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Femmes immigrante assise dans une salle de cours.

L’, des membres de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes ont parcouru sept régions du Québec pour connaître les difficultés d’intégration des femmes immigrées. Ils ont présenté les résultats de leur enquête aux États généraux sur la situation des femmes immigrées et racisées*, tenus du au à Montréal. Leurs conclusions? Les obstacles à lever sont nombreux, mais des solutions pointent à l’horizon. Récapitulation.

« J’ai enseigné pendant 30 ans au Maroc. Lorsque je suis arrivée ici, et malgré un français qu’on a jugé exemplaire, on m’a demandé de suivre des cours au cégep! », raconte une des femmes interrogées dans l’étude.« C’est seulement trois ans après avoir commencé mes recherches que j’ai trouvé un poste. Durant cette période, j’ai joint les rangs d’une association d’aide aux migrants qui m’a beaucoup aidée. J’y donnais des cours bénévolement, mais ce n’était pas reconnu non plus. Par contre, ce centre communautaire a servi de soupape et m’a permis de partager les problèmes que je vivais avec d’autres femmes dans la même situation. »

Ce cas fait partie des 207 témoignages de femmes que les membres de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) ont recueillis entre et . Les « enquêteurs » se sont rendus à Sherbrooke, Gatineau, Brossard, Drummondville, Trois-Rivières, Québec et Montréal afin de donner la parole à des femmes immigrées et issues des minorités visibles. Le but? Mieux les connaître, cerner leurs besoins, comprendre le processus d’intégration dans la société québécoise et les difficultés qu’elles rencontrent. Aux témoignages des immigrées se sont ajoutés ceux de responsables de structures d’accueil et d’aide, qui s’avéreront utiles pour élaborer des pistes d’action favorisant une meilleure intégration socioéconomique.

Parcours à obstacles

Les conclusions tirées de cette étude révèlent deux préoccupations majeures : les difficultés d’accès à un emploi valorisant et les problèmes d’isolement. D’ailleurs, les témoignages similaires à celui présenté ci-haut sont courants. Vrai que les obstacles auxquels se butent les femmes immigrées ne manquent pas :

  • Faible reconnaissance de l’expérience et des diplômes acquis dans d’autres pays
  • Retards dans la délivrance des équivalences de diplômes
  • Expérience de travail locale exigée
  • Blocages structurels liés aux systèmes des associations, corporations ou ordres professionnels qui restreignent l’accès à certaines professions
  • Longues listes d’attente (parfois de plusieurs années) pour accéder aux garderies à prix modéré et aux cours de francisation
  • Nombre d’interprètes insuffisant
  • Manque d’avocats pour assurer la régularisation des situations
  • Manque d’aide adaptée aux femmes immigrées en situation critique (réfugiées, handicapées, victimes de violence)
  • Manque d’information sur la société québécoise
  • Discrimination et préjugés persistants
  • Accompagnement déficient de la part d’Emploi-Québec

Dans l’étude, une avocate raconte les écueils — non exempts de contradictions — qui se dressent sur la route de l’insertion professionnelle des immigrées. N’étant pas arrivée à travailler dans son domaine au Québec, l’expérience acquise dans son pays « ne signifiant rien ici », cette professionnelle a décidé de se réorienter. Elle demande alors de l’aide financière dans un Centre local d’emploi pour suivre des cours en techniques d’éducation à l’enfance dans un cégep et effectuer un stage dans une garderie. Mais le financement lui est refusé au motif qu’à titre d’avocate dans son pays d’origine, elle doit plutôt tenter d’obtenir des prêts et bourses pour poursuivre des études en droit au Québec…

Les organismes d’aide aux femmes, aux migrants et à l’emploi jouent un rôle important dans la socialisation, l’intégration socioprofessionnelle et la lutte contre l’isolement, notamment grâce à différents services : ateliers d’information et de formation, activités culturelles, garderies… Chez les organismes interrogés, les femmes immigrées représentent 50 % de la clientèle. Toutefois, malgré de bonnes intentions, les représentants de ces organismes ont avoué être confrontés à plusieurs difficultés quand vient le temps de répondre aux besoins de ces femmes : manque de ressources humaines et financières, absence d’expertise…

Et maintenant?

Au-delà du constat quantitatif et qualitatif, cette enquête propose des actions concrètes, définies en concertation avec les femmes et les organismes interrogés, dans le but de réduire les inégalités et d’améliorer l’accueil, la prise en charge et l’insertion socioprofessionnelle des immigrantes. Une approche selon le sexe y est préconisée, car les solutions doivent d’abord et avant tout être envisagées à partir du fait que le seul statut de femme constitue un facteur discriminant.

L’étude suggère d’abord de créer de nouveaux mécanismes pour favoriser la sécurité financière. Comment? Par une meilleure reconnaissance des diplômes, une considération accrue de l’expérience professionnelle ainsi que la mise sur pied de réseaux professionnels et de formations adaptées aux besoins des immigrées diplômées — notamment en partenariat avec Emploi-Québec. À cela s’ajoute la volonté de multiplier les haltes-garderies à prix abordable, entre autres sur les lieux de services aux migrants, pour aider les femmes immigrées à devenir autonomes.

