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« Si je dis non à mon enfant, si je mets des limites, est-ce que je ne risque pas de le traumatiser? » Devant une salle remplie de parents venus se demander si la discipline est nécessaire au bonheur des enfants, la mère d’un enfant de 3 ans pose la question à la psychologue Danielle Laporte. Cette dernière sait combien les mères sont souvent des juges impitoyables pour elles-mêmes : « La plupart de celles que je rencontre sont très sensibles à ce qu’elles font de pas correct, constate-t-elle. Mais elles oublient trop souvent toute la partie adéquate de leurs comportements. »

Et pourtant, si on en croit les résultats d’un récent sondage réalisé conjointement par la Corporation professionnelle des psychologues du Québec et le magazine Enfants, les parents québécois sont plutôt cléments. L’enquête menée auprès de 1200 d’entre eux (75% étaient des mères) révèle qu’ils parlent beaucoup à leurs enfants (94% ) et recourent peu aux punitions physiques, à l’humiliation et aux paroles blessantes, les jugeant (65% ) dommageables et inefficaces. Visiblement, le message des psychologues a bien passé, trop bien peut-être… La jeune maman qui craint de traumatiser son enfant en lui interdisant tel geste, tel comportement a probablement lu, vu, ou entendu qu’il fallait le laisser s’exprimer librement, ne surtout pas le contrarier ou pire encore, le laisser pleurer, sans quoi elle pourrait être tenue responsable de ses névroses éventuelles.

Le sondage révèle que leur crainte de marquer à vie leurs petits chérubins a conduit les parents à ne jamais ou très rarement punir leurs enfants même lorsque ces derniers sont agités (72% ), grossiers (50% ) ou encore agressifs envers des objets (70% ) ou des personnes (56% ). Danielle Laporte trouve que l’on fait fausse route en renonçant à exercer son autorité parentale. « On veut que nos jeunes soient autonomes, dit-elle, qu’ils s’autodisciplinent, mais on ne tient pas compte du fait que c’est en se confrontant à des limites extérieures qu’un enfant développe son propre système de contrôle interne. »

Le sondage indique d’autre part que les mères punissent moins les enfants que les pères et qu’elles ressentent plus de culpabilité qu’eux lorsqu’elles le font. De même, elles récompensent moins que les pères mais ressentent plus de fierté en le faisant. Pour Danielle Laporte, si les mères éprouvent plus d’émotions, c’est qu’elles voient dans l’acte de punir ou de récompenser plus qu’un simple acte éducatif, contrairement aux pères qui traditionnellement se sont toujours occupés de discipline. « Les femmes vivant davantage d’émotions, c’est sûr que les enfants risquent plus de les manipuler, ajoute la psychologue. Par contre, cette sensibilité les amène souvent à mieux comprendre leurs enfants, à leur parler davantage, ce qui est très positif. »

Styles de vie différents, discipline différente

Un autre élément devrait contribuer à calmer la culpabilité maternelle. Les plus récentes recherches concernant le développement de l’enfant démontrent qu’un enfant heureux c’est, entre autres choses, un enfant qui a des parents heureux, sensibles autant à leurs propres besoins qu’à ceux de leurs rejetons. Évidemment à l’inverse, l’insatisfaction des parents peut avoir des conséquences négatives sur l’enfant. Une récente étude américaine révèle que 21% de femmes au travail préféreraient être à la maison contre 56% des mères au foyer qui souhaiteraient faire une carrière. Cela explique peut-être certains résultats du sondage indiquant que les mères au foyer utiliseraient unitions physiques et de mots blessants que celles travaillant à l’extérieur.

Le sondage révèle également que ce sont les chefs de famille monoparentale à temps complet (à 82% des femmes) qui punissent le plus les enfants surtout en les isolant. Pour Danielle Laporte, il faut éviter de condamner ces mères souvent elles-mêmes isolées, démunies affectivement et financièrement. De plus, la psychologue déplore qu’on culpabilise encore trop souvent les femmes dans leurs choix de vie. « Toutes les femmes n’éprouvent pas les mêmes besoins. Les mères devraient pouvoir choisir de rester à la maison ou de travailler à l’extérieur sans se sentir coupables, guidées non pas par des pressions sociales mais par leurs propres envies. »

Pareil, pas pareil?

Bonne nouvelle, le sondage indique que les garçons et les filles sont généralement traités de la même manière. Petit bémol; on est très exigeant envers les filles qu’on punit plus que les garçons principalement pour des questions de désordre. « Je pense que les parents ont de beaux principes égalitaires, mais ce sont des idées, du rationnel, commente Danielle Laporte. Les réactions éducatives appartiennent au monde émotif qui lui, reste plus longtemps imprégné par les modèles traditionnels. »

Coupable de dire oui, coupable de dire non, difficile d’en sortir. L’éducation des enfants n’échappe pas à l’angoisse de la performance; « Actuellement, dans notre société, on veut être le parent parfait d’un enfant parfait, déplore Danielle Laporte. Notre prochain défi, ce sera de faire le deuil de cet idéal inaccessible. Après tout, grand-papa Freud lui-même ne recommandait-il pas à des parents désireux de bien faire de rester tout simplement eux-mêmes puisque de toute façon, ils feraient certainement des erreurs! Et l’erreur, elle, n’est pas sexiste! »

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