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Les conditions de vie des femmes ont connu d’importantes transformations au cours des dernières décennies. Comment cela se reflète-t-il dans leur comportement culturel?

Une enquête réalisée par le ministère des Affaires culturelles MAC, dont Françoise Morin a fait l’analyse, fait ressortir qu’à quelques différences près, les taux de participation aux diverses activités de loisir des hommes et des femmes se sont rapprochés.

C’est la troisième fois que le MACse livre à un exercice du genre (1979, 1983, 1989). Le Ministère peut ainsi vérifier comment les femmes ajustent leur temps libre à leur vie professionnelle, à leur vie familiale et à leurs rapports sociaux selon qu’elles sont étudiantes, retraitées, qu’elles travaillent au foyer ou à l’extérieur. Ces dernières sont les plus actives dans la plupart des domaines.

Jogging et balle-molle

Fait surprenant : l’activité physique, incluant le sport, est devenue la préférée d’une majorité de femmes. Cette préférence rejoint presque celle des hommes : la proportion des femmes de 18 ans et plus qui disent s’y adonner est de 71, 4% alors qu’elle est de-75, 6% chez les hommes.

« S’il est vrai que les femmes consacrent autant d’heures que les hommes à des activités physiques, il ne faut pas oublier qu’une heure de danse sociale est loin d’équivaloir à une heure de push-up. Autrement dit, il ne faut pas mettre dans le même panier éléphants et oranges » fait remarquer Suzanne Laberge, spécialiste en sociologie du sport à l’Université de Montréal. « Comment se fait-il qu’on n’ait pas d’équivalence entre bonne condition physique et pratique sportive chez les deux sexes l’une devant découler de l’autre? » , poursuit-elle.

Si les femmes s’adonnent autant que les hommes à des activités physiques, leur forme de pratique diffère considérablement, précise l’analyse du MAC. Par exemple, l’aspect individuel et personnalisé prime dans les sports pratiqués par les femmes (jogging, natation, conditionnement physique). Les sports d’équipe conservent toujours la faveur des hommes. Ces derniers sont deux fois plus nombreux que les femmes à les pratiquer.

Qui lit quoi?

S’il y a autant de lectrices que de lecteurs de quotidiens et de revues, il en va autrement des livres : 85, 9% des femmes contre 71% des hommes prisent cette forme de lecture. Les femmes lisent en moyenne 23 livres par année, les hommes 16, 5.

« Je suis surprise d’apprendre que les femmes lisent autant de livres. Presque deux livres par mois, c’est beaucoup », s’étonne Laure Vaugeois libraire de Sillery. « Si toutes mes clientes achetaient deux livres par mois, les affaires iraient bien. Les gens empruntent de plus en plus de livres dans les bibliothèques publiques à cause des prix qui grimpent constamment et des nouvelles taxes. Reste que les gens achètent encore : les femmes plus de best-sellers, les hommes plus d’essais, de la politique-fiction. Les étudiantes viennent acheter un livre imposé dans un cours et il est très rare qu’elles prennent le temps de bouquiner. La majorité de ma clientèle féminine est celle des 30-45 ans, surtout des travailleuses. Il faut presque être riche aujourd’hui pour s’acheter des livres » , conclut la libraire.

D’après l’enquête effectuée par le MAC, les femmes fréquentent davantage les bibliothèques que les hommes même si ces derniers y viennent plus nombreux depuis ces dernières années. Encore une fois, ce sont les femmes qui sont sur le marché du travail qui sont les plus grandes consommatrices de lecture. Le roman demeure toujours le genre littéraire le plus apprécié des femmes tandis que la bande dessinée se situe presque au dernier rang de leurs préférences. « Au-delà de ce désir d’évasion et de détente, à quels ressorts profonds, autres que le plaisir de lire, fait appel cette quasi-fascination qu’exercent romans et œuvres de fiction sur l’imaginaire des femmes?, se demande Françoise Morin. Une question qui est du ressort de la motivation et qui mérite d’être approfondie. »

Des sujets comme la santé, la médecine douce, la psychologie et le développement culturel retiennent aussi l’attention des femmes. Ce qui laisse supposer que même pendant leur temps de loisir, elles ont des préoccupations pratiques principalement liées à leur rôle familial, alors que les hommes lisent davantage pour des raisons professionnelles.

Quelles revues attirent le plus de lectrices? Mode, décoration et cuisine viennent en tête, suivies de près par les magazines d’actualité et de sport et plein air. « Ce champ de préférences reste toujours, chez les femmes, étroitement associé à la sphère de la vie privée et aux préoccupations liées davantage à leurs rôles sociaux et familiaux qu’à leurs rôles professionnels » , commente Françoise Morin. Pendant ce temps, les hommes eux tournent d’abord les pages de leurs revues d’actualité, de sport et plein air, puis de science, d’affaires ou d’histoire. Aucune mention d’un quelconque intérêt chez eux pour les magazines de mode ou de cuisine…

Dans un magasin spécialisé dans la vente de journaux et de revues, Daniel Pelletier jette un regard sur la clientèle : « Autant d’hommes que de femmes mais pas forcément aux mêmes endroits. Il est rare de voir des femmes s’intéresser aux magazines d’armes à feu ou aux revues scientifiques. Par contre, autant hommes que femme achètent des revues humoristiques. » Dans cet établissement fréquenté principalement par des fonctionnaires qui y viennent le matin pour acheter leur journal ou le midi pour fureter ou acheter un magazine, on observe que les femmes sont plus nombreuses les soirs de magasinage ou au cours de la fin de semaine.

