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Pour environ une adolescente sur cinq, tomber en amour c’est, du coup, faire l’apprentissage de la violence amoureuse.

Selon Annie Gosselin, une intervenante de l’organisme communautaire Entraide-Jeunesse Québec, la violence conjugale découle en premier lieu des rôles sexuels traditionnels et de l’apprentissage familial. D’où la nécessité, pour briser le cycle de la violence, d’outils comme VIRAJ, un programme de prévention de la violence dans les relations amoureuses chez les jeunes, destiné aux élèves de troisième et quatrième secondaire.

Ce programme a été conçu par une équipe de l’École de psychologie de l’Université Laval sous la supervision de la professeure Francine Lavoie, en collaboration avec Entraide-Jeunesse. Après s’être intéressée à la situation des femmes adultes, Mme Lavoie constate, au fil de ses recherches, que les patterns de violence conjugale s’installent tôt, dès les premières relations amoureuses en fait. Les recherches ont débuté en 1989 et, en 1991, Entraide-Jeunesse a instauré les animations dans les écoles.

Des moyens pour s’aider

VIRAJ consiste en deux rencontres, de 60 à 75 minutes chacune, qui ont généralement lieu pendant les cours de formation personnelle et sociale, d’éducation religieuse ou de morale puisque c’est souvent dans ces matières que l’on aborde la sexualité, précise Annie Gosselin. Les animateurs-une fille et un garçon, histoire de rendre plus vraisemblables les « scènes de la vie conjugale » -utilisent des sketches, des mises en situation, des exercices pour amener les jeunes des deux sexes à s’exprimer et à participer. Des exercices optionnels peuvent être aussi faits plus tard en classe ou à la maison.

Lors de la première rencontre, on aborde le thème du contrôle. Cette notion, qui semble très répandue chez les adolescents, peut dégénérer en violence physique, prévient Mme Gosselin. On veut contrôler sa « blonde », son habillement ou sa vie sociale. D’ailleurs, plusieurs adolescentes croient que la jalousie est une preuve d’amour. Pour Annie, 14 ans, et Mélanie, 13 ans, qui fréquentent la même école de Québec, ce mythe a volé en éclats, en janvier dernier, durant les séances VIRAJintégrées à leur cours de morale. Elles ne croient plus dorénavant que « la jalousie est une preuve d’amour », pas plus qu’ « un garçon violent peut tout de même être un bon gars », rapporte Mme Gosselin.

La deuxième rencontre est consacrée pour sa part aux droits et à la description des types de violence (physique, verbale, psychologique et sexuelle).

La lecture du guide d’animation en classe de VIRAJ révèle que plus de 90% des jeunes ont « apprécié le programme et le recommanderaient volontiers à d’autres ». D’après Annie Gosselin, « ils aiment le côté théâtre, l’humour utilisé lors des sketches et des mises en situation ».

Il demeure néanmoins ardu de faire s’exprimer les jeunes sur la violence. « A l’école, racontent Mélanie et Annie, on en parle entre amis, mais le sujet reste clos ». Difficile, semble-t-il de se confier aux professeurs ou aux intervenants scolaires. Les victimes, principalement des filles, auraient honte, selon Annie Gosselin. « Elles ressentent de la culpabilité et elles ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ça prend un « déclencheur »pour les faire parler. Lors des rencontres, il y a des filles qui baissent les yeux, qui se regardent et qui viennent nous voir après ». Francine Lavoie ne partage pas cet avis : « Toute victime a plus de facilité à comprendre que l’agresseur qui sous-estime son niveau d’agression. De plus, la société accueille les victimes, pas les agresseurs ». Par contre, admet Mme Lavoie, inutile de demander à une victime si elle est violentée : une question aussi directe ne fonctionne pas. Il faut lui demander plutôt si elle a peur. Les enseignantes et professionnelles peuvent aussi se fier à certains indices de dépistage (comme, par exemple, des résultats scolaires à la baisse) et essayer d’amener la personne à parler.

Un outil à connaître

VIRAJest diffusé de deux façons. Dans la région de Québec, les professeures et les intervenantes peuvent inviter (moyennant certains frais) deux représentants d’Entraide-Jeunesse qui feront l’animation en classe. Les personnes travaillant en milieu scolaire ailleurs au Québec ou qui désirent elles-mêmes mettre en pratique le programme peuvent s’inscrire à des sessions de perfectionnement d’une journée offertes par Entraide-Jeunesse et dont le coût est assumé par le ministère de l’Éducation (MEQ).

« Au début de l’année scolaire, explique Louise Roux, de la Coordination à la condition féminine du MEQ, nous envoyons des offres de services pour les sessions de perfectionnement aux directeurs régionaux du Ministère, qui les transmettent aux différents responsables dans les commissions scolaires. De là, l’invitation est transmise aux écoles ».

Plusieurs cadres scolaires et intervenants que nous avons rejoints ne connaissent pas le programme et ne savent pas s’il a été mis en application chez eux récemment. Même son de cloche au Secrétariat général et à la Direction des services éducatifs de la Commission des écoles catholiques de Québec (CECQ). Pourtant, durant la dernière année scolaire, Entraide-Jeunesse a visité quatre écoles de la CECQ

Tout de même, précise Louise Roux, quelque 800 personnes ont jusqu’à maintenant suivi les séances de formation VIRAJ offertes depuis 1993-1994. Impossible cependant de déterminer combien ont ensuite fait les animations en classe.

« Pourtant, déplore Annie Gosselin, VIRAJ devrait faire partie du programme scolaire obligatoire. Dans les établissements d’enseignement, c’est comme si les relations amoureuses n’étaient pas importantes, que seules les mathématiques comptaient ».

Mais des interventions comme VIRAJdevraient gagner en notoriété au cours des prochaines années si on en croit la politique d’intervention en matière de violence conjugale rendue publique par le gouvernement du Québec le 6 décembre dernier. En effet, on y prévoit « aider les adolescentes et les adolescents : en les sensibilisant au problème de la violence dans les relations amoureuses et en leur proposant des modèles relationnels égalitaires; en les amenant à refuser et à dénoncer la violence dans leurs relations amoureuses; en outillant le personnel qui les côtoie à reconnaître la violence dans les relations amoureuses et à les diriger, le cas échéant, vers des ressources d’aide appropriées ».

D’ailleurs, la diffusion et l’adaptation de VIRAJ au collégial fait partie des engagements du MEQà l’égard de cette politique. Il faut prendre le temps de l’adapter à la réalité des jeunes de 17 à 20 ans et les moyens du ministère sont limités. Le projet, précise Louise Roux, n’est qu’à l’état embryonnaire et il est beaucoup trop tôt pour avancer une date de lancement. Un premier contact a eu lieu avec l’École de psychologie de l’Université Laval. Le Ministère compte aller de l’avant en dépit des contraintes, notamment financières, et de la difficulté d’intégrer VIRAJdans un cours obligatoire au collégial. Pour contrer ce dernier problème, Mme Roux énonce trois hypothèses de diffusion : enseigner VIRAJà des étudiants en techniques humaines pour former de futurs intervenants; mettre du matériel à la disposition des professeurs et des intervenants; ou diffuser VIRAJ auprès de l’ensemble des étudiants lors d’activités thématiques.

Enfin, un guide d’autoformation destiné aux bénévoles de services d’écoute téléphonique ou d’organismes communautaires vient d’être publié par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce document, conçu par Francine Lavoie et sa collègue Lucie Vézina, professionnelle de recherche au Département de psychologie de l’Université Laval, est disponible dans les centres de documentation des régies régionales de la santé et des services sociaux.

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