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La présence des femmes aux conférences socio-économiques est encore toute récente. Suffisante cependant pour y avoir appris qu’elles ont tout intérêt à conserver ce siège réservé.

Les conférences socio-économiques-autrefois appelées sommets-se tiennent en principe à tous les quatre ans depuis 1983 dans la plupart des régions du Québec. C’est un événement majeur où toutes les forces vives de la région se concertent et définissent des projets susceptibles d’assurer un meilleur développement socio-économique. A n’en pas douter, les groupes de femmes font partie de ces forces vives. Mais l’évidence s’arrête là. Le siège que les femmes occupent à la plupart des comités d’orientation régionaux est parfois gagné de haute lutte, selon une analyse de la situation faite par le Conseil du statut de la femme.

« Il s’agit d’un siège fragile et la résistance des représentants des autres milieux est encore forte quand vient le moment d’en attribuer un de façon spécifique aux femmes » , constate Suzanne Messier, déléguée de plusieurs groupes de femmes au sein d’une instance qui prépare la tenue de la prochaine conférence socio-économique de la région de Québec.

Forte de l’expérience acquise comme présidente régionale de la Fédération des femmes du Québec, Suzanne Messier se dit prête à aller dans un milieu d’hommes pour défendre et promouvoir les intérêts des femmes. « Le temps est révolu de nous considérer comme victimes. Nous montons des dossiers bien étoffés et nous prenons notre place dans une structure qui nous appartient. Pour nous, cela veut dire la création d’emplois non traditionnels dans une entreprise qui ouvre ses portes, l’augmentation du nombre de chauffeures d’autobus dans la région immédiate de Québec ou encore la mise sur pied d’une caisse pop majoritairement gérée par des femmes comme cela s’est réalisé à New-York. » Et bien d’autres projets…

Les femmes de la Côte-Nord, ont quant à elles, réussi à faire accepter leur projet Pignons sur rue qui consistait à faire l’acquisition de locaux pour mieux desservir leur clientèle. « Mais elles ont dû performer pour obtenir l’argent nécessaire à l’achat ou à la rénovation d’immeubles, explique Françoise Richard, agente de recherche du Conseil du statut de la femme dans la région. La préparation d’une conférence, ça signifie quinze mois de dur labeur stratégique. Il faut organiser un lobby auprès des délégations provenant de tous les milieux : grandes entreprises, municipalités, transports, syndicats, tourisme, etc. Il faut surtout créer des alliances avec le milieu socio-communautaire si nous voulons que des projets comme la réinsertion des femmes sur le marché du travail ou l’établissement de garderies, par exemple, soient retenus. » Pour plusieurs, il est loin d’être évident que les projets à caractère social constituent un apport économique à une région. Les femmes doivent en faire la démonstration. Pour ce, elles doivent être bien informées, capables de comptabiliser leurs projets, en mesure de monter des campagnes de sensibilisation auprès des médias.

Mais tout cela nécessite du temps et de l’argent. Et d’ajouter Françoise Richard : « Il faut faciliter la participation des femmes par des budgets de gardiennage, de transport ou d’hébergement. Pour développer la concertation, il faut au minimum se parler, se connaître, échanger et dans un pays comme le Québec, il faut tenir compte de ces contraintes géographiques. » Même dans des territoires comme ceux de l’Abitibi et de la Côte-Nord-où semble-t-il l’expérience des conférences donne le plus de résultats concrets-, les femmes doivent s’armer d’une détermination à toute épreuve pour enregistrer des gains.

Si, pour certaines, la participation aux conférences socio-économiques est positive, pour d’autres, elle est synonyme d’échec, d’énergies gaspillées. « Au Parchési, dira l’une d’elles, cela s’appelle glisser sur le serpent. » Ainsi en est-il d’un projet piloté par les femmes de la région Chaudière-Appalaches. Il s’agissait de créer une entreprise de culture biologique, les serres pouvant être chauffées par l’utilisation de résidus de bois récupérés. En même temps qu’on créait des emplois, on réglait un problème d’environnement. Les femmes avaient établi de bons contacts avec les maires et les autres autorités politiques. Ce projet connaissait déjà une grande visibilité et on accordait aux femmes qui l’avaient monté-avec peu de moyens, encore une fois-une grande crédibilité. Jusqu’au moment où d’autres priorités régionales ont pris le dessus.

Comment réagir quand on voit tant d’efforts aboutir à un tel résultat? Peut-être réviser ses stratégies politiques. Quoiqu’il en soit, les femmes apprennent à être visibles, à démystifier des structures gouvernementales qui leur semblaient au départ inaccessibles à faire reconnaître leur expertise. Somme toute, à investir un autre lieu de pouvoir et à se « cramponner » à leur siège.

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