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L’humour est à la vie ce que la vaseline est aux fesses rouges des bébés. Un grand soulagement!

Qu’est-ce qui commence par une respiration saccadée, suivie de profondes inspirations et de contractions du diaphragme? Qu’est-ce qui libère les endorphines cérébrales, augmente le rythme cardiaque et la circulation sanguine et prend fin dans un état de détente totale? Un bon gros éclat de rire.

On raconte qu’un gestionnaire d’une grande compagnie avait mis au point un rituel de chant pour annoncer les mauvaises nouvelles à son équipe. Dans le style opéra-comique, il chantait sur l’air de La Traviata « L’ordinateur est down ». « Quand sera-t-il on line? », reprenaient en chœur ses employés. Tout le monde avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles et la mauvaise nouvelle est passée comme une lettre à la poste. C’est que l’humour est à la vie ce que la vaseline est aux fesses rouges des bébés : un grand soulagement!

Contrairement à la croyance populaire, l’humour n’est pas un don. Même s’il est vrai que certains ont un talent particulier pour nous faire plier en deux, il est vrai également que chacun peut jouer au tennis avec beaucoup de plaisir sans le plus petit espoir de faire Wimbledon avant d’avoir 21 ans. L’humour s’apprend donc et se développe. Il suffit de s’exercer et de se conditionner.

Du toxique et du positif

« Ha! Ta robe est magnifique! J’ai fait mes rideaux de cuisine au chalet avec le même tissu»! Voici un parfait exemple d’humour toxique : la blague est faite pour nuire, pour humilier ou pour blesser. On classe dans la même catégorie toutes les histoires racistes et sexistes. Si l’humour peut servir d’arme redoutable, il peut, de façon plus positive, aplanir des obstacles, bâtir un esprit d’équipe ou faciliter le déroulement d’un changement majeur. Voyez-vous, l’humour est une danse. On choisit son partenaire, on écoute la musique et on fait de son mieux pour en suivre le rythme tout en étant attentif aux mouvements de l’autre.

Sylvie Labelle, formatrice en communication et conférencière sur le thème de l’humour en milieu de travail, explique qu’il s’agit d’être en résonnance avec l’autre. « L’humour est un véhicule d’amour. Il devrait permettre à quelqu’un de se sentir bien, d’être flexible, de s’adapter. La plaisanterie désamorce, dédramatise. Elle n’efface pas la difficulté, mais elle permet un recul suffisant pour y faire face et trouver une solution ». Un patron, raconte-t-elle, avait reçu un rapport particulièrement moche d’un de ses employés. Il a recopié les points à améliorer et attaché cette liste à l’aide d’un band aid avec une note disant : « Est-ce que ça peut être arrangé? ». Un autre, fatigué des plaintes, a apposé une étiquette sur un bocal vide au-dessus de la machine à café : « Chuchotez vos plaintes dans ce bocal et fermez-le ».

Dans les situations tendues, la bouffonnerie fait parfois des miracles. Joël, 6 ans, se laisse tomber par terre de temps à autre, les yeux au ciel, et simule l’évanouissement d’exaspération devant les demandes répétées de ses parents (du genre : c’est la troisième fois que je te dis d’aller te brosser les dents! ). Un soir qu’il demandait pour la troisième fois un privilège qui lui était refusé, son père s’est écroulé d’un seul coup en révulsant ses yeux. Voir cette grande personne faire une chose pareille a eu l’effet d’une bombe et tout le monde s’est esclaffé, y compris le petit Joël.

Délicatesse

Une bonne blague est celle qui tombe bien. On a senti l’atmosphère et on a glissé un mot d’esprit qui permet à chacun de se détendre pour mieux repartir. Les comiques de bureau sont généralement des gens extrêmement sensibles et attentifs à l’état d’esprit de leurs collègues. Pour cela, il faut beaucoup de délicatesse. Et l’autre, bien sûr, doit avoir envie de « danser ». Il arrive que l’autre se ferme, pour toutes sortes de raisons qui échappent à la compréhension. C’est là qu’entre en ligne de compte l’intention. Si votre conjoint a l’intention de vous annoncer qu’il demande le divorce, il serait étonnant que vous arriviez à le faire rire dans son préambule. Si votre collègue de travail veut votre poste à tout prix, il y a fort à parier que son ironie vous laissera de glace.

