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Le 23 septembre dernier à Québec, la ministre Violette Trépanier lançait la deuxième politique gouvernementale en matière de condition féminine. La politique Un avenir à partager a fait l’unanimité. Cependant, le plan d’action qui l’accompagnait en a déçu plusieurs, laissant, entre autres, les groupes de femmes sur leur appétit.

Prévue pour dix ans, la politique repose sur quatre orientations prioritaires : autonomie économique des femmes, respect de leur intégrité physique et psychologique, élimination de la violence faite aux femmes, reconnaissance et valorisation de leur apport à la société.

Le document de base a reçu un accueil favorable. En fait, toutes et tous reconnaissent que les Québécoises, malgré d’importants acquis, ont encore bien du chemin à parcourir avant d’atteindre la véritable égalité. Bien qu’elles constituent 52 % de l’électorat, elles occupent 66 %, des emplois à temps partiel, gagnent moins de 70 % du salaire des hommes, détiennent 15 % des postes de décision. Ce sont là des chiffres que la ministre cite volontiers. Et personne n’a envie de la contester là-dessus. L’enjeu et les grandes orientations du document rallient également tout le monde.

Là où l’unanimité est plus difficile à faire, c’est au sujet du plan d’action triennal : 135 engagements pris par 44 ministères et organismes gouvernementaux. Ces engagements, qui doivent être réalisés d’ici 1996, sont de trois ordres : sensibilisation, prévention, aide directe.

Déçus des engagements

Déçus, des groupes de femmes n’ont pas tardé à faire connaître leur réaction. Au sortir de la rencontre où la ministre leur avait exposé les grandes lignes de la politique, les porte-parole de 13 groupes ont rencontré la presse. Certes, elles ont reconnu la justesse de l’analyse. « Les orientations et les enjeux sont relativement bien cernés », écrivent-elles dans un communiqué conjoint. « Mais les engagements concrets sont insuffisants » .

Elles auraient voulu : une loi d’équité en emploi qui reconnaisse clairement l’équité salariale, des mesures tangibles pour « soulager la détresse des femmes assistées sociales»; des solutions aux problèmes de santé les plus urgents : cancer du sein, sida, MTS, accès à l’avortement; de l’argent pour les garderies et les travailleuses en garderie; plus d’aide pour les victimes de violence, dont la liste augmente sans cesse; un système de perception automatique des pensions alimentaires.

Encore du pain sur la planche

Au Conseil du statut de la femme, on trouvait la problématique de la politique intéressante. De fait, Un avenir à partager se situe dans le prolongement de Pour les Québécoises : égalité et indépendance, politique d’ensemble sur la condition féminine élaborée par le CSF en 1978 et adoptée par la suite comme politique gouvernementale. Des thèmes reviennent, des têtes de chapitre se ressemblent. Bien sûr, les choses ont bougé et ça se sent. Le droit de la famille et la socialisation des filles prenaient beaucoup de place en 1978, très peu en 1993. C’est qu’il y a eu la réforme du Code civil, la désexisation des manuels scolaires et de nombreuses pratiques éducatives.

Mais, selon Monique des Rivières, directrice de la recherche au CSF, il est difficile d’évaluer la portée des engagements. Ils sont quelquefois imprécis. Et certains gros morceaux manquent. La loi sur l’équité en emploi, par exemple. Le projet plaît au CSF qui, en 1993, en réclamait un qui comprenne toutefois deux volets : accès à l’égalité et équité salariale. Qu’en sera-t-il? Il faudra attendre le texte de loi pour en juger. C’est la même chose pour les services de planification des naissances, pourtant prioritaires, dont le plan triennal ne dit mot : les précisions viendront avec la politique que prépare le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Malgré tout, Monique des Rivières jetait un regard positif sur la politique. « On vit un ressac en matière de condition féminine. Il y a des gens qui disent « les femmes, c’est réglé » . Des pas ont été faits, les mentalités ont évolué, mais ce n’est pas terminé, il reste encore du travail à faire… Cette politique vient nous le rappeler et nous dire que, non seulement la ministre, mais tout le gouvernement le pense ».

La ministre Trépanier s’explique

Le plan d’action en condition féminine décrit les actions que les ministères et les organismes du gouvernement du Québec se sont engagés à réaliser au cours des trois prochaines années. Ce plan a été élaboré sous la coordination de la ministre de la Condition féminine. Mme Violette Trépanier a accepté de répondre aux question de La Gazette des femmes.

