et ce, dans un an fabriquer 100 robes, c’est tout un exploit. Pour le grand défilé, ma fille, Maddy-Charlaine Leclerc avait été choisie pour parader certaines de vos créations et elle en était très fière. Pour ma part, je vais aller sur le site 100 robes pour miser aux enchères sur l’une d’elles. Vous êtes d’inspiration pour nos jeunes. J’ai une nièce qui se lance justement dans ce domaine et ce n’est pas toujours facile, alors le fait de vous lire l’aidera probablement à continuer à aller de l’avant.

    Bien à vous,
    Danielle-Anne Bédard

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