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Grâce à leurs pressions et à leur sens de l’organisation, de nombreux groupes de femmes ont participé en juin dernier à la Conférence de Vienne et ont obtenu que la question de leurs droits y soit discutée. Environ 50% des 7000 délégués au Forum des organisations non gouvernementales (ONG) étaient des femmes et elles ont marqué des points.

C’était la première rencontre internationale sur les droits humains depuis 25 ans. Le texte final de la Conférence de Vienne reconnaît officiellement et distinctement les droits des femmes, ce qui constitue une première. Il stipule en outre que les femmes doivent jouir pleinement et dans des conditions d’égalité de tous leurs droits fondamentaux et demande que cela devienne une priorité pour les gouvernements membres de l’ONU.

De plus, la Commission des droits de l’homme des Nations unies (organisatrice de la rencontre) envisagera la nomination d’une personne agissant comme rapporteuse spéciale auprès de l’ONU, laquelle sera chargée d’enquêter sur les violences faites aux femmes. Dans le texte de la Conférence, on peut notamment lire : « La Conférence mondiale sur les droits de l’homme souligne, en particulier, à quel point il importe de s’employer à éliminer la violence à laquelle sont exposées les femmes dans la vie publique et privée, toutes les formes de harcèlement sexuel, d’exploitation et de traite dont elles sont victimes ainsi que les préjugés dont elles font l’objet dans l’administration de la justice, et à venir à bout des contradictions qui peuvent exister entre les droits des femmes et les effets nuisibles de certaines pratiques traditionnelles ou coutumières, des préjugés culturels et de l’extrémisme religieux » .

Le texte indique aussi que les violations des droits fondamentaux des femmes dans les situations de conflit armé contreviennent aux principes fondateurs des droits de la personne humaine et du droit humanitaire reconnus sur le plan international. « Toutes les violations de cette nature, y compris et en particulier le meurtre, le viol systématique, l’esclavage sexuel et la grossesse forcée, exigent des mesures particulièrement efficaces ».

D’autre part, la Conférence demande que l’on mette un terme à toutes les formes de discrimination occulte ou flagrante envers les femmes et réaffirme le droit des femmes à des soins de santé accessibles et suffisants et à la gamme la plus large possible de services de planification familiale, ainsi qu’à l’égalité d’accès à l’éducation. Elle estime, par ailleurs, que l’Organisation des Nations unies devrait encourager tous les États à ratifier la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes d’ici l’an 2000.

« Pour la première fois, les violations des droits des femmes étaient à l’ordre du jour et ont été dénoncées publiquement. La reconnaissance des droits des femmes, la nomination d’un rapporteur-qui, peut-on espérer, sera une rapporteuse-, et la dénonciation de la violence tant publique que privée constituent des victoires. Toutefois, il faut que les femmes restent vigilantes et s’assurent que la Déclaration de la Conférence soit réellement appliquée dans les faits » , soutient Annette Pyppos, la responsable du programme contre la violence mondiale faite aux femmes au Centre international Match d’Ottawa. Selon elle, les femmes ont réalisé des gains qu’elles doivent maintenant transformer en acquis.

Un long processus

La marche des femmes vers la reconnaissance de leurs droits est longue. En 1975, Année internationale des femmes proclamée par l’ONU, se déroulait la Conférence mondiale des femmes de Mexico, et l’année suivante, commençait la Décennie des femmes, sous le thème « Égalité, développement et paix ». Puis, en 1980, une deuxième conférence avait lieu, cette fois à Copenhague, au Danemark. Cinq ans plus tard, à la conférence de Nairobi, au Kenya, 80 pays ratifiaient la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes. Au Forum des ONG, à Nairobi, 14 000 femmes ont adopté les stratégies prospectives d’action, ayant comme but l’amélioration des conditions des femmes d’ici l’an 2000.

Ces stratégies, 371 paragraphes en tout, découlent du principe voulant « que le développement des femmes entraînera le développement de toutes les sociétés, que l’égalité entre hommes et femmes contribue à la paix, que le rôle pivot de femme dans la société et la force productrice essentielle qu’elle représente dans toutes les formes d’économie doivent être reconnus et évalués à leur juste valeur » .

Selon Louise Bergeron-de-Villiers, coordonnatrice par intérim de Condition féminine Canada, la situation des femmes dans le monde a marqué des points. Elle explique, par exemple, que l’on parle maintenant davantage de la violence faite aux femmes, que, de plus en plus, les femmes s’organisent pour faire valoir leurs points de vue et que les gouvernements sont peut-être davantage intéressés par les questions propres aux femmes. Elle précise que depuis 1985, la situation politique et économique mondiale a énormément changé. « Je pense qu’il y a eu des progrès, mais le danger, c’est que lorsqu’il y a des difficultés économiques, les femmes perdent un peu, même si ce n’est pas voulu » , souligne-t-elle.

Lors de la quatrième Conférence mondiale, qui aura lieu à Pékin, en 1995, les femmes traceront un bilan de tout ce qui a été réalisé depuis dix ans, incluant les gains de la Conférence de Vienne, et de ce qui reste à accomplir au regard des stratégies prospectives d’action. Les femmes y approuveront, en fonction de ce qui a été décidé à Nairobi, un plan d’action dont les grandes lignes ont déjà été adoptées par la Commission de la condition de la femme de l’ONU.

« Le défi, pour les pays membres, est de s’assurer qu’il y ait une bonne préparation nationale et régionale pour qu’on puisse vraiment y dégager des priorités mondiales », conclut Mme Bergeron-de-Villiers.

Une Québécoise témoigne à Vienne

Agressée sexuellement puis sauvagement battue en 1988, Johanna vit aujourd’hui clouée à un fauteuil roulant. Douloureusement marquée par ce drame, elle a décidé de défendre les droits des femmes victimes d’agression sexuelle. C’est pourquoi elle a accepté de représenter le Canada à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme à Vienne.

En marge des travaux des délégations officielles, le Forum des organisations non gouvernementales (ONG) avait organisé un « tribunal global », qui se voulait une tribune permettant de mettre en lumière les violations des droits des femmes à l’échelle internationale.

Tout comme 24 autres femmes, issues de différents pays, Johanna a témoigné devant ce tribunal. Pendant une vingtaine de minutes, elle a raconté son cauchemar en insistant sur les difficultés rencontrées devant les tribunaux et les obstacles pour obtenir des gouvernements le soutien nécessaire, notamment sur le plan financier.

Pour briser la solitude et se raccrocher à la vie, Johanna a commencé à travailler auprès des femmes victimes d’agression sexuelle deux mois après son propre drame. « J’étais dans mon logis, le système ne travaillait pas pour moi, je venais de perdre tous mes rêves. Je n’avais plus d’amis. C’était l’enfer! » Aujourd’hui, Johanna a élargi son intervention. « J’ai cassé le mur du silence ». Elle accorde des entrevues aux médias et visite des élèves du primaire et du secondaire. En racontant son histoire, elle veut sensibiliser les jeunes à la violence faite aux femmes. « J’ai subi tout cela seulement parce que j’ai dit à un homme un petit mot de trois lettres : NON » .

C’est après avoir lu le drame de Johanna dans un quotidien que le Centre international Match d’Ottawa membre du comité préparatoire du tribunal global, lui a demandé d’y représenter le Canada. Johanna a préparé son témoignage avec le soutien de Match et du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Hull (CALACS). « Vienne m’a donné plus de détermination pour me battre pour les droits des femmes au Canada. Je suis capable de parler pour celles qui en sont incapables » , affirme-t-elle.

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