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Le chat est roulé en boule sur le fauteuil. L’odeur du café parfume les chaises de rotin, un chérubin au mur et quelques cailloux glanés sur les plages de la Gaspésie. Un décor inspiré à l’image de celle qui l’habite, la chanteuse Geneviève Paris.

Elle est née en France à Suresne, le Longueuil parisien. A sept ans, elle gribouillait des histoires, à treize ans, des poèmes. Quand l’écriture cessait de lui couler des doigts, elle reprenait le fil sur des accords de guitare. Poussée par son professeur de guitare vers le Conservatoire international de musique de Paris elle en sort, quatre ans plus tard, en juin 1973, avec le premier prix. Douée. Pas surprenant alors que sa musique eut tôt fait d’être appréciée de Julien Clerc et de Maxime LeForestier, avec qui elle joua en tournée pendant quelques années. Quand, en 1978, Geneviève Paris « tombe » pour le Québec, le coup de cœur est réciproque. Entre le vert et le gris, Boulevard du crime et Achevez-moi, tournent à la radio et colorent les états d’âme d’un nombre croissant d’auditrices et d’auditeurs jusqu’en 1983. Elle adopte le Québec et s’y installe à demeure, « parce qu’on vit bien ici, mieux qu’à Paris en tout cas » , dit-elle.

Féministe, Geneviève Paris? Ah oui. Pas de déclarations virulentes ou intempestives dans son discours, mais une façon d’être qui déteint sur ses semblables. « Je suis féministe mais comment dirais-je? -, cela s’intègre à ma vie quotidienne. Plutôt que de dire, j’agis. Lorsque j’ai commencé à jouer de la guitare électrique, par exemple, c’était assez marginal pour une femme. Maintenant, il y en a davantage » . Engagée, on la voit sur toutes les scènes qui portent une cause en bannière comme celle des sages-femmes, de l’avortement ou de la violence faite aux femmes. Membre des Artistes pour la paix, elle rappelle que 3% du budget mondial consacré à l’armement suffirait à contrer la famine dans le monde. « J’endosse ce en quoi je crois. Je ne me fais pas d’illusions sur l’impact de ces spectacles, mais plus les gens seront sensibles à ces questions et plus le gouvernement écoutera » .

La route des spectacles-bénéfices est encore longue, mais pour l’auteure, certains chemins de traverse sont moins ardus à parcourir qu’autrefois. Le langage des femmes en chansons est de ceux-là. « Je me souviens du temps où l’on surnommait Anne Sylvestre la « Brassens en jupon », comme si elle ne pouvait exister que dans l’ombre du grand auteur. Cela a changé. Les textes des femmes ont plus de place qu’avant ». Ses textes à elle, Geneviève Paris nous en a privé pendant huit ans, avant de revenir en force en 1991 avec Miroirs. Un album reflet de son paysage intérieur. Un panorama vibrant, où se frôlent passion, rupture et volupté en autant d’accords : Passages à vide, Nuit noire, Premier amour et Je brûle en témoignent.

L’amour. Tous ses albums en sont teintés « Je fais une thèse de doctorat là-dessus, c’est cela qui me passionne » , plaisante-t-elle. Son prochain disque, qui sortira en mars, ne fera pas exception à la règle. « Mes chansons vont parler d’amour, des relations humaines. Du temps qu’on n’a plus pour voir les amis parce qu’on travaille, de la récession qui nous tient rivés au paiement des factures à la fin du mois » . Elle a trouvé un nouveau langage pour parler des aléas du couple et de la solitude qui jette un froid sur les nuits blanches. « J’ai remarqué que les gens utilisent des termes bancaires pour parler de leur relation. On entend souvent des expressions comme « ma relation est dans le rouge » , « je ne veux pas m’investir à long terme… ». J’en ai fait une liste pour m’en servir dans mes textes. Les gens se replient sur eux-mêmes pour se retrouver, disent-ils, mais je crois que le contraire serait peut-être meilleur pour eux. Tout seul on ne va pas très loin », philosophe-t-elle.

Pour trouver son inspiration, la chanteuse se transforme en papier buvard. Elle respire l’air du temps et l’insuffle à son traitement de texte au petit matin. « C’est le meilleur moment. Je me fais un petit café et je m’installe devant l’écran ou le papier. J’écris ce que mon cerveau a classé pendant la nuit » . Sa muse, c’est sa discipline de travail, celle qui l’assoit à sa table de travail tous les jours pendant ses périodes d’écriture. Un moteur qui prend une semaine ou deux à démarrer mais qui, une fois la vitesse de croisière atteinte, transforme les images en chansons. « Quand je suis dans cet état, ma tête prend des notes tout le temps » .

A 37 ans, Geneviève Paris mesure le juste poids de ce qu’elle veut dire. Dans son bagage de mots, les rivières de sentiments coulent, toujours impétueuses, sous ses rames de papiers. Prochaine escale au printemps, avec la sortie de son nouveau disque.

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