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Depuis 25 ans, Louise Laprade se donne tout entière à un art qui, selon elle, ouvre l’esprit et l’âme du public.

Elle a cofondé et dirigé le Théâtre expérimental des femmes de 1978 à 1984. Elle n’a cessé de brûler les planches des théâtres montréalais dans des pièces aussi colossales qu’Andromaque, Les Troyennes, Boujour, Là, Bonjour… Les téléspectatrices la connaissent pour son personnage de Paula Melançon dans Marilyn et les gens de théâtre la considèrent de plus en plus comme une metteure en scène solide.

Elle s’appelle Louise Laprade et c’est une passionnée. Cela se voit dans ses gestes vifs, dans son regard animé et chaleureux et surtout dans son discours riche en mots comme « rêve » « utopie », « lumière »… Depuis sa sortie du Conservatoire de Montréal, il y a vingt-cinq ans, elle se donne tout entière à un art qui, selon elle, ouvre l’esprit et l’âme du public.

Duo pour voix obstinées, la pièce de Maryse Pelletier dont elle signe la mise en scène pour le Théâtre populaire du Québec ce printemps, peut a priori ressembler à une banale histoire d’amour. Un homme et une femme se rencontrent, tombent follement amoureux, décident de partager leur intimité et se quittent au bout de cinq ans, non sans heurt.

« Leur relation ne durera pas toute la vie, mais elle représente néanmoins un passage important pour chacun d’eux, explique Louise Laprade. Catherine et Philippe se livreront une guerre de sentiments à laquelle le public assistera. Un an après avoir rompu, ils se reverront, meurtris, mais conscients d’avoir parcouru un bon bout de chemin vers la connaissance de soi. « On ne vit pas toute cette souffrance inutilement » , soutient Louise Laprade. Dans la pièce, Philippe, interprété par René Gagnon, apprendra beaucoup de cette rupture. Cet homme d’action obsédé par la réussite s’isolera à la campagne pour reprendre contact avec ses émotions. De son côté, Catherine, jouée par Linda Roy, luttera contre la vieille tentation de se replier sur elle-même et de ne miser que sur le couple, la maison… Elle s’ouvrira au monde et s’exprimera par la danse. « Comme beaucoup de femmes, Catherine n’a pas appris à s’imposer sur la place publique, décrit la metteure en scène. A travers cette expérience, elle y parviendra ».

La place publique, Louise Laprade l’a prise d’assaut avec le Théâtre expérimental des femmes. « On avait décidé de faire de la création strictement entre femmes, parce qu’on avait réalisé que tant et aussi longtemps qu’on travaillerait avec des hommes, on ne réussirait pas à développer l’imaginaire féminin et à faire en sorte que des femmes dirigent des théâtres, signent des mises en scène ou des éclairages » , se souvient-elle.

Mais un jour, la comédienne a éprouvé la violente envie de se colleter à une autre réalité. « Tant qu’on était dans notre garde-robe, ça allait. Cependant comme artiste, je ne peux pas me répéter sans cesse et mener toujours les mêmes combats. J’ai vécu une crise pendant laquelle je me suis demandé pourquoi j’avais perdu dix ans de ma vie à faire ça… Et puis j’en avais assez de vivre avec 4000 $ par année! J’ai ressenti la nécessité d’exercer mon art ailleurs » .

Louise Laprade reconnaît maintenant que ces années difficiles ont été nécessaires pour faire avancer la cause des femmes. « Aujourd’hui, presque tous les théâtres sont dirigés par des femmes. C’est merveilleux et phénoménal » . De plus, cette expérience lui a permis de trouver sa voie. « J’ai toujours su que le Théâtre expérimental des femmes allait me donner les outils qui me permettraient de développer ma créativité et d’affronter le monde! », conclut-elle en riant.

Selon Louise Laprade, le militantisme féministe existe toujours. Il a simplement pris une autre forme, plus discrète, certes, mais néanmoins efficace. Par exemple, la metteure en scène qu’elle est devenue refuse de monter des pièces qu’elle considère sexistes.

La comédienne se surprend parfois à rêver d’être écrivaine, lovée dans la chaleur de sa maison, loin des gens et de l’agitation. Mais la rêverie ne dure jamais longtemps : sa passion des planches finit toujours par la rattraper. .

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