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Après s’être intéressée aux Servantes du bon Dieu, aux jumeaux identiques, au mariage, la cinéaste a accepté de mettre de côté la pudeur pour réaliser un vieux projet : tourner un film sur l’amitié féminine en s’appuyant sur son propre groupe d’amies.

« Elles appartiennent à une catégorie de femmes qui sont restées au foyer pour élever leurs enfants et dont on a peu parlé, parce qu’on a privilégié celles qui étaient sur le marché du travail, commente Diane Létourneau. On a tendance à rejeter cette réalité du revers de la main, un peu comme on l’a fait pour la religion. »

Pour Diane Létourneau, originaire de Sherbrooke et issue d’un milieu ouvrier, le cinéma est longtemps resté un « rêve inavouable ». A la fin des années 50, les choix de carrière qui s’offraient aux filles se comptaient sur les doigts d’une main et il n’était pas rare qu’elles entrent sur le marché du travail rapidement pour permettre à leur conjoint de compléter des études supérieures. La réalisatrice a d’abord fait carrière comme infirmière en psychiatrie. La quête d’identité constitue, de son propre aveu, le fil conducteur de son œuvre.

Elle signe ici son dixième film. Sa seule incursion dans le monde de la fiction portait à ce point sa signature que plusieurs ont cru qu’A force de mourir… , court métrage sur l’euthanasie réalisé en 1986, était aussi un documentaire.

Pas d’amitié à moitié nous fait entrer dans l’univers d’un groupe de femmes aux abords de la cinquantaine, « trop vieilles pour s’en faire accroire et trop jeunes pour ne plus y croire » . La ménopause frappe à la porte. Alors que pour les hommes, la maturité exerce encore un pouvoir de séduction, pour les femmes, la réalité est plus cruelle. Après avoir élevé les enfants, il faut maintenant prendre soin d’une mère vieillissante, envers qui elles éprouvent parfois des sentiments ambivalents.

Trente-huit ans d’affection et de souvenirs lient Raymonde et Manon, les deux figures centrales du documentaire. Autour d’elles gravitent Thérèse, Nicole, Jeanne, Charlotte, Sibylla et Diane Létourneau elle-même. « Ce projet de documentaire s’est concrétisé à un moment de ma vie où je vivais une rupture et où j’étais très entourée et appuyée dans cette solitude par mes amies, raconte-t-elle. Je connais Raymonde et Manon depuis trente ans. Ces amitiés durables ne sont pas des cas si exceptionnels parmi les femmes de ma génération. »

Raymonde et Manon sont un peu, comme le dit si bien la cinéaste, des « jumelles qui se sont choisies ». Elles se téléphonent quotidiennement; elles ont partagé les moments de bonheur et se sont soutenues l’une l’autre lorsque la vie se faisait plus lourde. « Le film s’inscrit dans la continuité de celui sur les jumeaux identiques observe la cinéaste. Il s’agit d’une relation privilégiée, mais qui peut sembler étouffante. Je suis à la fois fascinée et effrayée par cette sorte de symbiose, qui me fait peut-être envie au fond. C’est un film intimiste et très impudique. »

Puisqu’en documentaire, Diane Létourneau ne travaille pas avec des comédiens professionnels, elle met énormément de soin, avec ses interprètes, à la préparation de chaque mise en situation. On retrouvera les copines partageant un gâteau d’anniversaire, préparant un déménagement, visitant une boutique érotique ou se remémorant, les yeux humides la dispute qui a failli faire chavirer leur belle amitié.

Tous les thèmes abordés ont été choisis, pensés, voulus et décortiqués. Aucune séquence n’a été filmée à l’insu des participantes. Ce climat de confiance établi, elles ont réussi à oublier la caméra indiscrète et se sont montrées franches et intègres. Le rire sonne vrai, la colère et les larmes aussi.

« En réalisant un documentaire, commente Diane Létourneau, on cherche à restituer une réalité avec authenticité. Malheureusement, on parle trop souvent encore du documentaire comme du cinéma de pauvre.

« Il faut vraiment y croire pour continuer, en dépit de la tentation de faire de la fiction, avec les moyens, la visibilité et la reconnaissance qui l’accompagnent. Un film est une aventure dont on ne peut mesurer l’impact. Il faut embarquer, décider de le vivre. »

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