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« Il faut déborder, foncer, mener la lutte sur plusieurs fronts, être visibles. » Un mot d’ordre que la nouvelle membre du CSF, Andrée Noël, a d’abord appliqué à elle-même.

Déterminée et fonceuse, elle a su, dès le début de sa carrière, il y a de cela une quinzaine d’années, se frayer un chemin dans un monde presque exclusivement peuplé d’hommes. Avocate spécialisée en droit commercial et corporatif, Andrée Noël a même réussi à tirer son épingle du jeu sans trop de heurts. Mais cette femme de tête au franc-parler coloré connaît très bien les barrières qui freinent l’avancement professionnel des femmes. « Dès qu’on devient plus nombreuses dans une entreprise, il y a un peu plus de résistance » , donne-t-elle comme exemple. Récemment nommée au Conseil du statut de la femme, Andrée Noël est particulièrement préoccupée par la faible représentation des femmes dans les hautes sphères du pouvoir. Elle en a d’ailleurs fait son cheval de bataille et vise à éliminer, un à un, les obstacles qui empêchent les femmes d’accéder aux postes décisionnels.

Cette préoccupation l’a d’ailleurs menée à FRAPPE (Femmes regroupées pour l’accessibilité au pouvoir politique et économique), dont elle est la présidente depuis juin 1991. Créé en 1985, FRAPPE regroupe aujourd’hui près de 300 femmes professionnelles qui occupent des postes de cadres intermédiaires ou supérieurs tant dans l’entreprise privée que dans le secteur public. Beaucoup plus qu’un simple club social, FRAPPE veut intervenir davantage auprès des entreprises et des gouvernements pour faciliter l’avancement des femmes : formation, pressions, marrainage sont autant de moyens utilisés pour provoquer des changements.

Alors que plusieurs pourraient être tentées de profiter sagement des gains remportés ces dernières années, Andrée Noël préfère plutôt mesurer l’ampleur du chemin qu’il reste encore à parcourir. « L’emploi des femmes est fait de ghettos roses. Les femmes avancent dans les entreprises, mais dans des secteurs bien particuliers reliés davantage aux services : ressources humaines, affaires publiques, marketing, droit. Mais dans le secteur des opérations, elles sont encore très peu présentes. » De même, sa perception de l’égalité en matière d’emploi dépasse le seul idéal qui, ultimement, permettrait aux femmes d’occuper 50% des emplois disponibles. « Moi ma préoccupation, c’est de voir comment on peut faire avancer les femmes sur le plan du travail, sur le plan des responsabilités, sur le plan de l’équité. Pas seulement d’établir l’équivalence entre un emploi de secrétaire et celui de peintre dans un hôpital pour obtenir un salaire équivalent. Je pense qu’il faut aller au-delà de ça, il faut que les filles montent dans la hiérarchie, qu’elles aillent les chercher les belles jobs. »

Pour y arriver, Andrée Noël croit qu’il faut, à la fois, permettre aux femmes de dépasser les postes subalternes tout en les convainquant de diversifier leurs champs d’intérêt pour s’orienter vers des professions susceptibles de les mener tout en haut de la pyramide. « Il y a énormément de travail à faire auprès des jeunes qui sont dans les universités. Elles ont une certaine égalité d’accès à l’éducation et elles s’imaginent que tout est acquis… Mais dès qu’on arrive dans le milieu du travail, on se heurte à d’autres barrières. Il faut que les femmes aient une égalité d’accès non seulement à l’éducation, mais aussi aux promotions dans les premières phases de la carrière. »

Les contraintes à l’avancement ne sont pas qu’extérieures, soutient Andrée Noël. Son regard est critique sur l’attitude même des travailleuses qui négligent trop souvent d’établir des contacts, de créer des réseaux autour d’elles. Cette règle du jeu constitue pourtant, à son avis, un atout essentiel pour gravir les échelons.

« C’est primordial. Etre juste bonne, ce n’est pas assez. Il faut s’adapter à la réalité si on veut l’investir… Il faut être en contact, avoir les yeux ouverts, être à l’affût de ce qui se passe. » Et parce qu’elle croit tout autant au pouvoir du nombre, Andrée Noël souhaiterait également sentir un peu plus de soutien chez celles qui se sont taillé une place au soleil. « Je pense qu’il y a une désolidarisation des femmes qui ont réussi à passer et qui laissent maintenant les autres en arrière. On est capables de se mettre ensemble pour leur ouvrir des portes. Quand on se tient, on va plus loin. »

Andrée Noël compte bien partager avec les autres membres du CSF ses préoccupations à l’égard du travail des femmes et son expérience du milieu des affaires. Elle voit son nouvel engagement comme un atout de plus. « Pour moi, tous les moyens sont bons pour faire bouger : par en avant, par en arrière. Il faut déborder, foncer, mener la lutte sur plusieurs fronts, il faut être visibles. »

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