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Depuis cinq ans, nombre de groupes de femmes ont vu leur situation financière se détériorer. La course aux dollars monopolise les énergies des militantes au détriment, parfois, de la mission première des organismes. Un profond soupir d’épuisement émane du Québec communautaire. En même temps, un grand vent d’inquiétude souffle, car l’avenir est lourd de menaces et d’inconnues.

Les temps sont difficiles pour les groupes de femmes qui doivent affronter non seulement la récession qui n’en finit plus et la crise budgétaire des gouvernements, mais aussi un retour du balancier vers la droite, accompagné d’une certaine contestation du féminisme et de ses acquis. Dans un tel contexte, les besoins s’expriment avec une force et une urgence sans précédent, alors que les sources de financement se tarissent.

Le recul fédéral

Les premiers coups et les plus durs sont venus d’Ottawa. Le programme Promotion de la femme du Secrétariat d’État a vu son budget amputé du quart. La situation aurait été pire sans la levée de boucliers qui a forcé la révision d’une compression annoncée de 1 600 000 $. Les regroupements, les groupes de recherche ou de promotion ont encaissé des diminutions de budget allant de 10% à 100% . « L’an dernier, la subvention de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la seule subvention de fonctionnement que nous recevons, était de 105 000 $. Elle n’est plus que de 94 000 $ », signale Céline Signori, la présidente. « Nous recevons présentement 270. 000 $ du Secrétariat d’État, contre 700 000 $, il y a cinq ans, rapporte Martha McGloin, responsable du financement au Comité canadien d’action sur le statut de la femme, organisme pancanadien regroupant près de 3 millions de membres. Même situation du côté du Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail du Québec (CIAFT), un organisme de promotion et de sensibilisation qui s’intéresse à la réintégration des femmes sur le marché du travail. « En raison de la récente coupure de 10% à la subvention du Secrétariat d’État, notre mission de sensibilisation est de plus en plus compromise » , affirme sa directrice générale, Lise Leduc.

Nul ne sait où et quand l’hémorragie va s’arrêter. Le programme de contestation judiciaire, largement utilisé par des femmes victimes de discrimination, a été aboli. En période préélectorale, la première ministre Kim Campbell, qui avait défendu l’élimination de ce programme, a néanmoins promis de le rétablir et de l’améliorer si son parti était reporté au pouvoir. Don Mazanskowski a annoncé, alors qu’il était ministre des Finances, la disparition progressive, d’ici l’an 2000, des subventions aux groupes d’intérêt. Les groupes féministes de recherche, de réflexion, de concertation et de revendication seront-ils considérés comme des groupes d’intérêt? On le craint. « Nous ne serions pas étonnées, affirme Marcelle Régimbald, de Relais-Femmes, que l’on mette dans le même panier le lobby des armes, celui des éleveurs de vison et un organisme comme le nôtre, qui soutient par la recherche et la formation d’action de groupes dont l’unique but est de combattre la discrimination et la violence envers les femmes et de réclamer l’avènement d’une société équitable. Assimiler nos regroupements à de simples groupes d’intérêt équivaut à bâillonner la parole des femmes ».

Un incident vécu par la FFQ ne laisse présager rien de bon. On se souvient de cet enregistrement téléphonique qui liait le versement de la subvention au silence de la Fédération durant la campagne référendaire sur l’entente de Charlottetown. Le gouvernement a reculé, mais pour combien de temps? Les regroupements ont déjà subi une première réduction de 10% . « Sur un budget de 95 000 $, elle va faire mal », commente Marcelle Régimbald, qui rappelle que le programme Promotion de la femme est le seul à accorder des subventions de fonctionnement aux groupes de réflexion et d’analyse. Il n’est pas certain qu’il continue longtemps dans cette voie, car aux directives du budget Mazanskowski s’ajoute la tendance à préférer le financement de projets spéciaux à la subvention de fonctionnement, qui laisse plus de latitude aux organismes.

Des interventions ciblées au Québec

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le plus important bailleur de fonds québécois des groupes de femmes, réserve ses subventions de fonctionnement aux groupes de services, qu’il juge prioritaires : maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence, centres de santé des femmes, centres de femmes et centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). Ces établissements ont vu leurs subventions augmentées de 11% depuis un an et bénéficient de plans triennaux de financement qui prévoient une croissance des budgets et une expansion des réseaux. « C’est une augmentation significative, se réjouit Diane Lemieux, présidente du Regroupement québécois des CALACS. Le soutien que nous recevons est pleinement justifié. Nous rendons de grands services à l’État dans un dossier extrêmement délicat auquel bien des intervenants du réseau de la santé et des services sociaux préfèrent ne pas toucher ». Pour sa part, Christiane Deshaies, coordonnatrice du Centre Femmes des Cantons, de Cowansville, souligne que « l’adoption de plans triennaux représente un net progrès, car nous pouvons désormais planifier notre avenir » .

