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L’utérus est plus qu’un sac à bébé. Ne pas toujours jeter après usage. Se comptant chanceuse d’avoir un gynécologue renommé tout près de chez elle, Diane se présente à son bureau pour des saignements inexpliqués. La réponse ne se fait pas attendre : « Madame, un utérus ça vieillit; à votre âge, on enlève ça ». Le choc qu’elle ressent! Elle n’a pas quarante ans.

Les ablations d’ovaires et d’utérus ont longtemps été pratiquées pour toutes sortes de raisons, parfois farfelues, des troubles de digestion aux problèmes nerveux.

En Amérique du Nord, on estime qu’entre 30% et 40% des femmes ont subi une hystérectomie, soit environ le double du taux européen. Pourtant, selon la gynécologue américaine Vicky Hufnagel, 90% des opérations gynécologiques pourraient être évitées ou remplacées par des interventions moins mutilantes.

Depuis le milieu des années 70, on note une diminution sensible du nombre d’hystérectomies, mais il s’en pratique encore environ 60 000 par année au Canada, dont 63% sur des femmes âgées de moins de 45 ans. Au Québec l’an dernier, on a procédé à plus de 15 700 hystérectomies et près de 11 500 ovariectomies.

La vie en cause

Les femmes consultent pour des douleurs pelviennes, des menstruations surabondantes, une sensation de lourdeur à l’abdomen, une masse abdominale ou des relations sexuelles douloureuses. Les causes? Très nombreuses, mais principalement : des fibromes utérins, de l’endométriose, de temps à autre un polype, un cancer. Parfois on ne trouve pas. Que faire devant la perspective d’une intervention?

« Là où une femme n’a pas le choix, affirme Anne Péloquin, gynécologue-oncologue à l’hôpital Saint-Luc, c’est lorsqu’elle a un diagnostic de cancer. Un cancer gynécologique équivaut presque toujours à une perte, ajoute-t-elle : il faut choisir entre ses organes ou sa vie. » Toutefois, les cas de cancer et les hémorragies nécessitant une opération d’urgence ne totalisent que 10% des raisons de pratiquer une hystérectomie. Dans 90% des cas, la vie n’est nullement menacée.

« Pour toute condition bénigne, lorsque les organes sont encore sains, un médecin ne devrait pas dire à sa patiente qu’elle a besoin d’une opération », ajoute Anne Péloquin. Par contre, si à cause de douleurs tenaces ou de saignements fréquents, une femme choisit d’y avoir recours, l’opération est alors dite élective : elle n’est pas essentielle, mais elle est destinée à améliorer la qualité de vie de la patiente. Avant de se lancer dans une telle aventure toutefois, il faut évaluer les avantages qu’on compte en retirer, les désagréments qu’entraînent l’opération et la perte de ses organes génitaux et ne pas négliger le fait qu’une telle opération affecte bien souvent la sexualité. Autrement dit, poser et se poser de bonnes questions.

Économie de moyens

Anne Péloquin gynécologue-oncologue : « Lorsque les organes sont encore sains, un médecin ne devrait pas dire à sa patiente qu’elle a besoin d’une opération. »

Toute opération gynécologique risque d’entraîner des complications. Les plus courantes sont les risques d’adhérences, cet épais tissu cicatriciel qui occasionne parfois des douleurs, des complications urinaires, un prolapsus (descente d’organes) ou autres. En choisissant l’intervention la plus appropriée, on peut minimiser ces risques.

Il existe trois types d’hystérectomies :

  • la totale consiste en l’ablation de l’utérus en entier y compris le col;
  • la partielle ou sous-totale consiste à n’enlever que le corps de l’utérus en laissant le col en place;
  • l’hystérectomie vaginale, pratiquée en cas de descente d’utérus, permet d’enlever l’organe par les voies naturelles.

S’il n’y a pas de contre-indication, il peut être avantageux de procéder à une hystérectomie partielle. La région vaginale peut ainsi rester intacte et il semble que la présence du col favorise une meilleure réponse sexuelle après l’intervention. De plus, l’utérus agit comme organe de soutien dans la cavité abdominale; lorsqu’on le retire, les ovaires, les trompes, l’intestin risquent d’être mal replacés. Avec l’hystérectomie partielle, la reconstitution chirurgicale de cette zone devient plus aisée.

L’hystérectomie vaginale présente des avantages certains : pas de cicatrices externes et une guérison rapide. Cependant, elle n’est pas toujours souhaitable, étant donné qu’elle offre peu d’espace de manœuvre à qui la pratique, elle peut rendre la reconstruction de la voûte vaginale plus ardue.

Des médecins sont encore tentés d’enlever les ovaires sains en même temps que l’utérus. La raison invoquée : risque de cancer. Selon Anne Péloquin, une femme ne court pas plus de risques de développer un cancer des ovaires après une hystérectomie. Par ailleurs, une étude a démontré que plusieurs femmes qui ont eu une ovariectomie ont développé un cancer semblable au cancer des ovaires dans la cavité abdominale. Donc, en l’absence d’ovaires, il semble que cette maladie puisse simplement s’installer sur d’autres organes. L’ovariectomie ne serait donc pas indiquée pour prévenir le cancer.

