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Les revendications des femmes libanaises sont nombreuses. Sauf au gouvernement, où l’égalité salariale est acquise, les femmes ne gagnent parfois que la moitié du salaire des hommes. Les Libanaises se retrouvent dans toutes les sphères de l’activité sociale et économique, sauf au pouvoir.

Le Liban, personne n’en entendait plus parler depuis trois ans. Une fragile paix avait succédé à dix-sept ans de guerre et aux feux de l’actualité, jusqu’aux attaques israéliennes surprises de l’été dernier. Ce petit pays de 3 millions d’habitants avait à peine commencé à se relever de ses décombres. Encore une fois, il faudra reconstruire. L’économie, effondrée, a entraîné avec elle les revenus et le niveau de vie de sa population. Plus des deux tiers des habitants vivent sous le seuil de la pauvreté. Le quart des Libanais, déplacés, sont réfugiés dans leur propre pays et l’émigration constitue une réelle hémorragie des forces vives du pays. Le Liban, dont la moitié de la population est chrétienne et l’autre moitié musulmane, est une république parlementaire. L’élection d’août 1992 avait suscité l’espoir d’un réel retour à la démocratie. Mais dans les faits, le pays se retrouve décomposé en de multiples communautés, sous le contrôle de milices particulières.

« Il faut repartir à zéro; nous travaillons à améliorer la vie de nos familles mais aussi à reconstruire une société meilleure » , révèle Linda Matar, présidente de la Ligue des droits de la femme libanaise, au cours d’une entrevue accordée à La Gazette des femmes lors de son récent passage au Québec. Pionnière de la promotion des droits des femmes, la Ligue, un organisme non gouvernemental et non confessionnel fondé en 1947, avait suscité à l’époque beaucoup d’opposition. Pour la première fois, des femmes libanaises se regroupaient dans une structure autre que celle d’un organisme de charité. « Aujourd’hui, on reconnaît le bien-fondé de nos revendications tout en nous rétorquant que la reconstruction du pays passe avant toute chose. Mais nous souhaitons reconstruire de façon plus solide ».

Linda Matar, cette petite femme aux yeux pétillants de vie et au large sourire est convaincue, convaincante et surtout persévérante. Elle et ses consœurs, à force de taper toujours sur le même clou, finissent par faire bouger les choses. Il n’y a pas si longtemps, par exemple, une Libanaise devait obtenir l’autorisation écrite de son père ou de son mari pour voyager à l’étranger. Aujourd’hui, cette pratique est révolue. Sur le passeport d’une femme mariée, le nom de son mari, suivi de « née… », a récemment été remplacé par son propre nom suivi de « épouse de… ».

« Avant, confie Linda Matar, nous, de la Ligue des droits de la femme libanaise, étions les seules à fêter la Journée internationale des femmes. Depuis quelques années, le 8 mars est sous le patronage du président de la République et son épouse lance à cette occasion un message aux femmes libanaises. Nous demandons maintenant que cette journée soit reconnue comme fête nationale » .

Des hommes, mais aussi des femmes à gagner à leur cause

La Ligue des droits de la femme libanaise rassemble environ 2000 membres et fait partie du Conseil des femmes libanaises, l’organisme qui représente officiellement les Libanaises auprès du gouvernement. Le Conseil regroupe 120 associations féminines. Les œuvres de bienfaisance y sont cependant bien plus nombreuses que les groupes de pression. « Personne ne reste indifférent face à la question féminine, constate Linda Matar. Des femmes et des hommes appuient nos revendications. Mais trop de femmes nous disent encore : « Retournez dans vos foyers et occupez-vous plutôt de vos enfants ».

Plusieurs hommes qui refusaient que les femmes travaillent à l’extérieur du foyer l’acceptent aujourd’hui, pour des raisons économiques. De plus en plus de Libanaises détiennent un ou plusieurs emplois : une grande partie d’entre elles travaillent dans l’agriculture. « De nombreuses femmes travaillent deux fois plus qu’avant, estime Linda Matar. Il s’agit tout simplement d’une question de survie, lorsqu’on a perdu son père ou son mari dans la tourmente de la guerre ou encore lorsqu’on a une famille à élever ».

Du pain sur la planche

Malgré le fait que les Libanaises bénéficient du droit de vote depuis quarante ans, aucune femme n’a encore occupé un poste de ministre. Cette année, pour la première fois, 3 femmes siègent au Parlement aux côtés de leurs 126 collègues masculins. Et encore, d’après Linda Matar, il ne s’agit nullement d’une victoire, mais plutôt d’une brèche dans ce monolithe masculin, puisque deux de ces femmes appartiennent à la famille du premier ministre.

« Le système électoral actuel ne donne aucune chance aux femmes parce que ce sont des femmes avant tout. Nous luttons pour obtenir une loi électorale démocratique et non confessionnelle, qui n’exige plus, comme c’est le cas présentement, 10 chrétiens, 10 musulmans, 2 maronites, 1 chiite, etc., mais qui permette l’élection des candidates et des candidats les plus qualifiés et les plus représentatifs de la population » .