Les centres de santé des femmes n’ont pas bénéficié du même traitement. Pas de plan triennal ni de nouveaux centres à l’horizon. Par contre, les trois centres existants ont obtenu en 1993-1994, une augmentation de budget substantielle de quelque 30% et, pour la première fois, le Regroupement des centres de santé des femmes a reçu une subvention de 15 000 $. Toutefois, l’absence de perspective à long terme déçoit Marie-France Hétu, coordonnatrice du Centre de santé des femmes de Sherbrooke et présidente du Regroupement. « Le MSSS craint les dédoublements, dit-elle. Or, les services des centres de santé des femmes sont complémentaires à ceux qui sont offerts dans les établissements de santé conventionnels. Leur approche est préventive, et la médecine y est davantage adaptée aux besoins des femmes » .

Dans son document intitulé Vers une société plus égalitaire; les priorités du Parti libéral du Québec en matière de condition féminine, rendu public en 1989, le PLQ prévoyait la création d’un fonds de subvention aux organismes de promotion des droits des femmes. Il envisageait d’affecter 500 000 $ à ce fonds en 1990-1991, afin d’augmenter les sommes déjà allouées au financement des groupes de services. Toujours à l’état de projet, ce fonds n’a pas encore été créé.

Le Secrétariat d’État au fédéral et le MSSS au Québec tiennent presque à eux seuls les cordons de la bourse des subventions de fonctionnement. Quelques ministères, de part et d’autre, parrainent des groupes reconnus qui travaillent auprès de clientèles particulières : les femmes immigrantes, les jeunes femmes, les femmes détenues, les femmes autochtones, les femmes qui se préparent à retourner sur le marché du travail. Cette spécificité leur assure souvent une plus grande stabilité financière. C’est le cas de Passage Yamaska, un centre de préparation des femmes à l’emploi entièrement subventionné par Emploi et Immigration Canada. « Emploi et Immigration Canada nous a demandé de ne pas loger dans un sous-sol et de travailler avec des professionnels, et il nous en donne les moyens », affirme Louise Gagnon-Lessard, sa coordonnatrice.

Le financement privé : une solution?

Dans toutes les régions où une campagne unifiée existe, Centraide participe au financement des coûts de fonctionnement des groupes de femmes ou aux coûts de certains programmes. Etre admissible aux subventions de Centraide représente souvent un pas énorme vers la stabilité. Car, à moins de problèmes particuliers, Centraide privilégie la continuité et réalloue des fonds d’année en année. L’an dernier, Centraide Grand Montréal a octroyé 8% de ses fonds à 17 groupes de femmes. Les montants versés en subventions vont de 23 000 $ à plus de 400 000 $ (YWCA et Dispensaire diététique de Montréal pour femmes enceintes défavorisées). « En général, nous couvrons les salaires d’une ou deux permanentes plus quelques autres frais, précise Suzanne Girard, responsable du sous-comité d’allocation pour les groupes de femmes. Douze des dix-sept groupes ont été acceptés par Centraide depuis 1980. Notre intervention évolue donc avec la prise de conscience des problèmes particuliers des femmes dans notre société » .

Par ailleurs, peu de grandes corporations soutiennent ostensiblement une cause féministe à moins que leur produit ne s’y prête. S’il n’est pas surprenant que le fabricant des tampons Tampax s’associe à la cause des femmes violentées, il l’est beaucoup plus de voir Pratt & Whitney, un constructeur de moteurs d’avion, en faire autant. Cette étonnante alliance est issue de la rencontre des intérêts de deux cadres de l’entreprise : Pierre Henri, un amateur d’art, et Louise Fleischmann, bénévole à Carrefour pour Elle, une maison pour femmes victimes de violence de la Rive-Sud de Montréal. Ainsi sont nées les Femmeuses, une exposition-vente annuelle des œuvres d’environ 70 artistes féminines. Quelque 60 000 $ sont ainsi versés aux maisons d’hébergement de la Montérégie. Cette activité se tient chez Pratt Whitney, qui l’organise et en assume les coûts. Elle est courue autant par les collectionneurs que par les artistes. Clémence Desrochers est la porte-parole des Femmeuses depuis sept ans. « J’ai accepté pour deux raisons », raconte-t-elle. « Toute cette violence me bouleverse et je suis attirée par la peinture et le dessin. J’apprécie d’ailleurs que les artistes conservent la moitié du prix de vente de leurs toiles. L’accueil est bon : la pauvreté est tellement visible que les gens qui n’en souffrent pas sont conscients de ce qu’ils ont et ils donnent » .

