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« Les études féministes démontrent que le ballet classique a été créé pour être vu par les hommes, affirme Dena Davida. La danse moderne, elle, est une création des femmes ». La vice-présidente du Festival international de nouvelle danse est au nombre de celles qui forgent la nouvelle danse québécoise depuis plus de quinze ans en permettant à de nombreuses jeunes chorégraphes de présenter leurs premières œuvres.

Née à New York, d’une mère écrivaine et aventurière, la jeune Dena a passé le plus clair de sa jeunesse entre deux destinations avant de s’installer en Californie où elle entreprit des études universitaires. « C’était l’époque où on vous arrêtait dans la rue pour vous sensibiliser à toutes les causes : la paix, le Viêt-Nam, les femmes ». Un bouillon révolutionnaire dans lequel elle ne tarda pas à plonger. « Ma mère m’avait offert le livre de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, lorsque j’étais à l’école secondaire. Cela m’a permis de réfléchir à un certain nombre de questions » . Des questions qu’elle a reprises au sein de regroupements de femmes assoiffées de réponses et de justice. Leurs réflexions allaient les mener beaucoup plus loin que l’obtention d’un baccalauréat. « Le lendemain d’une de ces réunions, j’ai eu un éclair. Je me suis dit que je pouvais tout faire dans la vie, qu’il fallait que je me prenne en main et que je choisisse un métier » .

Dena Davida nourrissait plusieurs passions dont le théâtre et la danse. Encore tout imbibée du discours parfumé des enfants fleurs, ne sachant plus par quelle passion se laisser dévorer, elle prit la direction de Minneapolis, un grand creuset culturel des années 70. « Et c’est là que la danse m’a choisie; je l’ai préférée au théâtre où il fallait se glisser dans une autre peau que la sienne. J’aimais mieux la communication des corps, le contact direct » .

Nomade comme sa mère, Dena traverse bientôt la frontière toute proche pour voir de plus près le paysage canadien. De Vancouver à Saint-Jean, Terre-Neuve, ses pas l’amènent d’un océan à l’autre avant de s’arrêter, pour de bon, dans sa nouvelle oasis, le Québec. « C’était pour moi le meilleur des deux mondes ». Un mélange d’Amérique enrobé d’Europe, au cœur duquel vibrait l’expression de la nouvelle danse. « On sentait que c’était sur le point d’exploser, mais les structures manquaient pour canaliser cette énergie ».

Tout en travaillant comme bénévole dans un centre d’aide aux victimes de viol, la nouvelle Québécoise a vite trouvé le moyen d’endiguer cette effervescence. « A cette époque, Chantal Pontbriand dirigeait le service d’animation du musée des Beaux-Arts de Montréal. Elle organisait des séries culturelles et je lui ai demandé de me prêter une salle pour permettre à quelques chorégraphes de présenter une création. Elle a accepté » . Le succès fut tel qu’on répéta l’expérience en invitant des chorégraphes canadiens et américains.

Pendant que la nouvelle danse prenait d’assaut les planches du musée, Dena Davida multipliait ses activités en créant « Qui Danse? » et « CATPOTO », deux collectifs qui organisaient des spectacles regroupant chorégraphes et danseurs. En 1981, avec deux amis, elle crée Tangente, un lieu de création et de diffusion pour les artistes en danse actuelle. « Notre premier local, un petit loft, était situé sur le boulevard Saint-Laurent. Pendant les spectacles, on entendait le locataire au-dessus nourrir son chat » , se souvient-elle en riant.

L’énergie débordante de la directrice artistique ne devait pas s’arrêter là. Avec ses grandes complices, Chantal Pontbriand et Diane Boucher, elle met sur pied en 1985 le Festival international de nouvelle, danse, pour permettre aux amateurs de connaître les nouveaux courants, québécois, espagnols, britanniques, français.

Avec toutes ces activités, Dena Davida ne danse plus. « J’aimerais y revenir mais depuis trois ans, je n’ai plus le temps ». Entre deux réunions et trois voyages, Tangente et le Festival, son chum, ses amis et sa famille, on s’étonne presque qu’elle trouve du temps pour ses charges de cours à l’UQAM et à l’Université de Sherbrooke. Quand elle regarde ses étudiantes à qui le mot féminisme donne souvent de l’urticaire, elle sourit. « Elles ont intégré ce que nous avons défendu. Elles savent qu’elles peuvent tout faire. Elles ont des modèles comme Louise Lecavalier, de la troupe La La La Human steps » . Et comme Dena Davida…

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