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Des cellules qui sortent de leur nid, font des ravages dans l’abdomen et ne se laissent pas facilement traiter.

A 18 ans, Nathalie subissait une première intervention chirurgicale pour soulager ses maux de ventre. Six ans plus tard, après cinq interventions successives qui lui avaient fait perdre trompe et ovaire du côté droit, elle se retrouve finalement avec un diagnostic d’endométriose.

L’endométriose résulte de la multiplication rapide, en dehors de l’utérus, des cellules de l’endomètre, la muqueuse interne de cet organe de la reproduction. Les cellules délinquantes se répandent dans la cavité abdominale et se greffent sur les autres organes et tissus, en commençant par ceux qui sont les plus près de l’utérus : trompes, ovaires, ligaments qui soutiennent l’utérus, colon, puis vessie, intestin grêle, surface externe de l’utérus et parfois même le col, où elles croissent en colonies. Ces lésions d’endométriose se comportent exactement comme si elles étaient à l’intérieur de l’utérus : à chaque mois, sous l’influence des hormones ovariennes, elles se gorgent de sang, mais ce dernier, emprisonné dans l’abdomen, ne peut pas être évacué avec les règles. L’endométriose cause de l’inflammation et provoque l’apparition d’adhérences, des kystes et des nodules causant des douleurs et d’autres symptômes qui obligent même certaines femmes à s’aliter quelques jours par mois.

On ignore encore la cause exacte de cette maladie, mais l’hypothèse la plus plausible veut que ces cellules arrivent, dans l’abdomen lors de menstruations rétrogrades, quand le sang, au lieu de s’écouler normalement par le vagin, reflue vers les trompes. Les menstruations rétrogrades sont un phénomène courant : presque toutes les femmes en ont. Toutefois, on ne peut expliquer pourquoi il provoquera de l’endométriose chez certaines femmes seulement alors que les autres en seront exemptes. Cette maladie, qui touche un demi-million de Canadiennes, se manifeste à n’importe quel moment de leur vie reproductive.

Nathalie, aujourd’hui âgée de 36 ans, a ressenti les premiers symptômes de l’endométriose alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle a souffert de migraines et ressentait des douleurs intenses près des ovaires avant ses règles et lors des relations sexuelles. « Cela me grugeait toute mon énergie, se rappelle-t-elle. C’était émotivement très éprouvant ». En plus de la fatigue chronique, l’endométriose présente d’autres symptômes tels des saignements intermenstruels, des écoulements plus abondants lors des règles, des selles et une miction douloureuses, des douleurs pelviennes chroniques, des fausses couches à répétition et de l’infertilité. Entre 30% et 40% des femmes qui souffrent d’endométriose sont infertiles.

Les traitements

Selon le Dr Rodolphe Maheux, endocrinologue à l’hôpital Saint-François-d’Assise de Québec, il arrive souvent que des femmes paniquent devant un diagnostic d’endométriose. « Ce n’est pas un état cancéreux ou précancéreux, dit-il, et cela ne signifie pas forcément, qu’une femme doive subir une hystérectomie. Lorsqu’on est sûr du diagnostic, il n’est pas nécessaire de traiter une patiente qui a peu de symptômes. Souvent, la prise d’antidouleur avec un bon suivi médical sont suffisants ». Cependant, deux raisons justifient un traitement plus particulier de l’endométriose : des douleurs trop intenses et l’infertilité. « On peut expliquer cette infertilité de plusieurs façons, ajoute le médecin, mais le plus souvent, on constate que ce sont les adhérences qui finissent par obstruer les trompes ».

Il n’existe pas de cure définitive contre cette maladie. A celles qui désirent et qui peuvent avoir un enfant, la grossesse peut offrir un répit assez long pour faire régresser la maladie de façon appréciable. Sinon, il est possible d’avoir recours à l’hormonothérapie pour faire cesser temporairement la fonction ovarienne en provoquant une ménopause artificielle. Privé de stimuli, le tissu endométrial cesse de croître, les implants s’atrophient et peuvent éventuellement disparaître. Selon la nature et la gravité du problème, on utilise, soit la pilule contraceptive, de la progestérone, du danazol (dérivé synthétique de la testostérone), ou le dernier venu, un agoniste de la GnRH qui, sous forme d’implant ou d’aérosol nasal, agit sur l’hypophyse, elle-même commandant la fonction ovarienne.

Toutefois, trois ans après le traitement, 39% des femmes verront leurs douleurs réapparaître. Par ailleurs, sauf les contraceptifs, ces médicaments sont coûteux et comportent des effets secondaires importants : bouffées de chaleur, prise de poids, maux de tête, irritation gastrique, déminéralisation osseuse, dépression, etc. Le danazol a également des effets masculinisants : pilosité faciale, diminution des seins, modification de la voix.

Le Dr Maheux affirme que ces traitements sont tous efficaces contre la douleur, mais ils n’ont que peu d’effet sur l’infertilité des femmes. « On s’oriente de plus en plus vers la chirurgie par laparascopie pour enlever les plaques d’endométriose, dit-il. Nous menons actuellement une étude pancanadienne sur l’impact du traitement chirurgical pour rétablir la fertilité. Il semble que le meilleur taux de grossesse soit atteint un an après la laparascopie ».

Il est relativement facile de procéder à cette chirurgie mineure lorsque les lésions sont peu importantes. Par contre, pour les cas plus graves, le Dr Maheux explique que l’hormonothérapie peut faire fondre la taille des lésions et permettre ainsi la chirurgie par laparascopie. Quand cela n’est pas possible, on a recours à la chirurgie conventionnelle. L’hystérectomie totale est indiquée seulement lorsque les autres traitements ont échoué et que les femmes ne peuvent plus avoir d’enfants.

Qu'en pensez-vous?

1 Réaction

  1. Anna

    Je suis une femme de 38 ans qui se réveille toutes les heures la nuit, depuis le mois de juin afin de faire pipi car mon endométriose a atteint ma vessie. Je vais tous les jours fatiguée au travail, n’ayant pas pu bénéficier d’un sommeil réparateur. Je ne suis pas suivie car j’ai l’immense bonheur de vivre en Outaouais, où il est si aisé de rencontrer un gynécologue. D’ailleurs, le système de santé est si performant et effectif que j’ai dû aller en Ontario pour avoir un médecin de famille, qui n’a malheureusement pas d’autre choix que de me référer dans le public, a un spécialiste au Québec. Malheureusement, il semble qu’au Québec, les seules femmes dignes d’attention gynécologique sont celles qui sont enceintes. Est-ce que l’état québécois a décidé de résoudre son problème d’accès à des services gynécologiques en s’assurant qu’à long terme de moins en moins de femmes deviennent enceintes? La durée moyenne de diagnostic d’un cas d’endométriose est de 6 à 10 ans, car personne n’y pense. Lorsque l’on sait que le non-traitement de cette affection conduit à l’infertilité, comment explique t-on qu’en Outaouais, le délai de prise en charge pour des consultations en gynécologie pour les patientes d’endométriose est de 4 à 6 mois? Waouh!
    En attendant, je passe mes nuits sur internet à essayer de trouver un gynécologue car je n’en peux plus de ne pas pouvoir dormir, ne serait-ce que 6h d’affilée sans me lever une fois. J’aimerais savoir comment est-ce que tous ces politicards qui sont à Québec, feraient s’ils devaient se lever toutes les heures, depuis 5 mois, pour aller faire pipi? Oh, mais ils n’auraient pas besoin de le faire. Le système de santé à deux vitesses, c’est leur enfant caché!

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