Les « inside jokes»

Les plaisanteries qui font allusion à un code connu seulement de quelques personnes permettent de créer un esprit d’équipe solide… à condition d’en limiter l’utilisation aux initiés. Un groupe de journalistes pigistes célèbre deux fois par an « le gala des twits de l’édition ». On y fait des mises en nomination pour différentes catégories : twits gratteux (ceux qui paient avec beaucoup de retard); twits correcteurs (ceux qui vous font réécrire le texte presque au complet deux ou trois fois… mais ne vous en paient qu’un seul! ); twits emmerdeurs (ceux qui vous passent une commande mais changent toujours d’idée la semaine suivante ou qui vous appellent deux cent fois pour vous demander si le chandail que portait l’interviewé était bleu marine ou bleu clair); et bien sûr, le twit des twits qui rassemble à lui seul les défauts de tous les autres réunis. Quelles soirées mémorables! De quoi nourrir « d’inside » les après-midis plats de novembre.

Les boutades servent aussi à envoyer des messages de manière douce. Une compagne de voyage voulait savoir ce que « ça me faisait vivre à l’intérieur » d’avoir demandé à un autre d’arrêter de frapper son pied sur l’empattement de la table. Comme le voyage ne faisait que commencer et que j’envisageais de passer les dix prochains jours avec elle, je lui ai répondu que je payais déjà quelqu’un 60 $ l’heure chaque semaine pour répondre à ce genre de questions. Tout le monde a ri, la curieuse a reçu le message et le voyage s’est poursuivi sans introspection excessive!

Exercer le muscle humoristique

L’humour peut remplacer le bain moussant dont on rêve après une dure journée, le « Jos Louis » qu’on dévore par dépit et le gros câlin qu’on aimerait recevoir tout de suite mais qu’on n’aura qu’en rentrant à la maison. On vous a déjà dit que vous n’aviez pas le sens de l’humour? Vous ne comprenez pas comment Marie peut avoir toujours le mot pour rire dans les situations les plus difficiles? Sylvie Labelle propose plusieurs techniques pour développer les attitudes de base de l’humour quotidien.

Elle suggère d’abord de s’entraîner à la pensée divergente, c’est-à-dire voir d’un autre côté de la médaille. Ensuite, cesser de croire qu’on est le centre du monde. Demeurer centrée en soi et non centrée sur soi. Rien de mieux pour y arriver que de s’entraîner à sentir ce que l’autre sent, se mettre à sa place. Ai-je réalisé que Sophie se fait demander cent fois par jour de terminer un document pour demain? Est-ce que je me rends bien compte que Julie est coincée dans un procès pour la garde de ses enfants et qu’elle doit néanmoins faire ses journées de travail? Mettez-vous à la place de l’autre, même si c’est seulement dix minutes, et vous verrez votre compassion grimper de plusieurs crans. Et votre prochaine blague donnera peut-être à votre collègue juste ce qu’il faut de courage pour finir son lundi.

Tertio, si on veut connaître les grandes satisfactions de l’humour, on ne doit pas trop se prendre au sérieux. Quand vous vous sentirez glisser sur la pente de l’apitoiement, demandez-vous si vous en mourrez vraiment. Non? Alors rien n’est perdu! Rappelez-vous qu’il n’y a que deux choses incontournables dans la vie : la mort et les impôts. Pour aider à relativiser les événements, Sylvie Labelle propose de trouver pour chaque journée qui se termine un événement positif. Après quelques semaines de cet exercice, vous devriez avoir développé une attitude moins pessimiste et au lieu de trouver votre voisine terriblement casse-pieds, vous la trouverez simplement emmerdeuse. Vous ne vous sentez pas déjà mieux?

La dernière attitude propice à l’humour est d’éprouver de la joie à être en vie. Pour y arriver, faites la liste de vos joies quotidiennes tous les soirs. Inscrivez-en au moins trois et, au fil des semaines, vous devriez voir cette liste s’allonger sans difficulté. Et après avoir travaillé fort à acquérir toutes ces « bonnes » attitudes, si vous n’avez pas davantage d’humour, vous en saurez assez long pour vous inscrire comme conférencière à des ateliers sur l’humour!

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