Comment participer sans ressources?

La réforme en cours dans les services de santé et les services sociaux (réforme Côté) prévoit la régionalisation de tous les budgets à compter du 1er avril 1994 ou à une date ultérieure, que déterminera le ministre. Cette éventualité n’est pas sans inquiéter. Le niveau actuel de financement sera-t-il maintenu? Les groupes de femmes sauront-ils faire entendre leur message et reconnaître leurs besoins? N’est-ce pas ouvrir la porte à des disparités régionales? Le MSSS se fait rassurant. « Le ministère va demeurer responsable des orientations assure Michelle Lapointe, chef du Service de soutien aux organismes communautaires. Il y aura des priorités nationales. Les régies régionales devront agir à l’intérieur de certains paramètres et respecter une équité intrarégionale. Le MSSS verra à garantir cette équité interrégionale. Le travail des groupes de femmes s’inscrit dans l’objectif de prévention au cœur de la réforme. Les financer, c’est empêcher l’émergence de cas plus lourds et réduire la facture du curatif » .

La régionalisation a eu pour effet de favoriser la création des tables de concertation et prévoit des plans régionaux d’organisation des services (PROS) dans divers secteurs. « Mais comment participer sans ressources? », demandent les groupes de femmes. « Il faut être partout, affirme Marie-France Hétu, du Regroupement des centres de santé des femmes, là où il est question de santé mentale, des jeunes, des MTS, etc. Toute seule comment puis-je y arriver? Le MSSS doit reconnaître que sa réforme exige des ressources et doit nous financer en conséquence » . La réforme a accordé une représentation aux organismes communautaires au sein des régies régionales. « Leur situation de sous-financement les place dans un rapport d’inégalité qui pourrait les empêcher d’occuper le terrain » affirme Diane Lemieux. « Le communautaire est vulnérable à cause de sa fragilité financière, poursuit-elle. Le partenariat égalitaire n’est pas encore là! Les intervenantes locales excellentes sur le terrain, n’ont pas toujours l’expérience nécessaire pour traiter avec les maires, les directeurs généraux, etc. Les regroupements nationaux ont cette expérience. Ils prennent donc, dans le contexte de la régionalisation, une grande importance » .

Certains groupes lancent leur propre campagne de financement, à laquelle des personnalités des milieux des affaires ou de la politique associent leur nom. Rita Dionne-Marsolais, économiste chez Price Waterhouse, participe à la campagne de la Maison grise, dédiée à la réintégration sociale des détenues. « C’est la première fois que je m’engage pour la cause des femmes, bien que je n’en sois pas à ma première campagne de financement. Toutes les causes sont difficiles à vendre en ce moment. Ce sont toujours les mêmes personnes qui sont sollicitées et leur capacité de contribuer diminue. Cela dit, la campagne de la Maison grise va relativement bien : le bassin de sollicitation a été bien ciblé et le terrain occupé est moins encombré, car peu de groupes s’occupent des femmes qui sortent de prison ».

Les fondations, pour leur part, s’associent à un groupe seulement lorsque ses activités rejoignent leurs objectifs propres. Les dons privés varient énormément d’un groupe à l’autre. Ce sont souvent des dons en espèces ou des commandites. La plus grande source privée de financement des groupes demeure cependant le travail de leur personnel, bénévole ou sous-payé.

Encore loin du compte

La plupart des groupes se plaignent de budgets insuffisants. Bon nombre sont dans une situation financière critique perpétuelle. Le Carrefour des familles monoparentales de Charlesbourg est un exemple parmi d’autres. « Nous réussissons, en y mettant beaucoup d’efforts, à réunir l’équivalent d’environ 42 000 $ par année, nous dit sa coordonnatrice, Yolande Dumontier. Après dix ans, mon salaire annuel plafonne à 20 000 $ et je ne me paie pas d’heures supplémentaires! Or, je connais les lois matrimoniales comme une avocate. Je sais écouter et conseiller aussi bien que plusieurs intervenants. Je suis une bonne organisatrice et une bonne gestionnaire. Il le faut pour faire autant avec si peu » .

