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Parmi la cinquantaine de pays ouverts à l’adoption, une dizaine acceptent de confier leurs enfants à des célibataires. Je ne vivais pas en couple, et à mesure que j’avançais en âge, je voyais mes possibilités d’avoir un enfant diminuer. L’adoption est alors devenue la solution la moins problématique pour moi », raconte Louise, aujourd’hui mère d’une petite fille adoptée en Chine.

La parentalité emprunte, aujourd’hui, des voies multiples. C’est dans ce contexte que s’inscrit dorénavant le choix, pour les femmes, non seulement d’avoir des enfants, mais aussi des conditions dans lesquelles elles deviendront mères. « A 33 ans, sans conjoint, l’adoption demeure pour moi une heureuse façon de concilier mon désir d’enfant et celui de donner une famille à un enfant qui n’en a pas » , explique Jacqueline Bissonnette, actuellement en démarche pour adopter un enfant à l’étranger. « Je ne pouvais pas concevoir de me faire faire un enfant et de devoir ensuite partager ma vie avec le père », ajoute-t-elle.

Mère courage

Doris Hardy a fait une première demande d’adoption en 1984 : « Déjà, le Code civil reconnaissait le droit aux célibataires d’adopter un enfant. Mais j’ai l’impression que mon dossier a longtemps traîné sur les bureaux, et qu’il n’a pas été traité de manière équitable. Comme si c’était anormal, pour une femme seule, de désirer un enfant. Il n’y a pourtant pas d’assurance tous risques qui préserve les couples d’un divorce » .

Monique Marchand travaille au service d’adoption du Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse de Montréal. Implantés dans toutes les régions du Québec, ces centres gèrent à la fois les demandes d’adoption pour le Québec et une partie des modalités exigées par certains pays étrangers. « Les demandes d’adoption des célibataires sont traitées de la même manière que celles des couples, affirme-t-elle. Mais les délais peuvent effectivement être plus longs pour les personnes seules; nous devons tenir compte des besoins de l’enfant qui, bien souvent, a déjà séjourné en famille d’accueil. Et nous devons également respecter les souhaits des parents naturels, qui peuvent avoir montré une préférence pour un couple » .

Au Québec, comme ailleurs en Occident, la contraception, l’avortement, et la plus grande tolérance à l’endroit des mères célibataires ont considérablement réduit le nombre d’enfants « adoptables », reléguant du même coup les crèches d’autrefois au grenier de l’histoire. « En 1993-1994, 79 enfants du Québec ont été adoptés, dit Monique Marchand. Environ 180 personnes, dont une quinzaine de célibataires-majoritairement des femmes, -sont toujours en attente » . Des futurs parents qui devront compter entre huit et dix ans avant d’accueillir un enfant québécois. Il n’est donc pas étonnant que l’adoption internationale ait connu ces dernières années, un essor important. Depuis l’entrée en vigueur, il y a cinq ans de la loi concernant l’adoption, environ 700 enfants étrangers viennent chaque année combler de nouveaux parents. Les règles des pays étrangers ne s’appliquent qu’aux seuls couples, mariés de surcroît, mais l’adoption internationale entrouvre petit à petit ses portes aux femmes qui, bien que célibataires, veulent être mères. En 1990, 3% des personnes qui ont fait une demande d’adoption au Canada étaient des personnes seules, une proportion semblable à celle du Québec.

Les bonnes destinations

Pour adopter à l’étranger, les célibataires, tout comme les couples, peuvent emprunter trois voies différentes : confier leur dossier au Secrétariat à l’adoption internationale-rattaché au MSSS, passer par une agence agréée ou encore faire personnellement toutes les démarches. « Mais il peut être hasardeux de se lancer seul dans cette aventure. Des organismes, ici comme à l’étranger, exploitent les gens. Et le code d’éthique de certains avocats n’est pas toujours très rigoureux. Sans compter la barrière de la langue, qui ne facilite pas les démarches juridiques. Ça peut donc coûter très cher, pour un enfant qui n’arrivera jamais », explique Georges Dahmen, directeur du Secrétariat à l’adoption internationale. Ginette-France Thomas en sait quelque chose : « Un contact privé au Salvador m’a proposé une petite fille en janvier 1992. J’ai passé un mois avec elle, l’été suivant, mais elle n’est entrée au pays qu’en février dernier. Mon dossier a été bâclé, les tracas de tous ordres se sont multipliés, et certaines personnes douteuses ont empoché beaucoup d’argent. Éleonor est maintenant ici, avec moi, et les angoisses, le gouffre financier sont choses du passé. Mais je conseille aux personnes qui veulent transiger avec des contacts privés d’être très vigilantes et surtout, de ne pas verser un sou avant d’avoir la certitude qu’elles auront un enfant, et que les démarches auront été faites dans les règles » .