La vie sexuelle après…

Alors qu’au siècle dernier, on recommandait l’hystérectomie pour guérir des femmes d’une sexualité trop agressive, on prétend aujourd’hui que cette opération n’affectera aucunement leur vie sexuelle. Pourtant, les études réalisées par Masters et Johnson en 1966 prouvaient déjà que l’utérus a une fonction active lors des relations sexuelles.

Si le clitoris et le vagin prennent part à la réponse orgasmique, l’utérus a lui aussi la capacité de se contracter de façon rythmique durant l’orgasme et la pression du pénis contre le col contribue à accroître l’excitation. Il y a donc une proportion importante de femmes, environ 35% estime-t-on, pour qui la perte de l’utérus représentera une baisse de l’intensité du désir et du plaisir. Pas besoin pour autant de dire adieu à sa vie sexuelle. Pour ces femmes, l’hystérectomie exigera une adaptation à cette nouvelle réalité physiologique.

Il arrive que les relations sexuelles deviennent douloureuses à la suite d’une hystérectomie. Plusieurs facteurs peuvent y contribuer, dont une reconstruction inadéquate de la voûte vaginale, une inflammation de la cicatrice, le déplacement des ovaires ou d’autres organes et les adhérences qui se forment dans la cavité pelvienne.

De plus, il arrive souvent que les ovaires cessent de fonctionner prématurément lorsque l’utérus a été enlevé. Donc, ménopause précoce affectant la libido et la lubrification vaginale à cause de la disparition des hormones ovariennes.

Toutefois, l’hystérectomie peut être bénéfique à certaines femmes et améliorer la vie sexuelle de celles pour qui les relations sont devenues pénibles ou impossibles à cause d’endométriose, de douleurs pelviennes, de saignements ou autres.

Caméra et laser

La chirurgie gynécologique s’est raffinée ces dernières années et s’est enrichie de nouveaux instruments qui permettent une approche plus conservatrice. Le laparoscope, ce long tube muni d’une caméra miniature qu’on introduit dans la cavité abdominale pour l’examiner est un outil diagnostique de première classe. Conçu selon le même principe, l’hystéroscope permet de voir l’intérieur de l’utérus par les voies naturelles. A l’aide de ces instruments, on procède maintenant à des interventions par écran interposé. Les avantages d’une laparoscopie : petites incisions et convalescence rapide. Cependant, cette technique requiert une très grande dextérité chirurgicale et comme certaines zones sont peu accessibles par laparoscopie, elle ne se prête pas à toutes les interventions.

L’hystéroscopie combinée au laser permet d’effectuer ce qu’on appelle l’ablation de l’endomètre. Effectuée pour des saignements menstruels anormaux dont on ne connaît pas la cause, elle consiste à cautériser la paroi interne de l’utérus. On estime qu’on pourra remplacer près de 50% des hystérectomies par cette intervention.

Jusqu’à présent, peu de recherches ont porté sur le rôle des organes génitaux féminins après la période reproductive, mais on a découvert récemment que les ovaires de certaines femmes continuaient à sécréter des stéroïdes longtemps après la ménopause. De plus, l’utérus et l’endomètre contiennent des protéines et des hormones dont on ignore encore le rôle exact. Ces organes font partie intégrante du système endocrinien et ne devraient pas être enlevés sans raison majeure surtout qu’il faut en moyenne près d’un an pour se rétablir complètement d’une hystérectomie.

Pour en savoir plus

  • Suzanne Alix, L’hystérectomie, Les Éditions de l’homme 1986, 165 p. L’auteure, qui a elle-même subi une hystérectomie, explique les maladies du système reproducteur, les différentes possibilités de traitement ainsi que la préparation et la convalescence après une hystérectomie.
  • Vicky Hufnagel, Pour en finir avec l’hystérectomie, Le Jour, 1990, 336 p. (traduit de l’américain). Vicky Hufnagel est gynécologue et s’oppose aux chirurgies mutilantes. Avec son équipe, elle a développé des techniques opératoires originales qu’elle appelle « Female Reconstructive Surgery », très bien décrites dans ce livre.
  • « Sur la réponse sexuelle après l’hystérectomie », Une véritable amie, vol. 8 n° 1, avril 1991.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Floralies

    J’avais passé une kirielle de tests à l’hôpital pour une rectocèle.

    En fin de compte, on me fait rencontrer une gynécologue qui me dit : «Madame, je vais vous opérer et en même temps, je vais enlever vos ovaires et votre utérus; vous n’avez plus besoin de cela.»

    Venant d’une femme j’étais vraiment offensée. Pourtant mon gynécologue régulier me disait l’importance pour le plaisir sexuel de la femme (il ne m’apprenait rien) de ne pas toucher à ces organes.

    Aujourd’hui, vingt-cinq ans plus tard, je pends des hormones et je suis en excellente santé avec mon utérus et mes ovaires.

    Je suis très contente de lire ce texte encourageant pour toutes les femmes.

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