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« Je me considère avant tout comme une créatrice. » Directrice musicale, compositrice et musicienne, Hélène Dalair appartient à cette génération réaliste pour qui art et plan de carrière n’ont rien d’incompatible.

Elle a 28 ans, une crinière toute en boucles parsemée de mèches claires et le vent dans les voiles. Son énergie est à ce point communicative qu’au retour des tournées de Richard Séguin, dont elle est directrice musicale, beaucoup d’adolescentes et d’adolescents lui écrivent.

Hélène Dalair n’a pas atterri par hasard dans le monde de la musique populaire. Elle a étudié pendant huit ans à l’école de musique Vincent d’Indy avant d’abandonner, à l’adolescence, le piano classique pour la guitare. « La musique, c’était mon refuge, ma porte de sortie », raconte-t-elle. Dans ses tiroirs dorment des piles de chansons.

Il lui aura pourtant fallu attendre jusqu’au cégep pour comprendre que la musique deviendrait pour elle un métier. Son diplôme d’études collégiales en sciences humaines terminé, elle part étudier au Berklee College of Music de Boston. Une tournée des bars et des discothèques, puis des hôtels, lui permettra ensuite de faire ses classes.

Il y a six ans, sa route a croisé celle de Richard Séguin. Leur collaboration est devenue plus étroite au fil du temps. Choriste et « claviériste » pendant une partie de la tournée du spectacle Double-vie, elle a signé les arrangements des deux derniers disques du chanteur en plus de participer à la réalisation du tout dernier. Sur scène, elle agit comme directrice musicale. Parallèlement, elle a travaillé avec d’autres artistes, composé deux chansons pour Marie-Denise Pelletier, créé des thèmes musicaux d’émissions de télévision et de radio et assumé, entre autres directions musicales, celle du gala du 50e anniversaire du droit de vote des femmes.

Hélène Dalair rêve de faire de la musique de film. A ses yeux, la combinaison des paroles et des notes constitue un mariage naturel que seule peut égaler la fusion des images et de la musique. Elle travaille actuellement à la préparation d’une « dramatique musicale » à six personnages destinée aux jeunes qui sera présentée en 1993, dans le cadre d’une campagne contre la violence marrainée par la Fédération des ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec et divers organismes et ministères. Un disque devrait suivre.

« C’est mon côté missionnaire », lance-t-elle, rieuse, avant d’ajouter sur un ton tout à coup plus grave : « Les jeunes crient fort et ont besoin d’aide pour sortir du cercle vicieux de la violence. » Qu’elle soit sensible à la misère s’explique aisément. Elle a grandi entre un père travailleur social, des frères « adoptifs » retirés de leur milieu familial naturel et une mère pionnière des ressources d’hébergement pour femmes en difficulté. Hélène prépare d’ailleurs, en collaboration avec d’autres artistes, un deuxième spectacle bénéfice au profit de la maison Carrefour pour elle de Longueuil.

Ses expériences professionnelles lui ont appris la lucidité sans pour autant tuer le rêve. Le succès des disques et les salles de spectacles bien remplies n’assurent aucun contrat une fois la tournée terminée. Dans cet univers encore très majoritairement masculin où elle a choisi d’évoluer, elle a vite compris qu’il fallait être consciente de sa valeur pour obtenir un traitement équitable. « C’est encore un milieu « macho », constate-t-elle. A la télévision, je me suis déjà heurtée à des musiciens qui contestaient mon travail ou qui m’ignoraient tout simplement. Quand un directeur veut intégrer des filles à l’équipe, trop souvent les musiciens lui servent un raisonnement du genre : « Écoute, on fonctionne bien entre gars, pourquoi vouloir changer, ca? »

Lorsque des producteurs justifient l’absence de femmes dans les studios et sur les scènes par la difficulté de trouver des musiciennes compétentes, Hélène Dalair sort son carnet d’adresses et distribue allègrement noms et numéros de téléphone. La jeune femme déplore que les filles ne s’aident pas toujours suffisamment entre elles. Après avoir passé avec succès une audition derrière un paravent, une de ses amies s’est vu refuser, aux États-Unis, un travail au sein d’une équipe de tournée. La chanteuse craignait que la présence à ses côtés d’une musicienne jolie et blonde tout comme elle ne lui fasse compétition sur scène!

« Dans le monde de la musique, soutient Hélène Dalair, pour les femmes, les modèles sont encore à inventer. Un peu comme c’est le cas dans les milieux d’affaires, il nous faut apprendre à travailler ensemble. C’est une culture à acquérir. »

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