Pourtant, les groupes de femmes ne demandent pas la lune. « Le rêve, c’est la garantie d’un financement minimal pour être capable de nous développer à long terme » , affirme Marjorie Villefranche, de la Maison d’Haïti, à Montréal, dont la clientèle se compose majoritairement de femmes. Leur premier désir est de pouvoir se doter d’une structure de fonctionnement efficace et d’avoir l’assurance d’une certaine continuité. Cela veut dire avoir un nombre suffisant de permanentes, convenablement payées et disposant du matériel de bureau et de l’équipement informatique courant de façon à maximiser les heures de travail.

Mais il y a plus. Un niveau de financement adéquat signifierait la reconnaissance tant attendue de la valeur de leur travail. « Le communautaire n’est jamais perçu comme une solution valable » , poursuit Marjorie Villefranche. « Je suis pourtant convaincue, dit-elle, que si la situation n’est pas plus explosive à Montréal, c’est à cause du travail des organismes communautaires » .

« Demandez aux gouvernements de rendre autant de services avec les mêmes ressources », suggère Marcelle Régimbald, qui s’insurge contre les négociations à rabais. « J’ai une maîtrise en science politique et je peux vous dire que mon diplôme vaut moins cher dans le secteur communautaire. On paie facilement un chargé de recherche 30 000 $ ailleurs et on voudrait le payer 24 000 $ dans le communautaire. Comme s’il était normal de négocier nos services à rabais, comme s’il fallait toujours que les femmes soient bénévoles quelque part » .

Le ratio idéal

Mais la plupart des groupes de femmes, particulièrement ceux qui ont un grand nombre de membres, acceptent l’idée d’une nécessaire part d’autofinancement. C’est une question d’autonomie. Les doyens des groupes de femmes, les Cercles de fermières du Québec, fondés en 1915, en ont fait un principe. « Parce que nous recevons peu de subventions et uniquement pour des activités très précises, nous nous sentons très libres de prendre position » , affirme la présidente, Louise Fortin. Cette indépendance n’est pas de tout repos lorsque le nombre de membres chute de 76000 à 46000 en dix ans. « Nous avons dû rationaliser notre gestion en recourant davantage au bénévolat et en réalisant à l’interne certaines tâches comme l’édition de notre revue. Nous avons lancé une collection de livres de recettes qui est devenue une source régulière de revenus. Enfin, nous pouvons compter sur les cotisations de nos 46000 membres, car nous avons réussi, je crois, à stabiliser le nombre » .

La grande dépendance envers les subventions comporte un double risque : l’autocensure ou l’influence des bailleurs de fonds sur les orientations de l’organisme dans un sens que celui-ci ne souhaite pas. Ainsi, Louise Gagnon-Lessard, de Passage Yamaska, craint de devoir lutter pour continuer à desservir sa clientèle traditionnelle, les femmes non prestataires de l’aide sociale qui ont accès à des ressources de plus en plus limitées pour les aider à réintégrer le marché du travail. « Si à cause de problèmes budgétaires, les gouvernements puisent les fonds qu’ils nous attribuent à même les caisses de l’assurance-chômage ou de l’aide sociale, il nous faudra nous battre pour que le programme ne soit pas détourné uniquement vers la clientèle prestataire », avertit Louise Gagnon-Lessard.

En fait, ce que tous les groupes recherchent, c’est un juste équilibre entre l’autofinancement et l’engagement essentiel de l’État, dont c’est la responsabilité de favoriser l’accès à l’égalité aux femmes. Un ratio de 30/70 entre l’autofinancement et les subventions gouvernementales semble rallier les organismes communautaires. Un écart trop grand entre cet objectif de subvention de 70% et la contribution réelle des gouvernements se traduit par un sous-financement chronique dont les effets pervers sont de plus en plus visibles et néfastes.

Une course aux effets pervers?