Les agences sont des organismes à but non lucratif accrédités en fonction de critères très précis par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Plus de la moitié des 687 adoptions faites à l’étranger en 1993-1994 ont été pilotées par des agences. Pour sa part, le Secrétariat à l’adoption internationale prend en charge les dossiers des personnes qui souhaitent adopter dans un pays non desservi par une agence québécoise.

A l’heure actuelle, 15 agences assurent le relais avec une vingtaine de pays. « La Chine, la Russie et Haïti demeurent, de façon générale, les destinations les plus importantes, et probablement les plus accessibles aux célibataires », dit Georges Dahmen. La Bulgarie, le Mexique, le Vietnam ouvrent également leurs portes aux femmes seules. Et officieusement, la Roumanie. « Même si ses critères officiels excluent les célibataires, toutes les demandes que nous avons soumises à ce pays depuis notre ouverture, en 1991, ont été acceptées » , révèle Louise Simard, directrice générale de L’Agence québécoise d’adoption internationale. Nous avons une centaine d’adoptions à notre actif, et parmi elles, nous comptons six femmes célibataires. Ces candidatures, pour lesquelles nous avons dû demander une dérogation, ont été étudiées cas par cas, puis acceptées. Lasse d’attendre que le Québec comble ses espoirs, Doris Hardy a trouvé en Roumanie l’enfant promise. « Je suis allée chercher ma fille en avril dernier. Rachel-Maud, qui a aujourd’hui quatre ans, est une enfant extraordinaire » , assure-t-elle.

L’évaluation

Pour une personne seule ou pour un couple, les démarches préalables à l’adoption demeurent les mêmes. Entre autres formalités, l’évaluation psychosociale demeure une étape obligatoire et déterminante. « On vérifie alors les motivations des requérants, leur mode de vie, leur stabilité émotive, leur ouverture à d’autres origines ethniques, leur situation financière et leur état de santé. Et nous ne sommes pas plus sévères à l’endroit des célibataires », précise Monique Marchand. « Il est certain que les postulants se sentent scrutés, mais moins de 5% des demandes aboutissent à un refus. Le célibat, la situation financière ou un handicap physique ne sont pas, a priori, des critères de refus » .

« Je n’ai pas eu l’impression d’avoir été évaluée plus sévèrement. On a peut-être insisté davantage sur mon organisation personnelle et sur le soutien que m’accordait mon entourage, explique Louise, mère de Noémie depuis mars 1993. A mon arrivée en Chine, on m’a également demandé comment je m’organiserais, au quotidien. Ma mère avait fait le voyage avec moi, ce qui n’a sûrement pas nui » . « C’est important de démontrer que ta famille, tes amis appuient ta démarche, que tu as un réseau bien établi autour de toi » , ajoute Doris Hardy.

« J’ai trouvé l’évaluation difficile et stressante, parce que c’est là que tout se joue. On sent bien, comme célibataire, qu’on est hors norme à côté de tous ces couples, dont plusieurs ont des problèmes de fertilité. Je sentais également un certain malaise devant cette absence d’une personne dans ma vie; s’il n’y a pas de conjoint dans les parages, on s’inquiète que tu puisses être homosexuelle, confie Jacqueline Bissonnette. Mais maintenant ça y est, j’ai passé l’examen et j’espère bien adopter un enfant russe d’ici la fin de 1995 » .

Pour arriver à leurs fins, les futures mères devront s’armer de patience et amasser leurs sous. Après une attente qui peut varier de 6 mois à 3 ans, il faudra débourser de 7000 à 15 000 dollars pour adopter un enfant à l’étranger. « Mais je sais maintenant pourquoi il m’a fallu tout ce temps : j’attendais cette enfant qui m’était destinée » , conclut Doris Hardy.

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