La Ligue des droits de la femme libanaise exerce actuellement des pressions afin que soient modifiées ou abrogées plusieurs lois discriminatoires envers les femmes. Ainsi, elle souhaite voir abolir au plus vite la législation qui autorise les crimes pour l’honneur et au nom de laquelle des hommes s’octroient encore aujourd’hui le droit de tuer leur fille, épouse, sœur, mère ou même cousine si celle-ci s’engage ou s’ils la soupçonnent de s’engager dans une aventure sexuelle. De même, La Ligue espère bientôt voir abroger la loi qui ne reconnaît pas le témoignage de la femme au tribunal, et milite pour que la femme qui épouse un étranger puisse enfin donner la citoyenneté libanaise à ses enfants.

Avec les rêves et la réalité…

Tout est compliqué dans ce pays où aucun régime de sécurité sociale n’est en place pour faciliter la vie à la population. Il n’existe aucun système d’assurance-chômage. Les écoles publiques ne sont pas assez nombreuses et les établissements privés ont connu une telle hausse de leurs frais de scolarité que l’instruction-surtout celle des filles-est en recul. La Ligue des droits de la femme libanaise réclame l’enseignement obligatoire et gratuit jusqu’à la fin du secondaire. Bien entendu, on est encore loin des congés de maternité payés! Quand au licenciement des femmes salariées pour cause de grossesse, il est encore monnaie courante. Ces situations sont également au nombre des revendications de la Ligue. « On travaille sur tous les fronts, avec les rêves comme avec la réalité », reconnaît, philosophe, Linda Matar.

Outre son rôle de promotion et toutes les pressions que cela implique la Ligue des droits de la femme libanaise offre aux femmes, dans ses centres répartis dans toutes les régions du pays, des cours d’alphabétisation, de dactylographie, de langues étrangères et de couture. De plus, elle forme des enseignantes de maternelle et gère plusieurs garderies et camps d’été.

Liberté, égalité, fraternité

Un des chevaux de bataille de la Ligue des droits de la femme libanaise est d’obtenir une loi civique régissant l’État civil. Aujourd’hui chacune des 17 confessions est régie par une loi différente. Une maronite ne jouit pas des mêmes droits qu’une orthodoxe en ce qui concerne le mariage, les enfants, le divorce, etc. Cette situation cause une discrimination, non seulement entre hommes et femmes, mais aussi entre femmes et femmes ainsi qu’entre hommes et hommes. « Nous n’exigeons pas l’abolition des lois confessionnelles, mais souhaitons au moins donner le choix aux gens entre une loi confessionnelle et une loi nationale », explique Linda Matar.

Linda Matar parle toujours de questions et de mouvements féminins. Elle ne prononce pas le mot « féminisme », mais parle plutôt de l’émancipation des femmes. « Notre mouvement féminin, dit-elle, défend les droits de la femme et il arrive qu’on s’oppose aux hommes parce qu’ils détiennent toutes les clés entre leurs mains. Mais nous ne souhaitons nullement prendre leur place et les envoyer au foyer; nous voulons nous entraider » .

Forte de ses convictions, elle considère que « c’est la société libanaise tout entière qui bénéficierait de l’émancipation de la femme! »

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1 Réaction

  1. André Mainguy

    J’aimerais réagir en parlant de ma mère. Je suis né en 1942.Très jeune, j’ai pu découvrir le talent et le potentiel d’une femme, ma mère. Je suis le dernier d’une famille de 5 enfants. Bien que né dans une famille pauvre, ma mère gérait sa famille, pour qu’aucun d’entre nous subisse les affres de la pauvreté. Elle est née en 1905, aînée des filles d’une famille nombreuse, elle a due abandonner l’école à 12 ans pour aider sa mère.

    Pour tout vous dire, je l’ai trouvé trop exigeante à l’occasion, mais sans son insistance, je ne serais pas devenu ce que je suis et c’est la même chose pour mes frères aînés et ma soeur. Si à cette époque, la femme Québécoise avait pu avoir l’égalité des chances, ma mère aurait pu facilement diriger une entreprise de plusieurs dizaines d’employé(e)s, sans aucune difficulté. A partir de ce moment-là, j’ai fais la promesse de toujours soutenir le combat des femmes, parce que celles-ci possèdent des ressources que bien des hommes n’ont pas. Nous sommes bien différent. Pensons seulement à la satisfaction des gens au travail, les femmes vont s’en soucier, alors que peu d’hommes le font. L’égalité femme/homme ne peut qu’être profitable à tous et à toutes. Je souhaite sincèrement aux hommes de découvrir les richesses que possède la femme, quelque soit le pays.

    Si les pays Scandinaves ont une avance réelle sur les pays du G 8 et du G 20, de même que de l’ensemble des États où les religieux occupent trop d’espace, c’est parce que la femme Scandinave a eu droit à plus de pouvoir et plus tôt que bien des pays. Il suffit de visiter ces pays pour comprendre tout le chemin parcouru par les femmes. Ces pays transpirent le bonheur, on le voit dans les parcs de Stockholm.

    Pour progresser plus vite, les femmes devront avoir le support des hommes de coeur, parce qu’ils savent qu’ils en seront eux-mêmes, gagnants. J’aime que les femmes réussissent, je ne peux que leur dire, bon combat, je suis avec vous.

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