« On passe notre temps à remplir des formulaires de demande de subventions et à imaginer des activités subventionnables. Quand on court après les fonds, c’est du temps que l’on n’a pas pour remplir la mission de l’organisme ». Ce commentaire est de Céline Signori. Il aurait pu venir des autres responsables de groupes qui investissent énormément de leur énergie à étoffer leur dossier d’arguments susceptibles de préserver leur subvention de fonctionnement (quand il y en a une! ), à inscrire leur organisme à divers programmes pour obtenir main-d’œuvre ou équipement, à frapper à toutes les portes pour vendre tel ou tel projet. Chaque année, la ronde recommence, les fonds récurrents et garantis pour plus d’un an étant rarissimes. Dans la conjoncture budgétaire actuelle, l’aléatoire est roi. Un tel éparpillement crée des problèmes de cohérence, constate Marjorie Villefranche. « Les politiques des ministères changent et chacun a la sienne. Les organismes ont leurs propres priorités de développement. Il y a parfois des divergences difficiles à concilier ».

Malgré leur pauvreté, peu de groupes se lancent dans l’aventure des campagnes de financement et des événements-bénéfices. « On fait déjà du bénévolat au point de se brûler, soutient Yolande Dumontier. Comment voulez-vous qu’on réalise en plus des activités de financement? » « Nous n’avons même pas les moyens de profiter des occasions lorsqu’elles se présentent », ajoute Céline Signori de la FFQ, qui aurait bien voulu pouvoir capitaliser sur le momentum créé par l’incident de l’enregistrement survenu lors de la campagne référendaire. En fait, il faut un minimum de gens et d’argent pour… aller chercher de l’argent. A preuve, le Secrétariat d’État a consenti plus de 30 000 $ au Regroupement des CALACS pour jeter les bases d’une vaste sollicitation publique. Ce ne sont pas les idées qui manquent. Bazars, encans, ventes de garage, brunchs, tirages, tombolas, loteries, conférences ateliers, cours, publications, tout a été essayé ou envisagé. Toutefois, règle générale, le rendement de ces activités de financement ne vaut pas les énergies qu’on y consacre. Ainsi, la Maison Unies-Vers-Femmes, de Gatineau, a organisé en mai dernier un encan qui a nécessité un travail intensif de quatre mois pour regrouper 50 commanditaires. Or, cette activité a récolté un peu moins de 5000 $. A Montréal, une conférence de Gloria Steinem, organisée par l’Université Concordia, a permis de partager un peu plus de 3000 $ entre deux maisons d’hébergement.

Une affaire de contacts

Plusieurs facteurs font obstacle aux efforts déployés par les groupes de femmes dans le but d’assurer leur financement : la concurrence auprès du public donateur est féroce; les femmes ont obtenu, croit-on, la plupart des gains réclamés; certaines causes sont plus populaires que d’autres, notamment celles liées à la violence, qui sont très médiatisées; les groupes revendicateurs font peur; la sensibilisation et la prévention se vendent moins bien parce que les retombées ne sont pas quantifiables immédiatement. Le principal obstacle réside cependant dans le fait que les femmes ont toujours été en marge du pouvoir et de l’argent, concentrés dans des réseaux masculins. Les groupes de femmes n’ont donc d’autre choix que de conclure des alliances pour aller chercher l’argent là où il se trouve. Le Regroupement des CALACS tente de le faire avec sa campagne en cours, en espérant du même coup convaincre les hommes qu’ils sont les mieux placés pour mettre un terme à la violence sexuelle. Le comité d’honneur est entièrement masculin et sa présidence a été confié à l’ex-premier ministre Pierre-Marc Johnson. La campagne lancée en avril dernier, avec un objectif de 50 000 $, avait recueilli en juillet 10 000 $. « Le deuxième coup de barre, prévu pour l’automne et le début de 1994, nous amènera à intervenir plus directement dans le milieu des affaires, précise Diane Lemieux. Les premiers six mois nous ont permis de constater, une fois de plus, que la levée de fonds est d’abord une affaire de contacts ». Et une affaire de tradition. « Les campagnes de levée de fonds commencent à être efficaces après trois ans », rappelle Céline Signori.

Cette note d’espoir est une bien petite goutte d’eau dans la mer d’insécurité financière où sont plongés les groupes de femmes. L’argent est si rare et le sous-financement des groupes de femmes tellement critique que la solidarité qui s’est établie au fil des ans pourrait en souffrir. « Il faut être très vigilant et poursuivre une réflexion sur cette question », insiste Marcelle Régimbald. Si l’argent ne sort pas, les femmes devront peut-être songer à faire valoir de façon éclatante le rôle essentiel qu’elles jouent. « Imaginez une grève d’un jour de tous les groupes de femmes et de tous les organismes communautaires qu’elles soutiennent, suggère Céline Signori. Les effets seraient tels que cela ferait probablement bouger les choses ».

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