Aller directement au contenu

Exubérante Bazzo

par 

Journaliste indépendante et auteure, elle a collaboré à de nombreux médias (et souvent à la Gazette des femmes) et a contribué à une quinzaine de documentaires québécois. Elle a remporté plusieurs prix pour son travail en journalisme ou en cinéma. Elle a été cofondatrice du magazine féministe La Vie en rose (1980-1987). Elle anime, depuis 25 ans, de nombreux débats publics, colloques, congrès sur des enjeux de société (éducation, santé, immigration, disparités sociales…). Elle est membre du conseil d’administration des Amis de Kaléidoscope, une revue publiée en partenariat avec l’INSPQ. Elle a écrit quelques ouvrages dont le dernier, Les Auberges du cœur, L’art de raccrocher les jeunes (Bayard Canada, 2012) sur les jeunes sans abri ou en difficulté (12-30 ans) à qui les Auberges du cœur tendent la main chaque année au Québec.

Il y a des gens comme ça. Il s’agit d’une fois, et on ne les oublie plus. Qu’on les aime ou pas, elles et ils se démarquent avec bonheur de toutes les copies conformes qui pullulent et donnent envie de s’exiler sur Saturne! A quoi ça tient? A une présence souvent exceptionnelle, une façon détonnante de s’exprimer, une aura qui fait des flammèches! Même quand on a envie de les contredire vertement ou de les louanger outrancièrement, dans tous les cas, nous sommes faites. S’il y a eu le Survenant, il y a la Surprenante! J’ai nommé Marie-France Bazzo.

Quand on l’a entendue une fois, on s’en souvient. Une drôle d’élocution, des idées touffues, une façon exotique de les lancer sur les ondes. Elle parle comme personne, d’abondance, colorée, avec mille adverbes et qualificatifs grossissants. Longtemps on a pu croire que Marie-France Bazzo était la plus détestable des branchées. Elle s’en défend aujourd’hui : on s’est mépris. Je la crois. De toute façon, l’oiseau rare est en mutation, et elle n’est pas devenue « plate » pour autant. Moins sensible aux modes, moins portée sur les jugements dévastateurs, qui camouflent toujours une angoisse de ne pas être à la hauteur. Après six ans à la radio de Radio-Canada et deux ans comme chroniqueuse à la télé, la communicatrice s’est raffinée, s’est humanisée, sans cesser de provoquer.

Elle rit comme personne et elle rit beaucoup. Son humour est grinçant, caustique, mais aussi effronté, comme celui des filles entre elles. Elle joue avec la langue comme peu de monde. Elle jazze ses phrases de trois digressions rigolotes où elle s’emporte, pourfendant la bêtise humaine, mais elle rattrape tout, se joue de celles et de ceux qui l’écoutent, avoue que la nature humaine est quand même émouvante à l’occasion, même si elle est fondamentalement bête, méchante, paresseuse et individualiste. « Moi, la première, dit-elle, mais je me fouette! » Pourtant, l’injustice la ferait monter aux barricades. En cela, elle est une fille de sa génération, capable de s’engager dans les actions spontanées, jamais dans une organisation de longue haleine. « Mais je sais que je profite du travail de celles qui se sont battues. »

Elle ne ressemble à personne non plus. Elle est grande et forte, et elle déteste ça. « Je n’arrive jamais à faire pitié, même en détresse totale. On ne me prend pas au sérieux quand je souffre, on compte toujours sur moi! » Trente ans, une maîtrise en sociologie en bandoulière (et une passion pour la culture), elle anime chaque jour, avec brio et « de manière très personnalisée », une émission d’une heure à la radio d’État : Et quoi encore!

« L’autocensure est bien plus répandue que la censure, tout aussi néfaste et perverse, déclare-t-elle d’entrée de jeu. Moi, j’ai décidé que je ne tomberais pas dans ce panneau-là. Je veux dire tout ce que je pense, tester jusqu’où je peux aller. Le conformisme m’exaspère. Je n’ai pas de message, je ne défends pas d’école, mais je pense et je me mouille! Je fais pas la cute, je ne me cache pas, non plus, derrière le vécu des autres pour parler des problèmes sociaux. »

« Je pars de mes préoccupations-qui recoupent celles de bien des femmes, sur la guerre du Golfe qui m’écœure, le sport qui m’excite moins que la littérature, l’état des routes qui me désespère, les rapports entre les hommes et les femmes qui n’ont pas fini leur révolution, le féminisme dont je reconnais la portée sans jamais vouloir y militer, le traitement que les Blancs imposent aux Amérindiens ou aux Inuit, et j’en parle. On n’a pas des moitiés d’intérêt parce qu’on est des femmes! »

Marie-France Bazzo invite au micro des femmes, surtout, qui vont souvent défaire les idées reçues… C’est une « émission de filles », et elle ne s’en cache pas (recherchiste, assistante et réalisatrice sont des femmes de 40 ans) et elle avoue que « des fois, ça nous fait un petit velours que les hommes se sentent un tantinet minoritaires » ! Quand on l’entend dire « Cher-e-s auditeurs-trices, bonjour! », on croit rêver! C’est ainsi tous les jours. C’est la façon la plus rigolote d’envoyer le message qu’elle est bien consciente d’être reçue différemment par l’un et l’autre sexe. « Finalement, les hommes adorent ça! C’est leur petit côté voyeur qui est émoustillé d’entendre des filles s’exprimer en ondes comme entre elles. . Ça les intrigue… »

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre