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Photographie d'un avion dans le ciel.

Dans le milieu de la circulation aérienne, Danielle Lalonde a cumulé les premières. Première femme à gérer la station d’information de vol de La Grande-Rivière, à Radisson. Première femme dans la plupart de ses équipes de travail. Parcours d’une pionnière sur une piste peu fréquentée.

En , Danielle Lalonde est devenue une des premières femmes spécialistes de l’information de vol au Canada. Son rôle? Renseigner les pilotes sur les conditions météorologiques locales, leur fournir de l’information pour les aider à atterrir et à décoller en toute sécurité aux aéroports sans contrôle de la circulation aérienne, et leur offrir un service de planification de vols. Elle n’avait que 24 ans.

Photgraphie de Danielle Lalonde à son poste de travail en 1981.
Danielle Lalonde n’avait que 24 ans en , lorsqu’elle devient une des premières femmes spécialistes de l’information de vol au Canada.

À 32 ans, elle plie bagage avec son conjoint et sa fillette de 2 ans vers Radisson, un village de la Baie-James situé à 1 600 km de route de Québec, où elle habitait et travaillait, pour gérer la station d’information de vol de La Grande-Rivière. Elle y travaillera pendant 18 mois à titre de gestionnaire. Il y avait une seule femme, spécialiste de l’information de vol, sous sa supervision.

Gazette des femmes : Pourquoi avoir choisi ce métier?

Danielle Lalonde : Après avoir complété mon baccalauréat en géographie, en , je ne trouvais pas de travail. Un jour, j’ai vu une offre d’emploi de spécialiste de l’information de vol; on demandait un diplôme d’études secondaires, une bonne audition, une bonne vision et une bonne santé. J’y ai répondu, comme à une foule d’autres. De fil en aiguille (il y a plusieurs étapes à franchir), j’ai été admise au programme de formation. C’est un parfait hasard qui a duré 30 ans. J’ai d’abord été spécialiste de l’information de vol, puis instructrice des spécialistes de l’information de vol. Comme j’avais encore besoin de me renouveler, j’ai terminé ma carrière à titre de spécialiste régionale de la qualité de la formation, à Dorval.

Quels obstacles avez-vous rencontrés en tant que femme dans votre métier?

J’ai ressenti de la bonne volonté de la part de tout le monde, même si quelquefois j’avais l’impression de défricher des chemins. C’étaient les années et le gouvernement commençait à donner l’exemple avec des programmes d’égalité à l’emploi pour les femmes. Mais c’est un couteau à double tranchant : les gens disent que tu as eu le poste parce que tu es une femme. Je l’ai entendu souvent dans ma carrière. Il me fallait prouver que j’étais capable d’exécuter les mêmes tâches que l’homme à mes côtés. Je n’ai jamais subi de discrimination ouverte qui m’a empêchée d’aller de l’avant. Je parlerais plutôt de micro-iniquités, de sous-entendus, de blagues douteuses, de mots grossiers. Qui plus est, l’équipement matériel n’était pas adapté aux femmes. L’employeur fournissait les vêtements d’extérieur, mais tout était trop grand : bottes, jambières, manteaux.

Comment cela vous affectait-il?

C’était l’aventure, une source d’adrénaline. Je suis issue des années , période pendant laquelle les modèles traditionnels s’évanouissaient. J’ai fait une belle carrière!

Vous êtes tombée enceinte pendant votre séjour à La Grande-Rivière. Comment cela s’est-il passé au travail?

Je souhaitais évidemment bénéficier du congé de maternité. Mais à l’époque, la compagnie ne gardait pas une employée logée aux frais de Transports Canada en congé de maternité pendant plusieurs mois, la maison fournie étant destinée à celle ou celui qui prend la relève. Comme le retrait préventif est de juridiction provinciale, je n’y avais pas droit. Déterminer la durée de mon congé de maternité et le moment de mon départ fut un fouillis. Chaque fois qu’une demande relative à la condition d’une femme était faite, c’était toujours du débroussaillage. La compagnie a fini par me réaffecter temporairement à Dorval. J’ai eu droit à sept semaines de congé avant la date prévue de l’accouchement et à six mois de congé de maternité.

Et comment se passait la vie familiale en terre éloignée?

Il faut un conjoint très coopératif, qui accepte de mettre sa propre carrière de côté. Travailler dans un village isolé avec un jeune enfant, 365 jours par année, à Noël et au jour de l’An, ça nécessite du soutien… et ça engendre des conflits. L’organisation est difficile. À Radisson, une seule femme gardait tous les enfants du village. Elle se retrouvait donc avec un nombre important d’enfants à charge… charge dont elle ne s’occupait pas longtemps. Une autre femme prenait alors la relève. Je ne sais pas combien de gardiennes ma fille a connues. On ne peut pas élever une famille dans un village isolé comme La Grande ou Schefferville. Seul le niveau primaire y est enseigné. C’est impossible d’y élever des adolescents.

Êtes-vous féministe?

Oui, certainement. Les femmes n’ont pas la même place que les hommes dans certains milieux, dans certains métiers. Elles doivent encore prouver qu’elles sont aussi capables que les hommes, non seulement dans le métier que j’ai pratiqué, mais partout dans la société. Il est acquis que l’homme a les aptitudes, alors que la femme doit le prouver. Il ne s’agit plus de discrimination ouverte, mais de discrimination systémique. Même les femmes ne sont pas toujours convaincues qu’elles sont capables…

Photographie de Danielle Lalonde

« Aujourd’hui, même si les femmes sont peu nombreuses dans les postes de contrôleur de la circulation aérienne, ça ne constitue rien de surprenant. »

— Danielle Lalonde.

Vous avez baigné dans un milieu traditionnellement masculin toute votre carrière. Qu’est-ce qui a changé au cours des 30 dernières années?

Avant, l’arrivée d’une femme dans le milieu de la circulation aérienne était un événement. Aujourd’hui, même si elles sont encore peu nombreuses dans les postes de contrôleur de la circulation aérienne et de spécialiste de l’information de vol, ça ne constitue rien de surprenant.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent pratiquer ce métier?

Ceux que j’aurais pu recevoir : être prête à déménager souvent et accepter de travailler dans des lieux isolés. Il faut s’armer de beaucoup de courage, de volonté et de détermination. Plusieurs femmes ont démissionné. Le métier de spécialiste de l’information de vol n’est ni plus ni moins difficile qu’il ne l’était il y a 30 ans, mais il est certainement toujours aussi stimulant et gratifiant. Je le recommande à toutes! 

, au Québec, environ 20 % des contrôleurs de la circulation aérienne et des spécialistes de l’information de vol sont des femmes, comparativement à 10 % en .

Près du quart des employés âgés de moins de 40 ans sont des femmes.

Selon les estimations, 30 à 35 % des personnes qui se présentent au processus de sélection en vue d’une carrière dans la circulation aérienne sont des femmes.

Source : NAV CANADA

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4 Réactions

  1. FAVI Tolidji

    Merci à Danielle pr les conseils; puisque j’aspire à être controleuse.Je suis dans une école en Afrique qui forme les contrôleurs et j’avoue sur une 30taines de personnes on est 4 filles de nationalité diverses ce n’est pas facile; mais on s’attapte.

  2. Johanne Sauvé

    Quel plaisir et honneur de cotoyer une femme comme Danielle.
    La force de caractère, la détermination sont au coeur de son parcours.Elle est de la trempe de celles que l’on n’oublie pas.
    Trop de ces femmes demeurent encore dans l’ombre. Merci Catherine de nous avoir tracé le portrait de Danielle.

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