Suivez la guide

Les musées, galeries d’art ou salons des métiers d’art sont fréquentés par un peu moins du tiers des femmes. Les hommes quant à eux ont profondément changé leurs habitudes au cours des dix dernières années et on les voit maintenant dans une proportion égale à celle des femmes dans ces établissements, révèle l’enquête du MAC.

Au Musée de la civilisation de Québec, Serge Poulin, agent d’information, compile des statistiques sur le taux de fréquentation par sexe. En 1989, la clientèle du musée était composée de 48% d’hommes et 52% de femmes. En 1990, l’écart s’élargit : 46% de visiteurs et 54% de visiteuses. « Pour certaines grandes expositions comme Souffrir pour être belles ou Histoires d’amour et d’éprouvettes, il est vrai que plus de femmes que d’hommes s’intéressent à ces thèmes et en plus, notre stratégie de marketing visait à rejoindre davantage une clientèle féminine dans ces deux cas, mais ce n’est pas une pratique courante » , note-t-il.

Andrée Laliberté Bourque, directrice du Musée du Québec, croit que ce sont les femmes qui entraînent leur compagnon dans les musées. « Même mon père qui a pourtant comme activité de loisir le dessin n’allait pas dans les musées ou les galeries d’art. C’est ma mère qui lui a fait prendre goût à cette forme de loisir. » Sur le plan du comportement-question de 65 000 $-d’un sexe par rapport à l’autre, elle avoue que la recherche n’est pas poussée. « Intuitivement, dit-elle, je crois que les femmes s’intéressent davantage à l’aspect humain des artistes et ce qui en ressort dans leurs œuvres. » « Les femmes sont plus curieuses que les hommes, elles posent plus de questions lors des visites; en résumé, elles sont plus actives » , ajoute Michel Dumas, responsable du Service aux visiteurs de cette institution. Le taux de fréquentation se situe autour de 52% chez les femmes et de 48% chez les hommes. « Les clubs de l’âge d’or forment une bonne partie de notre clientèle et l’on sait que dans ces groupes, les femmes sont en plus grand nombre, ajoute Andrée Laliberté Bourque. »

Tout yeux tout oreilles

Quant à ces pratiques culturelles généralisées que sont l’écoute de la télévision et celle de la musique, l’enquête ne révèle pas de comportement typiquement féminin ou masculin. Quelques traits à signaler cependant : dans l’ensemble, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à regarder la télévision plus de trois heures par jour. Et, que ce soit à la radio ou à la télé, sur disques ou cassettes, les hommes écoutent plus le rock, le jazz et le new wave alors que les préférences des femmes vont vers la musique populaire, la musique d’ambiance ou semi-classique.

Michel Lachance et Guy Marceau sont commis spécialisés en musique chez un grand disquaire de Québec. Dans cet établissement, ils n’observent pas de différence de fréquentation entre hommes et femmes. « Cependant, souligne Guy Marceau, qui est affecté à la section de la musique classique, étrangement, les femmes manifestent un goût plus marqué pour les voix d’hommes alors que les hommes recherchent les voix féminines. »

Achetez vos billets

Si la fréquentation des salles de concert, de théâtre ou de cinéma est équivalente pour les deux sexes, il n’en va pas ainsi des lieux où se tiennent les manifestations sportives. Ces dernières n’attirent que 33% des femmes contre 51% des hommes. « Les manifestations sportives conservent encore leur caractère de chasse gardée masculine malgré une plus grande participation des femmes actives et surtout des étudiantes » commente Françoise Morin. L’analyse fait de plus ressortir le manque de temps et les coûts des billets et des sorties comme principaux motifs empêchant d’assister à un spectacle. Ces raisons sont retenues plus fréquemment par les femmes que par les hommes.

Clic et flûte

Que fait-on quand on a couru, lu, vu? De la photo, de l’écriture, des arts plastiques, des cours, du chant, du théâtre et de la musique. Encore ici, les sexes se démarquent dans les formes d’expression. « Nous faisons l’hypothèse que le loisir scientifique, le cinéma et la vidéo sont aux hommes ce que l’écriture et les arts plastiques, par exemple, sont aux femmes », postule l’analyste Françoise Morin.

Chez l’ensemble des femmes, la couture, le tricot, la cuisine et le jardinage sont de moins en moins mentionnés parmi les activités préférées, une baisse significative de 13% au cours des dix dernières années.

Même si le bénévolat des femmes est fort différent de celui des hommes cette activité revêt une égale importance dans les deux groupes. Environ le tiers des femmes exercent une activité bénévole et cela tient une place majeure dans leur temps de loisir.

De combien de temps libre les femmes disposent-elles, c’est-à-dire le temps qui reste sur les 24 heures d’une journée après soustraction du temps pour le travail rémunéré, les activités éducatives, le soin des enfants, les courses, les soins personnels et les travaux ménagers? Selon statistique Canada, une moyenne de 5, 5 heures par jour incluant les fins de semaine. Quand on sait qu’elles consacrent en moyenne 36 heures par semaine aux différentes tâches domestiques alors que chez les hommes, ce temps est de 11 heures, il est surprenant de constater que sur ce plan on note une aussi mince différence entre les femmes et les hommes, ceux-ci s’offrant 6 heures de temps libre par jour.

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