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Un tramway nommé désir, la pièce la plus achevée du dramaturge américain Tennessee Williams, figure à la programmation du Théâtre populaire du Québec. Louise Turcot, Roger Léger, Julie McClemens et Johanne Fontaine font partie d’une distribution de dix comédiens.

Le personnage de Blanche Dubois, considéré par certains comme la première grande dame de la dramaturgie américaine, interprété par Vivien Leigh dans un film de Elia Kazan, tourné en 1952, n’est que l’un des puissants pivots de l’univers à la fois naturaliste et poétique de Tennessee Williams. Un monde qui hante encore la mémoire, parce qu’il traduit avec justesse et subtilité toute la gamme des émotions humaines.

Pour le rôle de Blanche, le metteur en scène Claude Poissant a porté son choix sur la comédienne Louise Turcot «… parce qu’elle sait jouer d’une manière aussi intuitive que cérébrale, des qualités essentielles pour interpréter un personnage aussi complexe et fascinant que Blanche » .

Nous sommes à la fin des années 40. Blanche Dubois rend visite à sa jeune sœur, Stella, qui a épousé un Polonais direct et brutal, Stanley Kowalski. Blanche débarque dans le misérable logis du couple avec ses allures de grande dame, son discours d’institutrice raffinée, ses goûts de luxe. Mais tout cela n’est que façade et Stanley le voit instantanément. Blanche Dubois est dévorée par ses émotions, ses désirs et ses rêves.

« Cette femme a en elle un animal dont elle a honte et qu’elle tente désespérément de cacher », explique Paul Lefebvre, qui a traduit la pièce de Williams à la demande de Claude Poissant. « Elle ne parvient pas à se conformer à l’image de femme jeune et pure tant valorisée par la société de l’époque. Elle est soudainement confrontée à Stanley. Il est tout autant qu’elle la proie du désir, mais il n’a pas à se soucier des conventions et se moque de la morale. Entre eux, c’est l’inévitable confrontation et l’incontournable attirance… »

La pièce nous dévoile peu à peu le passé d’amours illicites et débridées de Blanche. « En ce temps-là, avoir un amant était une chose épouvantable, raconte Louise Turcot. Alors imaginez lorsqu’on découvrait qu’une femme en avait eu des dizaines! Blanche Dubois était à la recherche de l’absolu et croyait que seul un homme pouvait la rendre heureuse. Elle n’est jamais parvenue à prendre sa vie en main » .

L’œuvre de Tennessee Williams est axée sur la frustration des êtres humains qui voient leurs désirs réprimés par une société moralisatrice et rigide et qui n’ont d’autre solution que de sombrer dans la folie. Un tramway nommé désir illustre mieux que toutes ses autres pièces cette tragédie. « Blanche a choisi la solution la plus extrême pour vivre sa marginalité : la folie, décrit Claude Poissant. sinon, elle n’aurait pas eu d’autre choix que de se donner la mort » .

« Une femme aux prises avec des problèmes mentaux à l’époque était vue comme une sorte de bibitte. Maintenant, notre attitude à l’égard des gens qui vivent des périodes d’instabilité psychologique est généralement plus empathique » , confie Louise Turcot.

Selon la comédienne, la féminité troublante de Blanche, son sens inné de la séduction et le souci avec lequel elle s’occupe de son corps vieillissant prennent une signification particulière pour les femmes d’aujourd’hui. « Ma génération a balancé son soutien-gorge dans un rejet des stéréotypes féminins, ajoute-t-elle. On aurait pu croire que les jeunes qui nous ont suivies se seraient inspirées de notre exemple… Au contraire! Jamais les dessous féminins et les cosmétiques n’ont suscité autant d’intérêt chez les femmes! Nous ne sommes pas si éloignées du personnage de Blanche Dubois, qui consacre des heures à son corps et joue de ses charmes de toutes les façons. Décidément, il faut que ce désir de plaire soit ancré bien profondément en nous pour qu’il resurgisse après toutes ces luttes que nous avons menées pour l’en expulser ».

Tennessee Williams nous fait l’immense cadeau de ne pas porter de jugement sur ces personnages : tant sur celui de Blanche, fragile et forte à la fois, qui plonge délibérément dans l’abîme et finit ses jours internée, que sur celui de Stanley, macho sans finesse et sans tendresse qui l’entraîne vers sa perte. Libre à nous alors de tirer nos propres conclusions sur ce drame étonnamment actuel.

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