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Au vocabulaire de l’obésité, ajoutez la notion de poids naturel. C’est un mot qui fait du bien. Elles sont douze ce soir au Centre des femmes de Verdun à la deuxième rencontre des ateliers sur L’obsession de la minceur. On s’esclaffe et on s’indigne tour à tour alors que l’animatrice projette les images de ces femmes, voluptueuses ou frêles ainsi que des corsets, faux culs ou autres objets qui les ont moulées comme la mode le voulait selon les époques.

Dominique Daigneault et Lyne Dessureault sont les initiatrices de ce programme original qui, en dix rencontres, discrédite de nombreux mythes concernant l’obésité. Les participantes réfléchissent sur le rôle des stéréotypes dans leur vie, scrutent à la loupe les diètes miracles pour comprendre par quels mécanismes insidieux elles les attirent, identifient les émotions qui les font manger plus qu’à leur faim et remettent en question de grands pans du discours médical sur l’obésité.

Bombardées de publicité sur les régimes, les produits diète, les cures d’amaigrissement et la mode, les femmes quel que soit leur poids, subissent énormément de pression pour maigrir. Au Québec, 40% des femmes se mettent au régime chaque année. Toutefois, ces régimes sont inefficaces et 95% de ceux ou de celles qui les suivent reprennent leur poids sinon davantage dans les deux ans qui suivent.

En fait, les diètes sont même une cause majeure de prise de poids. En effet, les régimes ralentissent le métabolisme car le corps apprend ainsi à fonctionner avec des portions de famine : plus on le prive et moins il consomme de calories pour ses fonctions de base. De retour à une alimentation normale, le corps peut donc reprendre plus de poids que ce qu’il avait perdu.

« Quand on dit que l’obésité est une cause majeure de problèmes de santé, explique Lyne Dessureault, on ne tient pas compte des autres facteurs qui peuvent être en cause, tels que le stress et la malnutrition causés par les régimes. Les femmes disent elles-mêmes qu’elles se sentent mieux et qu’elles ont plus d’énergie quand elles ne sont pas au régime », ajoute-t-elle.

Les ateliers sur l’obsession de la minceur se donnent dans plusieurs centres de femmes du Québec, si le budget le permet et si la demande le justifie. Les ateliers s’adressent à toutes les femmes que leur poids préoccupe, à l’exception de celles qui ont de sérieux problèmes de boulimie ou d’anorexie.

De plus, les régimes s’avèrent parfois carrément dangereux. Colette, qui est diabétique, raconte ce soir-là comment elle s’est retrouvée très gravement malade à cause d’un régime aux protéines à 500 calories qui devait l’affranchir de sa dépendance à l’insuline. De son côté, Louise les trouve démoralisants : « Quand ça fait trois régimes de suite que tu entreprends et que t’es pas capable de les suivre, c’est l’estime de soi qui en prend un coup. T’en viens à croire que t’as pas de volonté. »

Un modèle irréaliste

Dans une courbe normale de population normale, 5% des gens sont très minces et 5% sont très gros. Mais aux yeux de la mode, seules les femmes minces existent, un message qu’accentue la quasi-absence de grosses femmes à la télé ou au cinéma. Comme l’illustre si bien l’humoriste Johanne Doré : « J’aimerais donc, ca avoir l’air d’une vraie femme : pas de seins, pas de hanches, pas de fesses! » Cependant, à moins de s’astreindre au régime perpétuel, cette norme est irréaliste pour la majorité des femmes.

Aux normes en vigueur de poids idéal et de poids-santé, les animatrices substituent la notion de poids naturel. « Le poids naturel, explique Dominique Daigneault, c’est notre poids prédestiné, celui qu’on peut garder sur une longue période de temps sans privations alimentaires. Il peut être très bas ou très élevé. Des facteurs comme les grossesses, la ménopause ou le recours à des régimes peuvent le faire varier au cours d’une vie. »

Peu à peu, les rencontres mettent en lumière le rapport conflictuel avec la nourriture engendré par la hantise de devenir mince. « Quand tu as envie de manger quelque chose d’interdit, tu passes toute la soirée à y penser. Tu manges tout plein de choses pour pas le manger et tu finis par le manger pareil. Après, tu te sens coupable et ça t’a rien apporté », raconte Claudine.

Les ateliers ne sont pas axés sur l’amaigrissement, mais permettent plutôt aux participantes de dédramatiser leur relation avec la nourriture. « On ne parle pas de la nourriture en fonction de calories, rapporte Claudine, on répond à la demande de notre corps. Au début, ça me faisait peur de manger tout ce qui me tentait. Mais quand je me suis donné le droit, je ne me suis privée de rien. En fait, j’ai pris trois livres, mais pour tout ce que j’ai mangé, ça valait la peine », ajoute-t-elle en riant.

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