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. Une soixantaine d’auxiliaires familiales et sociales commémorent la journée consacrée à leur profession sur la place Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal. Un symbole du chemin parcouru depuis l’époque où sœur Émilie Gamelin prenait soin des personnes âgées et handicapées. Aujourd’hui, le travail à domicile est reconnu comme une profession plutôt qu’une vocation « naturelle » des femmes, ce qui, du coup, le confinait à l’invisibilité, à la gratuité et à la dévalorisation.

De fait, les auxiliaires familiales et sociales fournissent des services dont le caractère essentiel ne cesse de s’affirmer. Leur travail auprès des personnes privées de leur pleine autonomie-en raison de l’âge, d’un handicap ou d’une convalescence-complète les soins médicaux : soins d’hygiène et de confort (bain, par exemple), préparation des repas, entretien ménager, gardiennage, accompagnement pour les rendez-vous médicaux. Sans compter la dimension sociale, comme le nom de leur profession l’indique, qui permet de briser l’isolement et d’améliorer la qualité de vie des personnes auprès de qui elles travaillent en leur procurant écoute active, soutien moral et relation d’aide stable.

Néanmoins, les auxiliaires familiales et sociales se retrouvent au bas de l’échelle salariale du secteur public, avec un statut très précaire. Environ 40 % d’entre elles-ce sont en grande majorité des femmes-travaillent sur appel et ne détiennent donc aucunè sécurité d’emploi. Et, avec les changements en cours, les choses n’ont pas fini de se corser.

Ça coince à l’entrée

Alors qu’en le ministère de la Santé et des Services sociaux prévoyait que 6 555 auxiliaires seraient requises en , les quelque 160 CLSC n’en comptent pas plus que 1 648.

Du moins officiellement… parce qu’en réalité, pour faire face à la demande accrue due au vieillissement de la population et au virage ambulatoire, les CLSC en embauchent beaucoup plus, mais en faisant appel à des agences privées. Des services doublement à rabais : à cause du salaire inférieur versé par les agences à leurs employées, mais aussi en raison de la moindre qualité des services que ces personnes, peu ou pas formées, sont en mesure d’offrir. « Le CLSC a l’impression d’avoir économisé parce que l’agence réclame 11 $ l’heure alors que les salaires et avantages sociaux des auxiliaires coûtent 15 $, explique Mireille Lacasse, de l’Association des auxiliaires familiales et sociales. Par contre, le CLSC a peu de contrôle sur la qualité du travail. On entend toutes sortes d’histoires sur le manque de précautions que prennent les employées mal formées des agences ».

Les syndicats membres de la Fédération des Affaires sociales (FAS) ont d’ailleurs déposé des griefs dans plusieurs CLSC pour récupérer le travail effectué en sous-traitance, comme le leur permet le Code du travail. S’ils gagnent, entre 6 000 et 7 000 postes d’auxiliaires familiales et sociales pourraient être récupérés dans le secteur public, estime Nicole Fournier de la FAS.

La chaise musicale

Sylvie Larivière, une mère monoparentale de 31 ans, est retournée à la polyvalente faire ses de cours pour devenir auxiliaire familiale et sortir de l’aide sociale. Même si elle travaille depuis cinq ans au CLSC de Pointe-aux-Trembles et presque toujours à temps plein, elle ne détient pas de poste, donc aucune sécurité d’emploi.

Comme d’autres auxiliaires sur appel en CLSC, elle craint de bientôt perdre sa place en raison de l’entente entre le gouvernement et les syndicats qui prévoit une relocalisation des employés des hôpitaux fermés ou fusionnés. « Je trouve aberrant qu’une personne risque de prendre ma place alors que j’ai accumulé plus de quatre ans d’ancienneté sans qu’aucun poste d’auxiliaire familiale et sociale n’ait été ouvert », déplore Sylvie Larivière. De fait, si elle est supplantée, Sylvie Larivière risque, comme bien d’autres, d’aller allonger la liste des chômeurs… avant de revenir à la case-départ, l’aide sociale. À moins qu’elle n’aille proposer ses services à une agence privée… en échange d’une diminution de ses déjà maigres conditions de travail.

Avancez en arrière

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, d’autres plans se trament, dont celui de créer des emplois en maintien à domicile, non plus dans le secteur public ni dans le privé, mais dans celui dit d’économie sociale. En clair, il s’agit de faire offrir des services de soutien à domicile par des organismes communautaires, des coopératives ou des associations qui souvent, comme cela se pratique depuis quelques années, recourent à des assistés sociaux participant à un programme d’insertion.