Les actions que s’engagent à réaliser les ministères et les organismes semblent loin des grandes orientations énoncées dans la politique. Pourquoi? « C’est évident, reconnaît la ministre Trépanier, que si nous avions élaboré cette politique dans une conjoncture économique plus facile, nous aurions sûrement pu prendre des engagements en plus grand nombre et différents… » Mais, en dépit des critiques, la ministre déléguée à la Condition féminine se dit fière d’avoir réalisé un plan d’action précis, « un instrument de travail auquel les femmes pourront se référer en ces temps difficiles » .

Derrière sa table de travail, la ministre défend sa politique avec ferveur. Elle se demande si les groupes de femmes n’ont pas réagi trop vite. « Ont-elles eu le temps de voir ce qu’il y avait de novateur dans cette politique? »

Car, elle affirme que du neuf, il s’en trouve. A commencer par la démarche. Elle a bien sûr consulté les groupes de femmes, puis les employeurs et les syndicats, mais pas seulement eux. « C’est là que c’est original… Nous sommes allés voir les ministères. Nous leur avons dit : Élaborez-nous des mesures précises et concrètes sur ces quatre grandes orientations. Il nous sont revenus avec des mesures concrètes, ces 135 engagements pris par 44 ministères et organismes, entérinés par les ministres et sous-ministres… une victoire extraordinaire! »

« Il y a donc des points très innovateurs dans cette politique, poursuit la ministre. Par exemple, c’est la première fois que le Québec propose une loi sur l’équité en emploi… » Elle se dit bien décidée à faire adopter cette loi avant les prochaines élections provinciales, « à moins d’un problème majeur ». Cette loi, assure-t-elle, ira beaucoup plus loin qu’une simple loi sur l’équité salariale : elle forcera les organisations de 100 employés et plus (celles des secteurs public et parapublic, et celles du privé qui s’engagent par contrat avec le gouvernement) à assurer l’égalité pleine et entière des femmes. Sous peine de sanctions, elles devront revoir leur mode de gestion. Le plan de redressement qu’elles soumettront ensuite devra être global. « S’il y a un problème de rémunération, elles devront le corriger; mais elles devront aussi tenir compte de la formation des employées et même de la conciliation des activités familiales et professionnelles. C’est un morceau très important, une loi avec laquelle les autres lois devront s’harmoniser… »

Et qu’en est-il des questions chaudes de l’heure?

Garderies

« En fait, dit-elle, ce à quoi je m’engage, c’est à livrer la politique sur les services de garde, telle que libellée en 1989 » . Elle promet donc d’ajouter 30 000 places « en modes de garde divers » d’ici 1996. Depuis 1989, 30 000 places ont été créées et le budget a été porté de 99 millions à 187 millions. Pas question, toutefois, de subventionner les salaires des travailleuses en garderie.

Pensions alimentaires

Québec appliquera, en 1994, les modifications au système de perception annoncées en 1988 : une seule plainte, et le père négligent sera suivi pendant toute une année. Pourquoi pas un système de perception automatique? « Le gouvernement a toujours considéré que le parent responsable n’a pas à être traité sur le même pied que le débiteur fautif. On veut maintenir la responsabilité directe de l’individu » .

Pauvreté

=Le ministre André Bourbeau prépare un plan d’action visant à réduire la pauvreté des familles monoparentales prestataires de la sécurité du revenu.

Violence

« Nous ne diminuerons pas l’aide aux maisons d’hébergement, aux CALACS, aux CAVACS… Au contraire, nous voulons l’améliorer. Mais ces mesures étant en place, nous considérons capital de faire un virage axé sur la prévention » .

Argent

Aux 42 millions réaffectés dans les ministères, s’ajouteront 1, 8 million d’argent neuf (pour des mesures touchant surtout la santé, les services sociaux et l’éducation) et d’autres sommes qui restent à déterminer. « Pour la loi sur l’équité en emploi, par exemple : une certaine somme lui sera affectée, mais c’est difficile de l’évaluer tout de suite… »

Voilà pour l’essentiel. La ministre en convient : les prochaines années ne seront pas faciles. Contre la morosité, elle appelle la solidarité. « Il nous reste à aller chercher l’adhésion de l’ensemble de la communauté québécoise, dit-elle. Nous avons déjà l’assurance des partenaires gouvernementaux. Et des groupes de femmes… je l’espère. »

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