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Blanche de Gaspésie

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Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

L’une des premières poétesses du Québec, Blanche Lamontagne, vous donne rendez-vous au musée du Bas-Saint-Laurent. Une exposition à voir jusqu’au 18 juin.

Silencieux et triste le musée du Bas-Saint-Laurent? Jamais! Honnis soient ceux qui pensent que les directeurs de musée sont de poussiéreux personnages en quête d’objets qui n’intéressent personne Hélène Michaud, directrice du musée de Rivière-du-Loup, est là pour en témoigner. A peine 30 ans et elle remue ciel et terre avec entêtement pour que les subventions passent par son musée.

Un musée qui navigue entre l’ethnologie et l’art contemporain. Ainsi, des artistes du Bas-du-Fleuve remplacent les installations de Léonard de Vinci quand ce ne sont pas les œuvres d’artisans comme Achille Chartier, un marin qui fabriquait des traîneaux et qui à 83 ans se disait heureux et fier de sa vie. Un musée où on laisse aussi une place aux femmes de la région telle Blanche Lamontagne, première poétesse du Québec qui a chanté la Gaspésie et vécu de sa plume au tournant du siècle. Lionel Groulx écrivait en parlant de ses vers : « C’est la poésie des petites choses et des petites gens, poésie des miniatures. » Entre 1913 et 1943, Blanche Lamontagne publie ses poèmes dans plusieurs revues tout en faisant éditer sept recueils de poésie, un roman et quatre livres de contes et nouvelles.

Née en 1889 et décédée en 1958, cette femme d’opinion qui signe de son propre nom plutôt que d’utiliser un pseudonyme se porte à la défense de l’autonomie des femmes et de leur droit de vote. Elle est l’amie de deux féministes notoires : Marie Gérin-Lajoie, fondatrice des sœurs de l’Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil, et Georgette Le-Moyne, future présidente de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste.

Henri Bourassa considérait Blanche Lamontagne comme la Laure Conan de la poésie. Elle n’hésite pourtant pas à quitter cet éditeur lorsqu’il prend position contre le vote des femmes en 1918.

Blanche Lamontagne était une femme sensible non seulement aux paysages gaspésiens mais aussi aux droits des Québécoises et des Québécois. « Vous vous promenez en voiture dans les « rangs » de nos paroisses, écrit-elle. Vous écoutez parler les gens : ils parlent tous français comme vous, et ils ne parlent que le français. Mais, tout d’un coup, vous apercevez, sur la façade de la maison, en lettres d’une grosseur à vous crever les yeux, les mots We use The Laval Separator Cream ou bien The Magic Baking Powder is the best. » Blanche fut une écrivaine célèbre, mais elle fut peu retenue par l’histoire officielle bien que les journaux de l’époque aient largement repris ses poèmes et que des musiciens en aient fait des chansons.

L’exposition actuellement en cours au musée du Bas-Saint-Laurent a d’abord été présentée au musée de la Gaspésie. Elle a été conçue et réalisée par David Lenorgan, auteur d’une biographie romancée de Blanche Lamontagne.

Pour la directrice du musée, il est tout aussi important de mettre en valeur des personnes-et en particulier les gens de sa région-que des collections d’objets. Aussi prépare-t-elle une exposition conjointe avec le Musée de la civilisation de Québec portant sur les souvenirs d’enfance. Elle veut amener le visiteur à réfléchir, à être critique mais… de façon joyeuse. « Il faut qu’on s’éclate dans les musées, explique Hélène Michaud. Quand on ne rira plus ici on va s’asseoir et se poser des questions. J’aime que les gens aient le goût de parler quand ils viennent au musée, qu’ils vivent une expérience. Je n’ai pas envie de les farcir de dates, mais plutôt de les sensibiliser aux matières, aux textures, au temps aussi.

Bien sûr, la muséologie en région fait peu de vagues médiatiques. C’est connu : pour travailler en muséologie et surtout en région, il faut aimer ça. Les femmes y sont nombreuses, peu rémunérées mais habitées par la passion. Hélène Michaud a appris à ne pas prendre les problèmes financiers du musée comme des déficits personnels, car elle se dit que « les musées en région n’ont peut-être pas de pouvoir financier, mais ils ont celui de créer quelque chose ».

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