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Propulsée à l’avant-scène par le Concours de jazz Alcan en 1984, Lorraine Desmarais, compositrice, interprète et pédagogue, s’est taillé une place dans le monde du jazz, qui compte encore peu de femmes dans ses rangs.

« A l’origine, rappelle Lorraine Desmarais, le jazz était une musique de club. On « jammait » toute la nuit. Aujourd’hui, comme bien d’autres, ce milieu connaît une effervescence et les femmes peuvent y prendre leur place. » La compositrice constate que, entraînée dans un véritable tourbillon, elle a eu peu de temps pour se préoccuper des difficultés inhérentes au fait d’évoluer dans un monde où les femmes sont encore minoritaires. Directrice artistique de la formation qui porte son nom, Lorraine Desmarais aime le travail d’équipe. « Le solo laisse plus libre d’aller où on veut, commente-t-elle. Mais je préfère jouer en trio. C’est plus près de l’essence du jazz, qui est une musique de communication, un genre dans lequel tout le monde est égal. »

La jeune femme a compris rapidement qu’interpréter la musique des autres ne lui suffirait pas. Un jour, alors qu’elle n’était encore qu’une petite fille, ses parents ont loué un piano sur lequel elle s’est mise à jouer « par oreille ». Par la suite, elle a appris la musique pendant huit ans avec un professeur qui voyait d’un bon œil son penchant pour la composition et acceptait volontiers qu’elle s’y adonne.

A 16 ans, elle jouait dans les mariages. Puis, elle fait une maîtrise en piano classique à l’école de musique Vincent-d’Indy. « Le programme de l’institution était plus orienté vers la carrière d’interprète, observe-t-elle. Mais les profs savaient que rien au monde ne m’empêcherait de composer. »

Elle a fait connaissance avec le jazz à la fin des années 70, soit juste avant la création du Festival international de jazz, qui a accru considérablement le rayonnement de ce genre musical au Québec. Le jazz, qui était au départ pour Lorraine Desmarais « une activité parmi d’autres », a accédé au rang de priorité.

La musicienne a poursuivi son apprentissage à l’université McGill, puis à New York, tout en amorçant une démarche d’autodidacte qui la pousse encore aujourd’hui à se documenter, à lire et à acheter beaucoup de disques pour suivre de près l’évolution de ce courant musical. Cette nécessité de « rester branchée » sur tout ce qui se fait est plus aiguë encore depuis qu’elle enseigne à l’Université de Montréal et au cégep de Saint-Laurent.

Lorraine Desmarais profite également des tournées qu’elle effectue avec son ensemble pour accomplir un travail de formation et de sensibilisation qui prend la forme de classes de maîtres destinées aux étudiantes et aux étudiants tout autant que d’ateliers éducatifs conçus pour les élèves du primaire. « Nous nous adressons vraiment à tous les publics, explique-t-elle. Nous essayons de capter l’attention des petits en adaptant des chansons populaires enfantines ou en leur montrant que des airs qu’ils connaissent, comme l’indicatif musical de l’émission Sesame Street, ont une progression de jazz. Peut-être que cela restera gravé dans la mémoire de certains d’entre eux » .

Le fait que le jazz ne séduise encore qu’un public limité ne semble pas altérer son enthousiasme. Une fois le Festival de jazz de Montréal terminé, il est vrai, l’engouement pour cette musique redevient le fait d’un noyau d’amateurs avertis. Lorraine Desmarais croit que les ateliers éducatifs contribuent certainement à bâtir le public tout comme la diffusion de la musique de jazz par l’intermédiaire de disques d’ailleurs. Son dernier, Vision, a été mis sur le marché en juin 1991.

Les milieux musicaux américains et européens affichent une attitude protectionniste qui rend plus difficile la tâche des artistes d’ici qui veulent y tenter une percée. « Il faut y aller souvent et avoir la chance d’être entendus par la bonne personne, trouver un diffuseur qui vous soutiendra », constate-t-elle.

Depuis le début de sa carrière, Lorraine Desmarais a proposé tour à tour un jazz plus électrique, acoustique ou donnant dans le genre « fusion ». « Évidemment, il y a eu beaucoup de progression, convient-elle, beaucoup de tournants. Les gens ont trop tendance à te voir dans un style à la vie à la mort. Or, le jazz est une musique en constante évolution. »

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