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Les Maliennes sont d’abord venues ici. Puis les Québécoises se sont rendues là-bas. Une seule raison à ce va-et-vient : la santé des femmes. Au Mali, pour améliorer les conditions de vie dans les villages, des femmes sont formées spécialement pour aider les villageoises à développer leurs connaissances dans les domaines de la santé.

Répondant à l’invitation du Centre de formation des animatrices rurales (CFAR), Angèle Séguin, formatrice, Margaret Zurbrigg, sage-femme, et Ginette Genois coordonnatrice d’un projet d’échange pour l’Institut canadien des adultes (ICEA) et Relais-femmes ont participé à la formation de ces formatrices. Une occasion privilégiée pour ces Québécoises de vivre au rythme des femmes maliennes, de découvrir leurs rites et leur mode de vie, d’établir des contacts enrichissants et d’entrer en communication avec une culture profondément différente.

L’apport québécois à la formation

On attendait des Québécoises qu’elles aident à intégrer de nouveaux contenus à la formation sur des sujets identifiés avec les intervenantes maliennes : ménopause, consultations prénatales, autosanté, infections vaginales, maladies transmises sexuellement, planification familiale. Les approches pédagogiques utilisées reposaient sur les modes d’expression coutumiers de la tradition orale : le théâtre, le chant et la danse.

Le théâtre-forum, en particulier, a permis de connaître et de comprendre un peu mieux la réalité des femmes maliennes. « Au moyen de courtes scènes, raconte Angèle Séguin, les apprenties-formatrices nous ont montré le rôle important joué par les accoucheuses traditionnelles auprès des femmes des villages et ont illustré les questions que les femmes posent de même que les coutumes, les rites, les croyances. Nous pouvions ainsi comprendre où se situaient les résistances, quelle sensibilisation devait être faite, quels changements pouvaient être apportés et surtout par qui. Ensuite, en reprenant les scènes, nous avons demandé aux formatrices de les modifier en intégrant les nouvelles connaissances qu’elles venaient de recevoir en vue de les présenter à leur tour aux accoucheuses traditionnelles. »

Margaret Zurbrigg a assisté à des accouchements effectués dans le dénuement, le manque de matériel, l’absence de ressources. Elle a aussi participé au recyclage des accoucheuses traditionnelles. Très respectées, âgées de 50 à 80 ans, ces femmes sont aussi guérisseuses. Par leur position d’influence et d’autorité dans le village, ce sont les personnes les mieux placées pour sensibiliser les paysannes. La démarche de formation réalisée représente ainsi un moyen privilégié de diffuser les connaissances de base sur la grossesse, l’accouchement, les soins du bébé.

Une formation à retombées multiples

Le Centre de formation des animatrices rurales a été créé par l’Union nationale des femmes maliennes. Dans son optique, la transmission de connaissances nouvelles s’appuie sur la valorisation des femmes et de leur savoir. L’identification des besoins en formation est faite par les femmes elles-mêmes, tout en respectant l’organisation sociale traditionnelle du village et la place qu’y occupe le Conseil des anciens. C’est la population qui fait la sélection des animatrices rurales qui seront formées par le CFAR, ce qui assure en grande partie le succès de l’action du Centre et son rayonnement. L’animatrice déléguée par son village doit à son retour transmettre aux autres femmes ce qu’elle a appris.

Les différentes sessions de formation dispensées jusqu’à maintenant ont eu un effet supplémentaire. Maintenant, dans certains villages, des animatrices deviennent membres du Conseil des anciens alors qu’auparavant, aucune femme n’y participait. « Pour la directrice du CFAR, Halimatou Traore, cette évolution correspond à une plus grande écoute des avis des femmes et à un élargissement de leur pouvoir » , rapporte Ginette Genois.

Le proverbe malien aurait-il raison? « Quand on forme un homme, on forme un individu. Quand on forme une femme, on forme une nation. »

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