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Naturellement protégé le cœur des femmes? Alors comment expliquer que la maladie cardiaque est, de loin, leur première cause de décès? … Il est temps de s’informer, pour prévenir.

Lorsqu’une femme était victime d’une crise cardiaque, il y a trente ans, la médecine la considérait comme un cas rare. Pourtant, aujourd’hui, le tueur numéro 1 des femmes au Québec, c’est la maladie coronarienne. En effet, selon les plus récentes données du ministère de la Santé et des Services sociaux, en 1993, plus de femmes (39% ) que d’hommes (35% ) décédaient des suites de maladies cardiovasculaires.

Comme les mythes ont la vie dure, la plupart des gens demeurent convaincus que seuls les hommes dans la cinquantaine, bedonnants, stressés, fumeurs et sédentaires s’exposent à la crise cardiaque. Même les chercheurs dans le domaine médical ont longtemps cru que cette maladie n’affectait que les hommes, la première affirmation en ce sens, attribuable au Dr Héberden, remontant à 1768. Il faut néanmoins préciser qu’avant 50 ans l’homme est plus touché par les maladies cardio-vasculaires qui apparaissent environ 10 ans plus tard chez la femme, généralement après la ménopause. Mais, constate la Dre Michèle de Guise, cardiologue et directrice du Centre de cardiologie préventive de l’Hôpital Notre-Dame, on diagnostique de plus en plus de cas de femmes atteintes de maladies cardiaques de manière précoce.

On le sait, avant la ménopause la femme sécrète des œstrogènes naturels qui ont pour vertu de faire monter le « bon » cholestérol et d’abaisser le « mauvais ». Mais l’usage du tabac, qui augmente chez les femmes depuis quelques années, vient contrecarrer ces effets bénéfiques. Aussi la femme qui fume non seulement double son risque d’être victime de maladie coronarienne, mais risque d’en souffrir de plus en plus jeune.

Une histoire de cœur… ou de sexe?

Marie a 35 ans. En se baladant en voiture avec son jeune fils, elle ressent subitement une vive douleur à l’estomac, une vague sensation de chaleur l’envahit, puis elle vomit. Inquiète, elle se dirige aussi tôt que possible vers l’hôpital le plus près. Arrivée à l’urgence à 10 h 30 du matin, où on soupçonne qu’il s’agit d’un problème digestif, elle subit quelques tests, mais sans succès. Ce n’est qu’à minuit qu’on décide de lui administrer un électrocardiogramme pour finalement se rendre compte qu’elle a fait un infarctus. Surprenant? Pas vraiment…

Lorsqu’une femme de 35 ou 40 ans se présente à l’hôpital avec une douleur au creux de l’estomac, il est fort probable que le diagnostic médical emprunte bien des méandres (problème de digestion, de fatigue, de dépression, d’angoisse, etc. ) avant d’envisager l’hypothèse de la maladie coronarienne, et ce, sans égard à son profil de risque et à ses habitudes de vie. De fait, l’incidence des maladies de cœur chez les femmes est beaucoup moindre que chez les hommes du même groupe d’âge-jusqu’à trois fois chez les 45-49 ans… De plus, la maladie cardiaque se manifeste souvent de façon très différente selon le sexe. Or, puisque les hommes sont réputés être sujets aux maladies cardiovasculaires, ils constituent pour ainsi dire le « modèle » à partir duquel on évaluera les symptômes « significatifs ».

Plus concrètement, c’est souvent par un infarctus du myocarde que se manifeste d’abord la maladie coronarienne chez l’homme. Ainsi, les symptômes se présentent selon le « scénario classique », soit des douleurs centrales à la poitrine qui donnent une impression de serrement, irradient au bras et à la mâchoire, surviennent à l’effort et sont soulagées par le repos. Chez les femmes, par contre, l’angine est la première manifestation de maladie cardiaque. En conséquence, elles peuvent présenter de tout autres symptômes-des sensations de brûlure au cou et à l’épaule, des douleurs à l’estomac, des élancements dans le dos, une sensation de fatigue et une respiration plus courte-jugés « atypiques » et considérés avec une attention fort différente.

