Aller directement au contenu

En novembre prochain, des élections auront lieu dans près de la moitié des municipalités du Québec. Les femmes seront-elles encore peu nombreuses à se présenter comme mairesses ou conseillères municipales?

Plus d’opposition la première fois

Qu’est-ce qui différencie ou rapproche les mairesses québécoises de leurs collègues masculins?

C’est ce qu’ont tenté de savoir la professeure Evelyne Tardy de l’UQAM et son équipe auprès de quelque 88 mairesses et 249 maires du Québec

Parmi les différences :

  • Quels que soient les groupes d’âge, les mairesses sont beaucoup plus scolarisées que les maires : plus du tiers d’entre elles ont un diplôme universitaire comparativement au quart des maires.
  • Avant d’accéder à la tête de leur municipalité, les mairesses ont davantage milité dans des partis politiques et des organismes communautaires que leurs homologues masculins Leur militantisme s’est exercé dans les groupes de femmes, les organismes sociaux ou culturels, et celui des hommes, dans les groupes économiques, syndicaux ou sportifs.
  • Moins de mairesses que de maires occupent un emploi rémunéré en dehors de leur fonction à la mairie; elles se consacrent donc plus souvent à cette fonction à temps plein.
  • Les candidates à la mairie font face à davantage d’opposition, surtout dans les grandes villes, quand elles briguent les suffrages pour la première fois. Cette opposition s’atténue lors d’un renouvellement de mandat. Deux mairesses sur trois perçoivent de la discrimination en politique alors que la presque totalité des maires pensent le contraire!

Parmi les points communs :

  • Une structure d’âge comparable (53 ans en moyenne chez les femmes; 52 chez les hommes);
  • la majorité vivent en couple et ont des enfants;
  • un milieu familial économiquement privilégié et fortement politisé, dans la plupart des cas;
  • une vision similaire de leur fonction, c’est-à-dire à la fois administrative et politique.

Les élues municipales actuellement en fonction ont besoin de renfort : elles n’occupent que 8, 9% des postes de maires et 19, 5% des postes de conseillers. Au rythme actuel d’augmentation de leur participation, soit une moyenne de 0, 05% par année, il faudra attendre 80 ans avant de les voir atteindre l’égalité de représentation!

Comment expliquer une progression si lente alors que le milieu municipal semble, de prime abord, le plus accessible des paliers politiques? On peut avancer plusieurs explications. D’abord, le droit de vote et d’éligibilité sans restrictions pour les femmes ne date que d’une vingtaine d’années dans l’ensemble des municipalités. «La tradition ne joue donc pas en faveur des femmes à ce niveau», explique Evelyne Tardy, professeure au département de science politique de l’Université du Québec à Montréal.

«En outre, le milieu municipal est un milieu difficile à pénétrer, précise-t-elle : il est très conservateur, plus encore que les autres paliers politiques. D’autre part, il y a peu de partis au municipal, particulièrement dans les municipalités plus petites. Et les partis facilitent l’accès aux femmes en politique : elles ne se présentent pas d’elles-mêmes, il faut aller les chercher». Enfin la nature de certains dossiers qu’on y traite, (voirie, infrastructures, etc. ) donne l’impression que les compétences techniques doivent y dominer. Pourtant, les champs de compétence municipaux couvrent beaucoup plus large et présentent plus d’intérêt social : aménagement de l’espace, sécurité,

loisirs, garderies, facteurs qui ont une influence immédiate sur la qualité de vie des citoyennes et des citoyens. Pourtant, aussi selon Caroline Andrews, de l’Université d’Ottawa, «les études démontrent que les femmes jouent un rôle clef pour introduire de nouveaux dossiers sur la scène municipale parce qu’elles ont milité dans les secteurs traditionnels».

Lieu stratégique

Le secteur municipal est un palier politique important et est appelé à le devenir de plus en plus dans le contexte actuel de décentralisation et de régionalisation. «Décentralisation veut dire plus de pouvoir aux municipalités, explique Francine Dubé, mairesse de Saint-Romuald et vice-présidente de l’Union des municipalités. Tout va se jouer à la table provinciale-municipale : c’est pour ça que j’ai voulu être à l’Union».

«Il faut parler aux femmes de l’importance de la fonction municipale, mais aussi du plaisir et des satisfactions qu’on y trouve».

Jeanne L. Blackburn, ministre responsable de la Condition féminine, confirme : « Le Québec ressemblera de plus en plus à ce que seront les municipalités. C’est sur les régions que sera basé notre développement et les femmes doivent prendre les choses en main».

Le milieu municipal est en fait une porte d’entrée à d’autres niveaux d’intervention. Les structures établies pour présider au développement des régions accordent une place de choix aux élus municipaux. Dans des organismes comme les CRD (Conseil régional de développement), le tiers des sièges du conseil d’administration leur sont réservés; dans les régies régionales de la santé et des services sociaux, 20% des sièges leur sont attribués. Plus les femmes sont présentes à la table municipale, plus elles peuvent accéder à d’autres lieux d’influence. « Le pouvoir passe par le nombre», assure Léa Cousineau, ex-présidente du Comité exécutif de la Ville de Montréal.

Des moyens

Le printemps dernier, à l’invitation de l’AFÉAS, quelque 130 mairesses et conseillères ont cherché comment amener davantage de femmes à s’engager en terrain municipal. «L’idéal, affirme Caroline Andrew, c’est qu’elles passent par divers engagements sociaux et politiques, où elles peuvent apprendre à faire leurs armes, à défendre des dossiers, à occuper des postes de responsabilité. Par exemple, on sait qu’une bonne partie des élues municipales ont déjà milité au sein de l’AFÉAS ».

«II faut aussi savoir créer des réseaux de femmes pour faciliter l’apprentissage, aller chercher du soutien et éviter le sentiment d’isolement, ajoute Léa Cousineau. Il faut également développer des habiletés politiques en dehors de son propre réseau, apprendre à faire des alliances pour développer la visibilité et les appuis politiques». «Le témoignage est important, affirme Mme Denise Nappert, conseillère à Warwick. Il faut parler aux femmes de l’importance de la fonction municipale, mais aussi du plaisir et des satisfactions qu’on y trouve».

Pourquoi ne pas les faire participer à nos propres campagnes électorales?, ont suggéré certaines. Les inciter à faire partie de divers comités municipaux? Organiser des rencontres régionales qui serviraient d’incubateurs d’élues? Trouver un soutien financier aux éventuelles candidates?

Denise Nappert croit aux vertus de la sollicitation et du marrainage. Comme elle, plusieurs participantes sont retournées dans leur milieu respectif avec la ferme intention de repérer des candidates potentielles et de leur offrir leur appui. En verra-t-on les effets en novembre prochain?

Qu'en pensez-vous?

Aucune réaction

Inscription à l'infolettre