Un « chantier » sur l’économie sociale mis sur pied par le gouvernement lors de la Conférence sur le devenir social et économique du Québec de doit formuler ses propositions sur la question pour le sommet de cet automne. « Pour nous, c’est une forme de privatisation des services de maintien à domicile, soutient Nicole Fournier de la Fédération des affaires sociales. Les employées n’auront pas la formation d’auxiliaire familiale, mais effectueront des tâches semblables. Ce sera du cheap labor. Pourquoi ne pas créer les postes dans le secteur public? »

Parallèlement, certaines réflexions en vue de la réforme de la sécurité du revenu semblent reposer sur une vision de l’économie sociale comme une voie d’insertion en emploi pour les assistés sociaux. Ceux et celles qui refuseraient de s’y engager risquent de perdre une partie de leur chèque d’aide sociale. Il s’agit d’une version adoucie de ce qu’on appelle en Ontario, en Alberta et dans plusieurs États américains, le workfare.

C’est ce qui amène tant les syndicats que l’Association des auxiliaires familiales et sociales à s’inquiéter des conditions de travail des personnes qui se feraient « enrégimenter ». Mais surtout de la qualité des soins offerts par des personnes poussées à accepter ce travail sous peine de sanction. « Le gouvernement veut faire un casse-tête avec les morceaux de deux jeux différents : diminuer le coût du maintien à domicile et faire travailler les assistés sociaux. Pourtant, répondre à des besoins sociaux nécessite des investissements et non des compressions », commente Sylvie Gendreau qui enseigne au programme de formation destiné aux auxiliaires familiales et sociales à la polyvalente Pierre-Dupuy.

Faute de ressources, les auxiliaires familiales et sociales effectuent de moins en moins certaines tâches qui pourraient par contre être confiées aux aides domestiques du secteur de l’économie sociale : entretien ménager, gardiennage, préparation des repas, lessive, courses.

« Pourtant, précise Mireille Lacasse, de l’Association des auxiliaires familiales et sociales, c’est souvent durant ces travaux que la relation d’aide se développe. Sans compter que cela provoque une multiplication du nombre de personnes dans l’environnement de la personne à domicile. Mais qui va faire le lien entre elles? Qui va assurer la qualité des services? L’approche globale est remise en question et remplacée par une intervention compartimentée : une infirmière pour la pilule, une bénévole pour la bouffe, une autre personne pour le ménage. Finalement, la dimension sociale et éducative de notre travail risque de disparaître ou, à tout le moins, de ne plus être comptabilisée. »

« Et si les auxiliaires familiales et sociales ne peuvent plus offrir de soutien moral et d’écoute active en plus de l’aide technique, prévient Sylvie Gendreau, les “aidantes naturelles” s’épuiseront plus vite et devront placer les gens en institution, ce qui, au bout du compte, coûtera plus cher au gouvernement. »

Le métier d’auxiliaire familiale et sociale sera-t-il décapité de sa dimension sociale pour n’être axé que sur l’aspect technique et curatif? Le cas échéant, parions que, comme les besoins demeurent criants et n’ont pas fini de l’être, le travail lié au soutien moral et à la relation d’aide subsistera tant bien que mal. À cette différence fondamentale qu’il redeviendra invisible. Et les femmes seront à nouveau refoulées vers leur « vocation », qu’elles soient travailleuses, assistées sociales ou aidantes naturelles.

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5 Réactions

  1. Vicky

    Bonjour mon nom est Vicky et je suis auxiliaire familiale depuis déjà 13 ans et je ne détient toujours pas de poste.Nous avons tous la même crainte, c’est à dire, peur qu’un PAB soit capable éventuellement d’appliquer sur nos postes.Par contre, il n’en tient qu’à nous tous de se défendre jusqu’à bout. Ce que j’essaie de dire, nous ne gagnerons peut-être pas la bataille dû à la fusion des postes, mais nous pouvons peut-être leur mentionner qu’il pourrait exister une loi qui dirait qu’ils devraient prévilégier toutes les auxiliaires familiales ayant eu le diplôme jusqu’à ce jour avant les autres (PAB).

  2. Raymonde

    tres bien dit d une auxiliaire familiale et sociale qui a les memes inquiétudes que vous merci d avoir partager.

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