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C’est son documentaire sur le drame de Polytechnique, Au-delà du 6 décembre, qui l’a fait connaître. Maintenant cinéaste permanente à l’ONF, elle vient tout juste de compléter un second documentaire, cette fois, sur la jeunesse.

Décembre 1989. Un homme armé s’introduit dans l’École Polytechnique de Montréal et fait feu sur des femmes. Il en abat 14. Devant sa haine des féministes que l’assassin clame haut et fort, une étudiante, Nathalie Provost, s’écrie spontanément : « Mais on n’est pas des féministes! » Il la blesse de quatre balles.

Un an plus tard, Catherine Fol, alors stagiaire à l’Office national du film, décide de faire de Nathalie Provost le personnage principal de son premier documentaire. Au-delà du 6 décembre se voulait le témoignage d’une jeune ingénieure qui refuse de se considérer comme une victime et se distancie publiquement du mouvement féministe.

« Si j’avais été une féministe des années 70, explique Catherine Fol, j’aurais sans doute fait un film sur l’une des filles qui n’est pas parvenue à se relever psychologiquement du drame de Polytechnique. Ce n’est pas un hasard si j’ai porté mon choix sur une femme qui s’en sort. La bataille féministe est loin d’être totalement gagnée, mais je crois fermement que si on veut faire avancer les choses, il faut cesser de projeter une image de victimes et agir comme des gagnantes ».

A la sortie de son film, la cinéaste s’est attiré les foudres de plusieurs féministes : « On m’accusait d’être contre le féminisme, alors que c’est une cause qui me tient à cœur… » De leur côté, des hommes qu’elle qualifie de machos se sont servis d’Au-delà du 6 décembre comme d’un prétexte pour s’en prendre aux féministes, à la grande consternation de la cinéaste.

A 28 ans, cette petite blonde à la voix douce n’est pas du genre à rentrer la tête dans les épaules. Son dernier documentaire sur le thème de la jeunesse constitue une tentative de revalorisation des jeunes d’aujourd’hui, à qui l’on attribue la peu reluisante réputation de n’avoir aucune opinion, aucune volonté de contestation et pas une once de motivation!

Une autre petite bombe qui risque encore une fois d’exploser à la figure de ses aînés… « A partir du moment où tu admets sereinement que les générations passent, tu ne te vois plus comme quelqu’un qui va « finir », explique-t-elle. Or, la majorité des baby boomers refusent d’accepter qu’ils vieillissent! J’ai bien peur que le film ne les mette devant le fait accompli : ils ne sont plus « les jeunes » de la société. D’autres, pleins d’espoir et d’idéaux, sont en train de prendre la relève ».

Catherine Fol aussi a vieilli. Une fois la poussière soulevée par la controverse d’Au-delà du 6 décembre retombée, elle a réfléchi pour finalement constater que ses opinions sur le féminisme n’avaient pas changé. Elles se sont simplement précisées. « Quand je vois une fillette de 10 ans briser du revers de la main une planche de bois dans un cours d’autodéfense, je me dis que la solution aux problèmes des femmes réside en grande partie dans l’affirmation, la confiance en elles-mêmes et la reconnaissance de leur force physique et psychologique » .

Celle qui s’est d’abord intégrée au monde majoritairement masculin du génie pour ensuite se tailler une place enviable dans le difficile milieu du cinéma se considère comme une féministe. Mais à cette étiquette elle s’empresse d’accoler un qualificatif : jeune féministe ou féministe nouveau genre… parce qu’elle dit ne pas se reconnaître dans le féminisme de la génération qui l’a précédée. « Les filles de mon âge veulent être les égales des hommes. En ce sens, elles ont bien intégré la lutte des féministes qui les ont devancées. Mais elles refusent de s’enfermer dans le ghetto féministe, conçu pour les femmes, par les femmes… » Selon Catherine Fol, pour établir un rapport égalitaire avec les hommes, les femmes doivent se comporter non seulement comme des gagnantes, mais reconnaître du même coup leurs propres torts!

Déterminée, brillante et pleine d’idées, la cinéaste est là pour rester. Elle souhaite que le féminisme sache évoluer et que les quelques féministes qui l’ont arbitrairement accusée d’être contre « la cause » tendent l’oreille. Sinon, tant pis; elle parlera quand même!

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