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Au moment où le Québec bâtit un nouveau projet social, les femmes prennent leurs affaires en main et vont le manifester à pied.

« Nous attendons 10 000 personnes devant le parlement de Québec le 4 juin et nous attendons surtout des réponses positives à chacune de nos revendications » , lance Michèle Rouleau, coordonnatrice de la grande marche des femmes qui reliera Montréal à Québec pendant 10 jours, à compter du 26 mai prochain.

C’est pour sensibiliser le gouvernement et la population à la pauvreté des femmes que la Fédération des femmes du Québec (FFQ) a conçu et démarré ce projet. « L’idée était dans l’air et elle a su rallier une quarantaine de groupes dès que nous l’avons mise sur table » , évoque Françoise David, présidente de la FFQ. Réalisable, un événement d’une telle envergure? La question ne s’est même pas posée. La Table de concertation formée d’organismes provinciaux et régionaux tant féministes, communautaires, syndicaux que religieux s’est tout de go mise au travail. Il fallait avant tout faire consensus sur des revendications réalistes et concrètes visant à améliorer les conditions socio-économiques des femmes. On en a retenu neuf relatives au travail, aux pensions alimentaires, au logement, à la formation professionnelle, au parrainage des femmes immigrantes, aux frais de scolarité et à l’augmentation des bourses.

« La recherche de concertation donne beaucoup de crédibilité et d’originalité au projet, fait remarquer Michèle Rouleau. Les femmes font plus que pleurer sur leurs malheurs respectifs. Elles s’entendent sur des dénominateurs communs et exigent des améliorations tangibles, et ce, quels que soient les objectifs particuliers de l’un ou de l’autre groupe. Ceci ne signifie pas qu’il puisse y avoir des approches déterminées auxquelles on doive s’ajuster. Les besoins des femmes autochtones en matière de logement en milieu urbain, par exemple, sont différents. Il en est ainsi pour la revendication sur le parrainage qui ne concerne qu’un groupe. Cependant, les immigrantes trouvent à cette vaste tribune un lieu de sensibilisation des autres femmes du Québec à leurs problèmes ».

Battre le fer

« Il est sûr que pour plusieurs de nos demandes, il y a déjà des pas de faits ou des promesses électorales en attente de réalisation. Pensons, par exemple, à la perception automatique des pensions alimentaires ou à une loi sur l’équité salariale. Même là, il faut continuer de battre le fer, ne pas accepter de compromis », fait valoir Françoise David.

Au moment où le Québec est en train de bâtir un nouveau projet social les femmes prennent leurs affaires en main et vont le manifester par ce geste de solidarité. « J’espère qu’on va nous entendre, souhaite Jacqueline Martin, présidente de l’AFÉAS. Ce sont des demandes minimales que nous adressons au gouvernement. Prenons, entre autres, la recommandation sur la formation « des femmes sans chèque » . Il est grand temps qu’on oriente ces femmes vers des débouchés prometteurs ». Pour Josée Belleau, agente de liaison à L’R des centres de femmes du Québec, la mise sur pied d’infrastructures sociales avec des emplois accessibles aux femmes est loin d’être une idée irréalisable. « Les réseaux communautaires existent déjà et ils fournissent d’énormes services difficiles à comptabiliser selon les règles du marché. Si on est capable d’injecter des millions de dollars dans l’infrastructure des routes et des ponts et chaussées avec un objectif de création d’emplois, pourquoi ne pas le faire pour le développement social? Ce sont surtout des femmes qui travaillent à faible salaire dans ces réseaux où la demande de services est de plus en plus criante et où les coupures se font le plus sentir en période d’austérité » .

Faire avancer les dossiers

La grande marche des femmes n’a pas pour objectif de régler tous les problèmes socio-économiques des femmes, d’instaurer le plein emploi ni de remettre toutes les chômeuses et les assistées sociales sur le marché du travail. Toutefois, Claudette Champagne, du Front des personnes assistées sociales, croit qu’on peut faire avancer des dossiers. « Il est inadmissible, par exemple, que les personnes qui participent aux mesures d’employabilité-en majorité des femmes-ne soient aucunement protégées par la Loi sur les normes du travail. Aucunes vacances, aucun congé, aucune protection en cas de congédiement. N’est-ce pas un minimum à exiger? »

Selon Ghislaine Paquin, d’Au bas de l’échelle, l’augmentation du salaire minimum permettra à des milliers de femmes de se sortir de la pauvreté. « Près des deux tiers (61% ) des personnes payées au salaire minimum sont des femmes » , dit-elle. Une mesure qui peut être impopulaire auprès des employeurs et qui risque de ne pas recevoir l’aval du gouvernement? « Sans doute rétorque-t-elle. Mais études et chiffres à l’appui, on peut convaincre la population et les décideurs que l’augmentation du salaire minimum est un facteur qui favorise l’incitation au travail et augmente la richesse collective » .

Au-delà des 200 kilomètres

Françoise David, Michèle Rouleau et Jacqueline Martin s’entendent pour dire que cette marche des femmes, c’est beaucoup plus que parcourir 200 kilomètres à pied. Les rencontres, discussions, échanges, recherche de consensus entre groupes de femmes, pendant près d’une année, sont des activités tout aussi importantes que la marche elle-même. La sensibilisation du caucus des députés, de l’entreprise privée, la préparation des documents d’information sur chacune des revendications sont autant d’éléments rassembleurs qu’on peut déjà inscrire à l’actif de cette randonnée particulière.

Dès le lancement officiel de la marche, en novembre dernier, une cinquantaine de femmes se sont inscrites pour effectuer les 200 kilomètres. Des centaines d’autres sont prêtes à se joindre au peloton de départ pour de plus courtes distances. Un peu partout, des groupes organisent hébergement, activités, conférences de presse ou cueillettes de fonds. « Bref, tout est en marche pour ce grand rassemblement des femmes auquel se joindront des hommes et des enfants » , précise Michèle Rouleau.

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