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Six milliards six cent millions de dollars : non, ce n’est pas un prix à la loto, mais bien ce que les Canadiennes ont investi dans des régimes enregistrés d’épargne-retraite (REÉR) en .

Mieux encore, la croissance du nombre de cotisantes à un régime d’épargne-retraite est fulgurante : le quart des Canadiennes en détenaientun en , contre 49 % en , selon Statistique Canada. Enfin, toujours d’après la même source, parmi les personnes dont les revenus atteignent au moins 10 000 $, les femmes recourent, plus que les hommes, à l’un ou l’autre des programmes d’épargne-retraite. Pas étonnant que les firmes spécialisées dans le placement et l’investissement lorgnent de plus en plus vers elles!

Faites valoir votre avoir, c’est ce que la compagnie de fonds mutuels Trimark suggère aux femmes dans une brochure qu’elle publie à leur intention. La firme de courtage Midland Walwyn leur propose une conférence et une brochure intitulées Les femmes et la richesse. Pour sa part, la Banque Toronto-Dominion organise dans ses succursales à travers le Québec un séminaire sur Les femmes et les placements. Deux entreprises de planification financière dont la mission est de sensibiliser les femmes à leur avenir pécuniaire ont vu le jour récemment : Planification financière au féminin, à Montréal, et L’Équipe financière, à Québec. Elles aussi offrent aux femmes des séances gratuites de « vulgarisation » financière, tout comme la firme de courtage Nesbitt Burns qui présente son séminaire Objectif succès.

Ne vous réjouissez pas trop vite, aucune de ces entreprises n’a de meilleurs rendements à vous proposer sur vos placements si vous êtes de sexe féminin. Les spécialistes ont plutôt choisi d’éduquer les femmes qui, malgré des revenus en hausse, continuent à se comporter de façon préhistorique à l’égard de l’argent.

Une mentalité « bas de laine »

Aux derniers jours de , dans la cohue des REÉR, Louise, une professionnelle au début de la quarantaine, avait l’habitude de se précipiter à la banque pour acheter le sien. Quel type de REÉR? Combien lui rapportait-il? C’était bien là le dernier de ses soucis! Pas une exception, Louise! Selon un sondage mené par Decima Rescarch en , 21 % des femmes qui détenaient des REÉR ne savaient pas de quoi ils étaient composés. Voilà pourquoi les experts en placement doivent élaborer une approche particulière pour atteindre les femmes : elles s’intéressent peu à leur argent.

Louise Lefebvre, planificatrice financière chez… Planification financière au féminin, qualifie ce comportement de syndrome du femina sapiens : « Les femmes sont de bonnes “prêteuses” (aux institutions financières), mais de piètres investisseuses. » Elles chérissent les placements « bas de laine », du type « dépôts à terme » qu’on achète à la banque, très sécuritaires mais qui rapportent des intérêts minimes. Et elles ne cherchent pas à faire fructifier leur pécule en l’investissant dans des obligations, des actions ou des fonds mutuels, placements plus risqués, mais dont les chances de rapporter gros sont bien meilleures. Mauvaise stratégie, vous diront tous les experts en planification financière. Car ne pas prendre de risque représente… un risque à la longue, avec un capital qui augmente à peine.

La stratégie gagnante, c’est d’avoir une variété de placements, certains plus pépères, d’autres plus rock’n roll. Et il peut valoir la peine de consulter une conseillère financière pour développer avec elle une véritable stratégie de placement.

Pour celles qui ont le magot?

richesse. Surtout quand on sait que celles-ci gagnent les deux tiers des revenus de leurs collègues masculins et qu’elles constituent 60 % des adultes pauvres. « C’est justement parce qu’elles ont moins d’argent que les femmes doivent apprendre à bien épargner », insiste Laurenne Plourde, conseillère financière à L’équipe financière. Et comme leurs « vieux jours » vont durer en moyenne sept ans de plus que ceux des hommes, les économies en vue de la retraite acquièrent plus d’importance pour elles.

Mais il ne s’agit pas seulement d’épargner en prévision de la retraite. Nathalie, une gestionnaire dans la jeune trentaine, a l’impression de maîtriser sa situation financière depuis qu’elle a établi un plan d’épargne : « Je sais maintenant quand je pourrai m’offrir une nouvelle voiture et partir en voyage! » Quant à Louise qui est actuellement en chômage, le ménage qu’elle a fait dans ses finances lui procure une certaine latitude, malgré ses revenus moindres.

Toutes les conseillères financières s’entendent cependant pour dire qu’il faut disposer d’un revenu pour amasser un pécule. Lequel? Etre en mesure d’accumuler 35 $ par mois suffit selon Laurenne Plourde. Louise Lefebvre opte plutôt pour une capacité d’épargne mensuelle de 100 $. Et il ne faut pas confondre capacité d’épargne et revenus. Certaines ne parviennent pas à joindre les deux bouts avec un excellent salaire et d’autres font des miracles avec presque rien. Les spécialistes peuvent justement aider celles qui ont besoin d’un coup de pouce pour mettre quelques dollars de côté.

Laurenne Plourde déplore que beaucoup de femmes portent attention à leurs finances seulement lorsqu’elles sont acculées au pied du mur, à la suite du décès de leur conjoint, d’une séparation ou d’un divorce, par exemple. « Il y a encore des femmes qui demandent à leur mari d’acheter leur REÉR. Notre entreprise veut sensibiliser les femmes à l’importance de se prendre en main au plan financier. »

C’est là une des particularités de tous ces services destinés aux femmes : on y aborde non seulement la question des placements, mais tout ce qui influence la situation financière globale des femmes : contrat de mariage, testament, assurances, budget. « Les femmes ont un énorme rattrapage à faire dans tout ce qui a trait à leurs finances personnelles », souligne Louise Lefebvre.

Entre femmes

« Ma p’tite madame, je vais m’occuper de vos affaires! » : cette attitude paternaliste, encore trop courante dans le milieu viril de la finance, les femmes l’ont en horreur! Ce qu’elles cherchent avant tout, c’est de l’information pour être en mesure de prendre leurs décisions elles-mêmes. Et c’est auprès des conseillères et des planificatrices qu’elles la dénichent le plus facilement. Sans que ce soit une règle absolue, on a observé que ces dernières ont tendance à accorder plus de temps à leur clientèle. « Et entre femmes, on est plus à l’aise pour avouer qu’on ne comprend rien et poser des questions », constate Louise Lefebvre.

Un pas de plus vers l’autonomie

L’essentiel, c’est que les femmes acquièrent suffisamment de connaissances pour pouvoir bien questionner les spécialistes du domaine financier, selon Marie Vaillancourt, conseillère en investissement chez Nesbitt Burns, qui donne les cours « Votre santé financière » au Y des femmes à Montréal. « Et elles ne devraient jamais acheter un produit financier qu’elles ne comprennent pas », renchérit Laurenne Plourde.

La prudence légendaire des femmes, qui en fait des épargnantes conservatrices, a heureusement un revers qui les sert. Tout d’abord, leur insécurité financière les incite à épargner. Puis, elles prennent bien le temps d’analyser la situation avant d’effectuer un placement et s’en tiennent à leur stratégie initiale, deux attitudes que louent les experts.

En , un sondage Angus Reid révélait que seulement 48 % des détentrices de REÉR y avaient des fonds mutuels, des actions ou des obligations. En , cette proportion était passée à 84 % selon un sondage Decima. Comme quoi les femmes sont en train d’apprendre à faire de l’argent!

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