En effet, deux études publiées en 1991 ont démontré que les femmes sont moins soumises aux examens diagnostiques que les hommes et doivent attendre plus longtemps avant d’être dirigées vers un cardiologue par leur médecin. « On attend trop souvent que les femmes aient des symptômes d’hommes pour les traiter… comme des hommes! », souligne la Dre de Guise.

Par conséquent, il s’avère plus facile de reconnâître les sujets à risque que de dépister la maladie coronarienne. S’il y a des facteurs de risque non modifiables dont l’âge et l’hérédité, d’autres méritent une intervention vigoureuse puisqu’ils peuvent être « redressés»; citons le tabagisme, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, la sédentarité, l’obésité et le diabète.

La prévention devient d’autant plus importante que, lorsqu’elle fait défaut, c’est la chirurgie cardiaque qui, souvent, doit prendre la relève. Et chez les femmes, la partie n’est pas gagnée pour autant!

Parce que, contrairement aux hommes, les femmes ne soupçonnent pas que leur cœur puisse être malade, elles sont portées à consulter plus tardivement que ceux-ci. Trop tard peut-être?

« La femme a souvent tendance à associer les symptômes de la maladie coronarienne au phénomène du vieillissement, indique la Dre de Guise. Elle considère normal de se sentir essoufflée ou d’avoir des douleurs à la poitrine. Lorsqu’on les traite, elles ont 70 ans! A cet âge, la maladie est plus étendue, ce qui complique des interventions comme la dilatation et le pontage. Par conséquent, les résultats sont moins concluants ». Surtout qu’au départ le fait que les vaisseaux des femmes sont plus petits rend les interventions chirurgicales plus délicates. Dans de telles circonstances, le proverbe qui dit « mieux vaut prévenir que guérir… » ne peut s’avérer plus juste!

L’hormonothérapie : la lumière au bout du tunnel?

Pour pallier la baisse de protection naturelle contre les maladies coronariennes que procurent les œstrogènes, les femmes peuvent recourir aux hormones de substitution. « Elles peuvent ainsi réduire jusqu’à 50% les risques de développer une maladie coronarienne », affirme la Dre Michèle Moreau, omnipraticienne, directrice de la clinique de ménopause de l’Hôpital Notre-Dame et membre du consensus canadien de la ménopause.

Selon le milieu médical, l’hormonothérapie serait particulièrement indiquée pour prévenir la maladie coronarienne, tout comme l’ostéoporose, chez les femmes présentant une ménopause précoce (avant 40 ans) et chez celles ayant une ménopause chirurgicale en raison d’une ovariectomie pratiquée avant leur « vraie » ménopause. Il se dégage aussi un consensus médical à l’effet de prescrire des hormones de remplacement aux femmes qui ressentent des symptômes de ménopause et qui ne présentent aucune contre-indication à suivre ce traitement.

La Dre Moreau prédit aussi l’émergence d’un accord des médecins en faveur de l’hormonothérapie pour les femmes à risque cardiovasculaire lorsqu’elles ont une histoire familiale de maladie coronarienne avant 60 ans, lorsqu’elles présentent des facteurs de risque personnels tels le diabète, l’hypertension artérielle, un niveau élevé de cholestérol sanguin, lorsqu’elles font usage du tabac ou parce qu’elles ont déjà subi un infarctus ou une crise d’angine.

On connaîtra de façon plus sûre tous les effets de l’hormonothérapie quand on disposera des résultats d’une étude américaine commandée en 1993 par Hillary Clinton. Ils ne seront cependant pas connus avant 2004.

Pour la Dre Moreau, il ne fait aucun doute que cette nouvelle étude confirmera l’efficacité de l’hormonothérapie. Elle apportera tout de même des précisions importantes sur le degré de protection cardiovasculaire qu’on peut lui attribuer. Les femmes seront alors mieux outillées pour faire un choix éclairé…

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