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Comme si quelqu’une venait d’ouvrir grand une fenêtre lorsque le temps se fait bon : c’est ce que j’ai ressenti en me retrouvant face à Diane Lemieux devenue présidente du Conseil du statut de la femme le 29 avril dernier.

Mais qu’on se le tienne pour dit : derrière le sourire engageant et la voix douce, bien posée, on sent la passion d’agir. Et rien ne doit échapper à cet œil qui pétille d’intelligence.

C’est sans hésitation, plutôt avec enthousiasme et fierté, qu’elle a accepté la présidence du CSF, nous a-t-elle confié. Elle se sentait prête, tout simplement. La Gazette est heureuse de vous faire mieux connaître cette femme, d’audace et de rigueur.

G. F. Qu’est-ce qui, dans vos expériences antérieures, vous prépare à occuper vos nouvelles fonctions?

D. L. D’abord, je crois que mon expérience du travail sur le terrain est un atout. Ainsi, je connais la dynamique autour des dossiers des femmes, mais aussi les résistances des acteurs en cause. Et ce dernier élément me semble particulièrement utile dans l’actuelle conjoncture. En effet, pour bon nombre de droits conquis par les femmes, on semble maintenant frapper le « noyau dur » lorsqu’il s’agit d’en assurer l’exercice. Par exemple, les femmes ont accès au marché du travail, mais elles n’ont atteint ni l’équité salariale, ni l’accès à des emplois diversifiés. Et pour franchir ces dernières étapes, c’est sur les résistances et les mentalités qu’il faut désormais travailler.

Sur ce plan, j’ai aussi beaucoup appris de mes expériences à « mi-chemin », c’est-à-dire lorsque, provenant du mouvement autonome des femmes, je me suis retrouvée membre de divers groupes de travail ou comités mis sur pied par le gouvernement, que ce soit la Commission fédérale sur la violence faite aux femmes, le Groupe de travail sur les agressions sexuelles ou, plus récemment, le Comité d’orientation et de concertation sur l’économie sociale. Voilà autant d’occasions où j’ai pu me familiariser avec les règles des uns et des autres, les cultures des divers groupes, leurs résistances et leurs stratégies.

S’il me semble important de documenter ce que vivent les femmes, je crois aussi qu’on doit en venir à dépasser les illustrations et chercher à influencer les politiques, les pratiques et les cultures.

Je ne suis fondamentalement pas une idéologue : je me situe plutôt dans l’action, les résultats. Si je suis une féministe radicale par la pensée, je m’efforce d’être stratégique dans mes actions.

G. F. Avec quelles préoccupations prioritaires arrivez-vous au CSF?

D. L. Dans un contexte de rareté de ressources, j’entends bien négocier l’espace que le CSF peut occuper. Le CSF ne doit pas être qu’un « bras administratif » du gouvernement, il doit faire la promotion d’une vision des rapports égalitaires des hommes et des femmes. En ce sens, s’il est important que le Conseil suive de près l’ordre du jour gouvernemental et se prononce au bon moment, il doit aussi être « proactif » au regard du plan d’action du gouvernement en poussant sur l’intégration des besoins et des préoccupations des femmes.

Je compte aussi suivre de près la question des femmes et du développement régional. Venant moi-même d’une région, je suis partisane du rapprochement des lieux de pouvoir des citoyennes; toutefois, je reste très sensible à l’équilibre entre le pouvoir des instances locales et celui de l’État central. Celui-ci doit demeurer le gardien de la vision d’ensemble, garantir l’équité entre les régions dans l’affectation des ressources, mais aussi en veillant au partage des valeurs communes de notre société.

Évidemment, la présence des femmes au sein des nouvelles instances locales et régionales m’apparaît capitale. Et je vise non seulement leur présence physique, mais également la prise en considération de leurs besoins et de leurs intérêts. Pour que nous fassions du millage, il faut élargir le cercle des personnes qui se sentent concernées par les problèmes des femmes, favoriser un mode d’imputabilité des décideurs de ces instances par rapport aux femmes. A cet effet, j’apprécie que le Secrétariat au développement des régions ait été associé à la consultation sur l’axe de la politique de condition féminine portant sur les femmes et les régions.

Je m’intéresse aussi à la solution des grandes tensions qui traversent la société et opposent les droits des femmes à ceux d’autres groupes. Le CSF a déjà commencé à se pencher sur ces questions, la gestion de la diversité culturelle notamment, et je souhaite que nous continuions sur cette lancée afin d’arriver à faire de ces tensions une source de richesse.

Enfin, avec la disparition du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, il manque un regard féministe sur les politiques fédérales. J’estime que le CSF a un rôle à jouer, d’autant plus que le fédéral est très présent dans au moins deux champs absolument cruciaux pour les femmes : les politiques sociales et le droit criminel.

G. F. Quels sont, selon vous, les plus grands dangers pour les droits des femmes qui se profilent?

D. L. Bien sûr, il y a la montée de la droite, des valeurs néo-libérales qui ont d’ailleurs été intégrées par certaines femmes.

Mais je crains aussi parfois que le mouvement des femmes ne se voie comme un bloc monolithique, incapable de s’appuyer sur une diversité de stratégies. Je m’inquiète des difficultés de réseautage, par exemple, entre les femmes des groupes autonomes et les féministes en politique. On doit s’attaquer au malaise entre les femmes « à l’intérieur » et celles « à l’extérieur » des lieux de pouvoir. Pour progresser, on a besoin d’une diversité de stratégies. Il m’apparaît donc urgent de bâtir des relais entre les femmes. Le CSF peut sans doute offrir un terrain de rencontre, aider à construire les passerelles qui font actuellement défaut.

G. F. Si vous ne pouviez réaliser qu’une chose lors de votre passage au CSF, que serait-elle?

D. L. Je voudrais que mon passage serve à asseoir la fierté des femmes : la fierté de ce qu’elles sont et de ce qu’elles font. J’ai beaucoup aimé le projet de société élaboré à l’occasion du forum Un Québec féminin pluriel. Je souhaiterais contribuer, par mon travail au CSF, à ce qu’on se rapproche le plus possible de ce concept. Et établir clairement qu’on ne peut redéfinir le devenir social et économique du Québec sans les femmes.

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