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Née en Californie en 1947, Martha McClintock a étudié à l’Université de Harvard, puis à l’Université de Pennsylvanie où elle a obtenu un doctorat en psychologie. Professeure au département de psychologie de l’Université de Chicago depuis 1976, elle est également présidente du Comité sur la biopsychologie de cet établissement. Ses travaux en cours portent notamment sur la transmission des phéromones entre les êtres humains.

C’est un phénomène connu. Les cycles menstruels des femmes qui partagent le même environnement deviennent synchronisés après quelques mois. Pourquoi?

Chercheuse depuis 25 ans dans le domaine peu exploré de la biopsychologie, Martha McClintock, de l’Université de Chicago, explique l’apparition du synchronisme des cycles menstruels par les phéromones, ces signaux chimiques dégagés par la peau qui transmettent des informations entre individus d’une même espèce.

Des femmes et des rates

C’est d’abord sur des femmes que Martha McClintock a étudié le synchronisme des cycles menstruels. A la fin des années 60, alors qu’elle étudie au Collège Wellesley dans le Massachusetts, un établissement d’enseignement réservé aux filles, elle recueille une foule de données sur les cycles menstruels des étudiantes vivant en résidence. Après quelques mois, elle observe que celles qui partagent la même chambre ou qui se fréquentent souvent tendent à avoir des cycles menstruels synchronisés. Les résultats de cette recherche paraissent sous la forme d’un court article dans la prestigieuse revue Nature en janvier 1971. Pour la première fois, le synchronisme des cycles menstruels chez les femmes, un phénomène déjà connu de nos grand-mères, était documenté de façon scientifique.

Passionnée par ce sujet, McClintock poursuit ses recherches sur des rates. Pour comprendre comment se transmettent les fameuses phéromones, elle isole des femelles dans des cages séparées qu’elle relie par le même conduit d’air. Le synchronisme ovarien a tôt fait d’apparaître chez les rongeuses, ce qui permet à la chercheuse de conclure que les phéromones voyagent dans l’air.

La pointe de l’iceberg

Mais à quoi sert ce synchronisme ovulatoire que l’on retrouve d’ailleurs chez la plupart des mammifères? « Chez les rats, des animaux qui vivent en groupe, le synchronisme ovarien s’avère très utile, explique Martha McClintock. Lorsque les femelles ont le même cycle, les naissances sont alors synchronisées, ce qui permet aux mères d’élever leurs petits en commun, de se relayer pour la tétée, etc. » . C’est donc dire que les rongeuses ont déjà compris le principe de la garderie!

Cependant, si le synchronisme peut être utile pour les animaux sociaux comme les rats, on voit moins bien comment il peut servir aux femmes dans nos sociétés individualistes où les taux de fécondité sont à la baisse. S’agirait-il d’un mécanisme désuet hérité de notre condition de mammifère? Selon McClintock, c’est bien mal poser la question. « La communication par le biais des phéromones entre les humains constitue une découverte fabuleuse en soi » , affirme la chercheuse qui considère le phénomène du synchronisme menstruel uniquement comme la pointe de l’iceberg. « C’est comme si j’avais trouvé une dent fossilisée, illustre-t-elle. Cela ouvre la porte à de nombreuses pistes de recherche » .

En effet, si les phéromones contrôlent la reproduction humaine, peut-être pourrons-nous les utiliser un jour pour la contraception ou même pour traiter l’infertilité. « Une hypothèse très emballante! » , avoue Martha McClintock. Par ailleurs, le fait que les individus puissent communiquer à l’aide des phéromones a des conséquences beaucoup plus larges. Cela prouve que l’environnement social peut affecter le fonctionnement biologique. Et nous voilà au cœur du sujet favori de Mme McClintock!

L’influence du comportement sur les hormones

Selon la biopsychologue, une foule de situations sociales ont comme effet de modifier les réponses biologiques de notre corps. « L’anxiété que plusieurs connaissent juste avant de parler devant un auditoire entraîne des changements dans la production d’adrénaline, cite-t-elle à titre d’exemple. L’embarras causé par la gêne est une situation similaire. Par ailleurs, anticiper l’excitation sexuelle peut entraîner un changement hormonal » .

Outre l’environnement social, les croyances et les idées pourraient également avoir un effet sur les réponses du corps. « Les recherches sur le stress le démontrent, soutient la biopsychologue. Si une personne croit qu’elle est en danger ou qu’elle n’a plus le contrôle, il se produit un changement du niveau de sérotonine dans son cerveau, un phénomène associé à la dépression. Les pensées et les attitudes pourraient même avoir un impact sur le déroulement de la grossesse et de l’accouchement » .

Selon Martha McClintock, la science tente actuellement d’expliquer nos comportements uniquement par la biologie, voire la génétique, et ignore l’influence du comportement sur les fonctions biologiques. « Un parti pris évident des milieux scientifiques » , estime McClintock qui cite à preuve les sommes d’argent investies dans le projet d’identification du génome humain. « Il n’y a pas de doute que les gènes ont une influence et que nos actions sont le produit de signaux chimiques, avoue la chercheuse. Mais l’environnement social et le comportement jouent également un rôle » .

L’effet de l’isolement

Pour appuyer sa théorie, la biopsychologue mentionne l’impact de l’isolement chez les rates. « Privées de contacts avec leurs paires, les femelles voient la durée de leur vie reproductive diminuée » , affirme McClintock. Les travaux récents de la chercheuse révèlent en effet que des rates isolées montrent des signes de vieillissement prématuré, comme la ménopause précoce. De plus, elles développent une série de problèmes de santé pouvant aller de la pneumonie au cancer.

En allant à l’encontre de la vision déterministe de la science, les travaux de Martha McClintock ouvrent la porte à de nombreuses hypothèses. Celle de relativiser l’importance de l’héritage génétique au profit de l’influence du milieu ambiant n’en est pas de la moindre!

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