Les autres propositions concernent la francisation, le renforcement des structures d’enseignement et la formation du personnel. La TCRI préconise le recrutement d’interprètes-accompagnateurs dans les organismes administratifs et médicaux, et la traduction des documents officiels dans la langue d’origine des immigrés. En outre, créer des réseaux sociaux et professionnels multiethniques et encourager des échanges avec les Québécois d’origine favoriserait la lutte contre la discrimination et le racisme dont les femmes immigrées sont victimes. Une plus grande sensibilisation à la diversité et à la tolérance en milieux scolaire et professionnel est aussi prônée dans le rapport. La TCRI appelle également les organismes de recherche et de consultation à réaliser des études qui démystifieront certaines pratiques culturelles, telles que la charia ou les crimes d’honneur.

Les participants des États généraux ont émis le souhait que cette étude favorise la création d’initiatives permettant une meilleure intégration socioéconomique des femmes immigrées, ce qui suppose un engagement moral et financier des instances politiques et de la société. L’avenir saura nous dire si leur vœu sera exaucé…

Portrait des femmes immigrées

Les femmes immigrées qu’ont rencontrées les membres de la TCRI sont à l’image de la diversité migratoire du Québec. Elles sont en grande partie originaires du Maghreb, de l’Amérique latine, de l’Afrique subsaharienne et centrale, du Proche-Orient et de l’Asie. Selon le recensement canadien de , les personnes immigrées constituent 11,5 % de la population totale (851 560 personnes) du Québec; 50,9 % sont des femmes. Celles-ci représentent 12,6 % de la population féminine québécoise. Au cours des 15 dernières années, on a observé une féminisation de la migration ainsi qu’une complexification des profils et des origines migratoires. Les statuts sont variés : citoyenne canadienne, résidente permanente, réfugiée, résidente temporaire, conjointe familiale. Toujours d’après ces statistiques, le taux de chômage des femmes immigrées au Québec est de 11 %, donc supérieur à celui de l’ensemble des femmes, alors que leur niveau de scolarisation est supérieur à la moyenne (31,4 % des femmes immigrées détiennent un diplôme universitaire contre 22 % des Québécoises d’origine). Les conclusions de l’Étude sur l’intégration économique des femmes immigrées recensées au Québec en , menée par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, indiquent clairement des inégalités d’accès à l’emploi. « Quel que soit leur strate d’âge et leur niveau de scolarité, les femmes immigrées sont moins actives, moins occupées, davantage au chômage et disposent des revenus d’emploi les plus bas, comparativement aux femmes québécoises et aux hommes immigrés. » Enfin, les femmes des minorités visibles et/ou non francophones semblent subir davantage de discrimination.

Info

  1. *Note : Le terme « femmes immigrées et racisées » employé par la TCRI désigne « les femmes immigrées, tous statuts confondus, incluant les nouvelles arrivantes, les femmes dites des “minorités visibles”, immigrées ou nées ici; les femmes des communautés culturelles, immigrées ou nées ici, faisant l’objet de “racisation”. »

Qu'en pensez-vous?

4 Réactions

  1. Louise Stain

    Je constate une régression de l’acceptation des immigrants au Québec depuis un retour de congés de maternité. Je suis rendues à faire des emplois temporaires de plus en plus précaires.

    Je vois combien c’est difficile en tant que minorité visible et femme conciliant famille-travail. je me mets sur le rac à rabais, je travaille fort et en étant discrète, mais je me fais quand même mettre dehors très facilement.

    Les motifs sont souvent une campagne d’isolement ou de rumeurs lancées par quelqu’un qui protège ses intérêts. Nous femmes immigrantes constituons les personnes les moins protégées qu’on écrase en toute impunité en général.

    On s’appauvrit sans travail, ni réseaux. Et nous pouvons difficilement éduquer nos enfants et leurs apprendre les réalités de la société si nous sommes exclues.

    Je pense que nous devons faire l’effort de nous intégrer, sans imposer notre culture et nos compétences, d’ailleurs. Mais il faut aussi trouver une stratégie pour contrer les mises de côté et les rumeurs qui sont très contagieuses. Parfois de peur d’être à leur tour exclus certains québécois se plient à la majorité.
    Il faut aussi prendre le temps de mieux connaitre la société d’accueil, histoire, culture, émissions populaires et leur code de comportements pour mieux communiquer surtout dans le non-verbal.

    J’y crois on peut y arriver si tout le monde fait des efforts.

  2. Sophie

    Je suis d’accord avec Fatima… meme les minorités non visibles (je suis francaise) sont victimes de préjugés, de racisme et de marginalisation. Je ressents ce problème dans le milieu du travail, surtout depuis que je vis dans la ville de Québec. Cela me paraissait moins flagrant à Montréal à cause de la multiethnicité de la ville.

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