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Depuis dix-huit ans, Parminou promène son théâtre engagé d’écoles polyvalentes en congrès. Sexisme, racisme, violence : la troupe braque ses projecteurs sur les injustices sociales et sur les comportements d’un autre âge, en préférant le ton de l’humour à celui du manifeste.

Derrière les murs rose pâle et turquoise de leur centre de création de Victoriaville, les artisanes et les artisans du théâtre Parminou concoctent « du théâtre accessible qui se joue partout et s’adresse à tout le monde » , comme le dit si bien Michel Cormier qui partage son temps entre la mise en scène et le marketing. De six à douze créations voient le jour chaque saison. Parfois, jusqu’à trois équipes sont sur la route simultanément. On parle de 300 représentations par année!

Pourtant, le nom de Parminou figure rarement à l’affiche des salles de spectacles. « La majorité des représentations se déroulent dans les écoles, sur les lieux de travail ou lors de colloques », explique Pauline Voisard, directrice des communications. « La production en salle coûte cher et nous n’avons pas de vedettes pour attirer les foules, poursuit-elle. Par ailleurs, nous faisons du théâtre d’éducation populaire et nous savons que les gens que nous voulons rejoindre ne vont pas nécessairement au théâtre. »

Une grande partie de la production du théâtre Parminou est créée à la demande de syndicats, d’entreprises, d’organismes gouvernementaux paragouvernementaux ou populaires. La pièce Les tisserandes du savoir a vu le jour à l’occasion du 75e anniversaire des Cercles de fermières. Mon royaume pour une carotte a été conçue à la demande de la Fédération des syndicats de gestion agricole. J’en vois de toutes les couleurs, réalisé pour le ministère de l’Emploi et de l’Immigration, s’attaquait aux attitudes racistes et discriminatoires.

« Les organisations font souvent appel au théâtre quand les mémos et les politiques ne suffisent pas à changer les comportements, fait valoir Michel Cormier. Le théâtre va au-delà de l’information. » D’autres projets sont menés à terme grâce à la volonté de membres de la coopérative. Dans de beaux draps! , qui s’intéresse au désir d’enfants, est une de ces « productions maison. »

Le Parminou n’accepte cependant pas toutes les demandes qui lui sont soumises. « Nous ne préparerions jamais une pièce pour un groupe pro-armement ou un parti politique, par exemple, précise Michel Cormier. De la même façon, après un gros débat interne, nous avons décidé collectivement de ne pas jouer en anglais au Québec. Quand nous avons été approchés le printemps dernier par les organisateurs du colloque sur le centenaire de l’encyclique Rerum novarum, poursuit-il, nous nous sommes demandé si nous allions nous associer à l’Église, qui s’est opposée au droit de vote des femmes, entre autres choses. Nous avons accepté parce qu’il s’agissait d’une rencontre sur l’intervention sociale, mais nous les avons bien avertis que nous ne ferions pas l’apologie de l’Église! »

Les thèmes reliés à la condition féminine ont inspiré plusieurs pièces du répertoire de la compagnie. « Après l’Année internationale de la femme, en 1975, observe Michel Cormier, le débat a pris de l’ampleur. Puis, au début des années 80, quand nous avons assisté à une baisse d’intérêt pour les projets sociaux, le mouvement des femmes a été un des seuls à continuer à aller de l’avant. »

Invitée à présenter des courtes pièces pendant la saison estivale à la Place Royale de Québec, la troupe a proposé de faire revivre aux côtés de Louis Jolliet et de Samuel de Champlain une certaine Marie-Anne Barbel. Cette veuve, qui habitait justement Place Royale, aurait choisi de ne pas reprendre mari pour conserver le droit de gestion de ses affaires.

L’égalité brille pour tout le monde, un spectacle-forum qui porte sur l’accès à l’égalité, interpelle les spectatrices et les spectateurs. « Le personnage de Marie-Claude souhaite obtenir de l’avancement. Son patron n’a pas pensé à elle, son mari trouve qu’elle travaille déjà assez fort et ses enfants se plaignent qu’elle n’est jamais là, raconte Pauline Voisard. Le jour de l’entrevue, tout va mal, son p’tit tombe malade et Marie-Claude se demande si ce n’est pas là un signe qu’elle devrait renoncer à cette promotion. » L’action s’arrête là en points de suspension. Le maître de jeu invite le public à venir remplacer Marie-Claude pour l’aider à « corriger les comportements » de son entourage. Si personne ne se lève, la jeune femme devra renoncer à cet emploi.

Puisque la troupe est mixte, la condition des femmes n’est pas une chasse-gardée féminine. Michel Cormier a déjà dû expliquer aux organisatrices d’une fête du 8 mars qu’elles auraient non pas une, mais un meneur de jeu. On a poussé l’audace-l’humour? -jusqu’à confier le rôle d’une femme au foyer à un gaillard de six pieds. « A nos yeux, conclut-il, la promotion des droits des femmes c’est le job de tout le monde. Les gars aussi doivent faire leur bout de chemin. »

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